
Publiée au Journal officiel après deux ans et demi d’attente, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) donne des objectifs de consommation et production d’énergie jusqu’en 2035. Relance du nucléaire, renouvelables ajustées à la baisse, les flexibilités et la consommation au centre de toutes les attentions : on décrypte cette version de 232 pages.
Présentée ce matin à Bercy par Roland Lescure devant les industriels et la presse, au lendemain du discours de Sébastien Lecornu depuis un barrage hydroélectrique à Belfort, la PPE3 était attendue depuis près de deux ans et demi. La filière réclamait un cap pour relancer les investissements : le lancement des appels d’offres en dépend, la version en vigueur jusqu’alors prévoyait une sortie du nucléaire.
« Nous faisons le choix de la production décarbonée et de la souveraineté », a martelé ce matin Roland Lescure, insistant sur la nécessité « d’électrifier, électrifier, électrifier » les usages pour substituer les énergies fossiles importées. La consommation finale d’énergie doit passer de 1 510 TWh en 2023 à 1 243 TWh en 2030, tandis que la part de l’électricité grimperait de 27 % à 34 %. La consommation est un grand sujet tant elle peine à décoller et c’est elle qui justifie en partie la relance des investissements dans la production.
À lire aussiRecord de gaspillage d’électricité éolienne et solaire en FranceLa production nucléaire, tombée à 320 TWh en 2023, est attendue entre 380 et 420 TWh en 2030 : EDF doit être au rendez-vous de la performance avec de la disponibilité et une augmentation de puissance de ses réacteurs. La PPE3 acte l’optimisation du parc existant et confirme la construction de six EPR2, avec huit en option (décision cette année). Elle mentionne également la poursuite des travaux sur les réacteurs innovants, dont les RNR avant la fin du siècle.
C’est l’« effet falaise » dans les années 2030-2040 qui fait peur. Un trou de nucléaire avec, certes, des réacteurs prolongés au-delà de 50 ans, et qui devront ensuite s’arrêter et être démantelés.
À lire aussiEnfin publiée, la nouvelle feuille de route énergétique plebiscite le nucléaireL’éolien terrestre est le grand perdant. Deux appels d’offres de 800 MW par an seront lancés à compter du premier semestre 2026. Un bonus pour le « repowering » — le renouvellement des parcs existants — doit être introduit, sous réserve de notification à la Commission européenne.
En mer, les appels d’offres 9 et 10 seront relancés « dès que possible », pour une attribution avant fin 2026. La filière a subi l’absence de PPE avec, par exemple, RWE qui a fermé sa filiale française chargée de répondre à l’AO10. L’objectif d’attribution reste compris entre 8 et 10 gigawatts (GW) pour l’AO10. Le calendrier glisse toutefois par rapport aux ambitions initiales.
À lire aussiGreenpeace dénonce une PPE « en retard, archaïque et réactionnaire »Le photovoltaïque sera plafonné à 2,9 GW par an de puissance soutenue jusqu’à fin 2028 via appels d’offres et arrêtés tarifaires. Un appel d’offres de 300 MW pour le solaire sur bâtiments sera lancé immédiatement, annonce le ministre.
Après 2028, le schéma prévoit deux appels d’offres annuels de 1 GW pour le solaire au sol et trois de 300 MW pour les toitures. La répartition indicative vise 41 % des volumes sur petites et moyennes toitures et 54 % sur grandes installations (dont 38 % au sol). Un appel d’offres technologiquement neutre de 500 MW est maintenu d’après les premières annonces.
À lire aussiFaute de soutien, Total abandonne un méga projet solaire et de stockage en GuyaneLa PPE3 lui fait la part belle. Elle prévoit une augmentation des capacités de stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) de 1,7 GW d’ici 2030 (Montézic II pourra être débloqué), s’ajoutant à la capacité actuelle d’environ 5 GW. Du stockage bienvenu pour moduler offre et demande.
L’augmentation de la puissance des barrages en grande partie sur des installations existantes. 1,1 GW d’augmentation de puissance, cela fait de l’ordre de 610 MW sur des installations de plus de 4,5 MW, et 440 MW sur des installations de moins de 4,5 MW selon la PPE3. Combinée au déblocage législatif sur les concessions en cours, elle a de belles heures devant elle.
À lire aussiCes grands projets hydroélectriques qu’EDF va enfin pouvoir lancerSi la trajectoire vise une forte baisse des fossiles (de 60 % de la consommation en 2023 à 40 % en 2030, l’inverse pour l’électricité) dans la consommation d’énergie finale, la PPE3 acte le maintien sous cocon de certaines capacités charbon ou reconverties, pour garantir la sécurité d’approvisionnement. Le texte précise que ces installations pourront être mobilisées en cas de tension extrême, dans une logique de dernier recours. Elles ne sortent donc pas du jeu.
La PPE3 confirme l’objectif de 4,5 GW d’électrolyse installés en 2030 pour produire de l’hydrogène bas carbone. La géothermie de surface (10 TWh) et profonde (6 TWh) ont leurs objectifs à 2030, comme les réseaux de chaleur (53 TWh en 2030), tandis qu’un appel d’offres hydrolien de 250 MW est prévu au Raz Blanchard, avec attribution d’ici 2030. Impossible toutes les mentionner, il ne semble pas y avoir d’énergie mise de côté a priori.
Que cette PPE3 fut politique et elle le reste. Un compromis de nucléaire massif et pas de moratoire/abandon des ENR avec un pari : la relance de la demande. Un plan est attendu et la PPE3 prévoit une clause de revoyure pour l’adapter à l’évolution de la demande… et à l’équilibre politique en place aux présidentielles de 2027.
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