Environ 2.500 micro-centrales hydroélectriques au fil de l’eau sont connectées au réseau en France. Malgré leurs faibles puissances installées, elles représentent plus de 11% de l’électricité d’origine hydraulique du pays. Face aux colosses nucléaires, elles ne pâlissent pas. Les courants sont même en leur faveur, comme à Velaux, dans les Bouches-du-Rhône, où la centrale de « La Marie-Thérèse » est en cours de rénovation, poussée par un élan citoyen.

L’électricité peut-elle être noble ? On aimerait pouvoir distinguer l’électron issu d’une centrale au charbon de celui produit par une petite centrale au fil de l’eau, entretenue à travers les décennies par des passionnés. Si dans le réseau aucune distinction n’est possible, il faut savoir qu’un peu moins de 1,5% de l’électricité qui y circule en France est générée très localement par des micro-centrales hydroélectriques.

Loin des immenses barrages de montagne et des stations de pompage-turbinage, il y a dans l’hexagone environ 2.500 micro-centrales d’une puissance inférieure à 12 mégawatts (MW) qui exploitent le courant de petits cours d’eau. Elles délivrent un maximum de 2.000 MW d’électricité au réseau, soit l’équivalent de deux réacteurs nucléaires. Une production modeste à côté des 24,9 gigawatts (GW) générés par les centrales hydroélectriques de grande capacité.

Le barrage de la centrale hydroélectrique de Velaux – H.L.

Un barrage vieux de plus de 500 ans

Installée sur l’Arc, un petit fleuve qui prend sa source au pied de l’emblématique montagne Sainte-Victoire dans les Bouches-du-Rhône, la centrale de la Marie-Thérèse est l’une de ces micro-centrales hydroélectriques. C’est le site de production d’électricité le plus proche de Marseille, à une quarantaine de kilomètre de la capitale provençale. Son histoire est longue. Son barrage en pierre n’a pas bougé depuis sa construction au XVIe siècle. Il servait à l’époque à diriger le courant vers les pales d’un moulin à blé. Depuis 1962, le site pittoresque produit de l’électricité grâce à une turbine Kaplan de 150 kW.

Usée par les saisons et malgré l’entretien minutieux de son propriétaire dévoué nuit et jour, une des pales de la turbine s’est rompue en 2012. La centrale cesse alors sa production. Une avarie majeure qui marque finalement le début d’une renaissance. Portée par le producteur d’électricité 100% renouvelable Enercoop, une structure voit le jour en 2016: elle est baptisée « Provence Énergie Citoyenne ». La S.A.S. a pour mission de remettre la centrale en état de fonctionnement. La Marie-Thérèse doit être plus moderne que jamais : turbine et générateurs neufs, fonctionnement totalement automatisé, nouveau dégrilleur et canaux pour faciliter le cheminement des poissons.

700.000 euros pour rénover la centrale

Pour réaliser les travaux et relancer la centrale, la jeune société a besoin de 700.000 euros. Une somme qu’elle ne tarde pas à réunir. Une partie est issue de subventions publiques : 150.000 euros de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur et 96.000 euros de l’Agence de l’eau, correspondant au coût des canaux de montaison et dévalaison pour faciliter et sécuriser le transit des poissons à travers le barrage. Le reste est financé par des emprunts, à hauteur de 260.000 euros, ainsi qu’une campagne de souscription publique qui a permis de réunir plus de 173.000 euros auprès des sociétaires.

Produire de l’électricité sans nuire à la faune

Les aménagements à réaliser sont conséquents : le barrage, vieux de cinq siècles, doit être révisé et ajusté par endroits. Si son rôle n’est pas de créer une retenue mais de guider une partie du débit de l’Arc vers le canal, il doit être capable de continuer à résister aux crues monumentales que le cours d’eau peut parfois subir. Pour se conformer aux normes en vigueur et être « ischyocompatible » (en harmonie avec la faune présente dans le cours d’eau), la centrale doit installer un nouveau dégrilleur, sorte de filtre géant placé avant la turbine afin d’éviter l’aspiration de déchets et de poissons. Elle doit également creuser une série de petits canaux et escaliers permettant la montée et descente des animaux à travers le fleuve.

Le canal qui dévie une partie des eaux de l’Arc vers la turbine. – H.L.

Injecter du courant dans le réseau directement en 400 volts

Au cœur de l’installation, la turbine Kaplan endommagée sera remplacée par un modèle de technologique et puissance identique. Le générateur sera aussi renouvelé. Les 160 kW de courant qu’il pourra générer au maximum n’auront plus à traverser le transformateur 20.000 volts utilisé dans le passé. La centrale s’est en effet accordé avec Enedis pour injecter directement son électricité dans le réseau 400 volts installé le long de la route qui dessert le site. Un avantage qui permet de réduire considérablement les coûts de rénovation, d’exploitation et diminuer les pertes liées à la transformation du courant.

La nouvelle turbine Kaplan qui doit arriver à l’été 2018.

Une rentabilité rapide grâce à un tarif d’achat réglementé

Turbine et générateur flambants neufs doivent arriver dès cet été, avant une remise en service prévue entre fin-2018 et début-2019. Le site sera totalement télécommandé à distance. Un ensemble de caméras et de sondes permettront l’envoi automatique d’alertes en cas d’avarie. Avec ses 600 MWh de production annuelle prévue, soit l’équivalent de la consommation de 170 foyers et à condition qu’il n’y ait pas de sécheresse ni de crue trop marquée, il devrait rapidement engranger des revenus. Provence Energie Citoyenne prévoit de rembourser ses crédits d’ici 12 ans et retourner l’investissement de ses sociétaires sous 5 ans. L’électricité, qui sera revendue dans un premiers temps à EDF avant un basculement chez Enercoop, bénéficiera pendant 20 ans d’un tarif de rachat fixe garanti et très avantageux, situé autour de 0,10 euros par kWh.

Au-delà du rôle d’opérateur de la centrale de la Marie-Thérèse, la société souhaite devenir un acteur local de l’électricité renouvelable. Elle cherche actuellement des sites sur lesquels développer une production solaire et éolienne. Une prospection qui accapare la vingtaine de passionnés engagés dans le projet. Tous ont un emploi à côté mais acceptent d’investir une grande partie de leur temps dans la rénovation de la centrale et les objectifs de développement de la société.

Il est d’ailleurs toujours possible de s’associer à l’initiative en devenant sociétaire. Un moyen de soutenir une production électrique décentralisée, renouvelable et bénéficiaire à l’économie locale.

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