Cultivé de la Normandie aux Pays-Bas en passant par les Hauts-de-France et la Belgique, le lin est principalement exploité pour ses fibres textiles et ses graines oléagineuses. Le teillage qui est l’opération par laquelle les fibres sont extraites mécaniquement, génère des co-produits que l’on appelle « anas ». Auparavant considéré comme déchet, ceux-ci sont de plus en plus souvent utilisés en tant que combustible car ils bénéficient de nombreux avantages.

 Avec 56% de la production mondiale, la France est de loin le plus gros pays producteur de lin. Cette plante craignant les fortes chaleurs et le manque d’eau, les exploitations se trouvent essentiellement en bordure maritime, de la Normandie aux Pays-Bas. Il s’agit d’une culture nécessitant peu d’engrais et de pesticides. Les semis se réalisent en mars-avril et le cycle cultural est relativement court : environ 90 jours. La récolte appelée « arrachage » est réalisée début juillet. Après leur rouissage qui s’effectue sur le champ, les plantes sont transportées sous forme de balles vers une usine de défibrage ou les fibres utilisées dans l’industrie textile sont séparées de la partie ligneuse des tiges qui se délite en petits fragments de bois appelés anas. Un hectare de lin produit 5 à 8 tonnes de biomasse dont les anas représentent 50%.

Employés dans la fabrication de panneaux de particules, d’isolants, comme litière pour les animaux ou pour le paillage des plantes, les anas de lin sont aussi de plus en plus utilisés à des fins énergétiques. Ils bénéficient en effet d’un excellent pouvoir calorifique, comparable à celui du bois (4,5 kWh/kg) pour un coût inférieur. Et leur taux d’humidité est faible (10 à 12 %). En comparaison, 2,5 kg d’anas contiennent la même énergie qu’un litre de fioul. Conséquence de leur transformation par un procédé industriel, ils bénéficient en outre d’une granulométrie homogène.
Par contre leur faible densité induit des coûts de transport importants et des volumes de stockage conséquents. Leur teneur en éléments minéraux exige une valorisation en chaudière polycombustible, comme pour le miscanthus.

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Il s’agit bien d’une énergie renouvelable et neutre en carbone : si la combustion du lin émet évidemment du CO2 dans l’atmosphère, les cultures vont repiéger la même quantité de carbone l’année suivante.

Les anas de lin, un combustible écologique et bon marché

Dans l’Oise, les anas de lin alimentent des réseaux de chaleur

Située à Grandvilliers dans l’Oise, la coopérative agricole Lin 2000 produit annuellement 11.000 tonnes d’anas de lin dont 1.400 sont utilisées depuis 2009 dans une chaudière biomasse. Conçue par Cofely Services (groupe Engie), la chaufferie d’une puissance de 2 MW alimente un réseau de chaleur de 3,8 km qui dessert 230 logements, l’hôpital et la maison de retraite, la salle de sport, le collège et le lycée professionnel, la piscine intercommunale Océane et l’éco quartier qui compte 25 maisons individuelles et 14 appartements. Une solution qui permet d’éviter l’émission de 1.000 tonnes de CO2 chaque année.  « Le budget chauffage de la piscine a diminué d’environ 50% » nous assure M. Flandrin, responsable des piscines de la Communauté de communes de la Picardie Verte. « Autrefois, avec notre chaudière au fioul, les dépenses annuelles étaient supérieures à 150.000 euros. Aujourd’hui, nous ne consommons plus de fioul, et notre budget est tombé à 83.000 euros. L’autre avantage, c’est que, grâce au réseau de chaleur, nous n’avons plus de chaudière, plus de frais liés à son fonctionnement et plus d’entretien ! ».

La coopérative Lin 2000 produit annuellement 11.000 tonnes d’anas de lin

Des avantages évidents qui ont convaincu la commune voisine de Formerie de suivre cet exemple. D’ici 2021, elle projette également la réalisation d’un réseau de chaleur dont la chaufferie sera alimentée par les anas de la coopérative Lin 2000.
Le cabinet conseil Itherm estime le coût du projet à 1,8 million d’euros. Il devrait être subventionné par l’Ademe, le département, l’État ou la Région. Si pour l’heure, la commune prévoit d’alimenter ses bâtiments, les bureaux de la Communauté de Communes, la piscine, le collège et une partie des services techniques, l’objectif est aussi de desservir, plus tard, des habitations.

En Belgique, un hôtel se chauffe avec des anas de lin

Situé dans la commune wallonne de Thiange, le château de la Neuville s’est transformé en hôtel dans les années 2000. Assez rapidement, son propriétaire constate que le coût du chauffage affecte négativement son budget.  En remplacement des deux chaudières au fioul de 220 kW chacune il décide d’installer une chaudière biomasse alimentée d’abord par des plaquettes de bois. Rencontrant des problèmes d’approvisionnement en combustible, il se tourne alors vers l’usine de teillage du lin située à une dizaine de kilomètres. Des tests sont réalisés avec les anas qui conviennent sans problème en utilisant le programme de combustion du miscanthus. Un partenariat de longue durée s’établit, bénéfique aussi bien à l’usine qu’à l’hôtel. Les anas de lin s’achètent en effet à un prix équivalent à 30 centimes le litre de fioul. Un bel exemple de mise en place d’un circuit court !

Transformé en hôtel, le château de la Neuville se chauffe avec des anas de lin