Une étude réalisée par des chercheurs de l’Institut norvégien de recherche sur la nature, et publiée le 26 juillet dernier dans la revue Ecology and Evolution, fait état d’un constat étonnant : en peignant une pale de chaque éolienne en noir, la mortalité des oiseaux due aux collisions avec les rotors en mouvement baisserait considérablement.

Depuis leur existence, les pales des éoliennes sont peintes en blanc pour mieux se confondre avec la clarté du ciel et atténuer ainsi leur impact visuel. Mais les choses pourraient bien changer dans un avenir proche.

Une étude a été réalisée pendant 11 ans à partir de 2006 : on a comptabilisé les décès d’oiseaux par collision avec les éoliennes de l’île de Smøla, un archipel situé au large des côtes du centre de la Norvège, pendant une première période de 7 ans et demi. En 2013, l’une des trois pales du rotor a été peinte en noir sur quatre éoliennes, ensuite sur 20 éoliennes, dans un parc comptant au total 48 éoliennes, toutes soumises à étude. L’impact de ce changement de couleur a été étudié pendant une deuxième période de trois ans et demi.

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Les effets de la couleur noire sur une pale sont sans appel : sur l’ensemble des espèces avifaune vivant sur l’île, la mortalité moyenne a été réduite de 71,9%.
Le contraste créé entre le blanc et le noir est surtout sensible chez les rapaces : plus aucun cas de mortalité n’a été observé chez le pygargue à queue blanche, également appelé grand aigle de mer. Comme les rapaces ont un champ de vision relativement étroit de face, mais sont par contre dotés d’une excellente vision périphérique et latérale qui leur permet de facilement repérer les proies et les prédateurs, tout ce qui contribue à mieux signaler un objet en mouvement a un impact positif sur le nombre de collisions entre les rapaces et les pales d’éoliennes.

Pour bon nombre d’espèces, toutefois, on observe que les oiseaux sont parfaitement à même de repérer les pales d’éoliennes en mouvement, et changent facilement d’itinéraire pour les éviter.


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La mortalité des oiseaux est-elle importante ?

Le nombre d’oiseaux réellement tués chaque année par les éoliennes a déjà fait l’objet de nombreuses études scientifiques, mais pour des espèces menacées de disparition, même une faible augmentation de la mortalité peut mettre en danger la survie de toute l’espèce.

Chaque année, un certain nombre d’oiseaux est frappé mortellement par les pales d’éoliennes, sans qu’on puisse les dénombrer avec précision. Si ces collisions constituent l’impact le plus visible, elles ne sont pas forcément les plus préjudiciables, car la perte des habitats ou le stress imposé aux animaux peut davantage menacer une espèce. Les éoliennes peuvent pousser certains oiseaux à quitter un territoire parce que la vue des rotors en mouvement peut être assimilée à des risques ou tout simplement les perturber dans leur environnement, et donc réduire leur espace vital. Dans certains cas, l’observation de certaines espèces est en régression car les oiseaux évitent les sites où ont été implantées des éoliennes.

L’impact exact des éoliennes sur l’avifaune et les chiroptères est difficile à évaluer, car la mortalité due aux collisions avec les éoliennes varie d’une catégorie à l’autre, les espèces d’oiseaux volant à des hauteurs différentes, et leur perception des obstacles en mouvement étant plus sensible chez certaines familles d’oiseaux que chez d’autres.
Par ailleurs, les cadavres d’oiseaux frappés par une pale ne gisent en général pas longtemps au sol ; ils sont soit enlevés soit dévorés par d’autres prédateurs, ce qui rend leur comptage d’autant plus compliqué.


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Pas d’hécatombe

S’il est vrai que les moulins à vent se multiplient de manière importante en France, le nombre d’impacts mortels sur les oiseaux risque de continuer à augmenter en conséquence. Mais on ne peut toutefois pas parler d’hécatombe causée par les éoliennes.
L’estimation de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) varie entre 0,3 et 18,3 oiseaux tués par an par éolienne. Ces résultats sont comparables aux résultats d’études réalisées aux Etats-Unis (5,2 oiseaux) et au Canada (8,2 oiseaux).

En 2016, la LPO a établi 197 rapports d’études réalisées sur un total de 1065 éoliennes réparties sur 142 parcs français. Un total de 1102 cadavres d’oiseaux a été recensé (en excluant les chauve-souris), soit un rapport de 1,03 oiseau par éolienne sur toute l’année.

Il y a lieu de rappeler, toutefois, que les premières causes de mortalité chez les oiseaux sont les lignes à haute tension qui touchent particulièrement les oiseaux migrateurs, les vitres des immeubles, le trafic routier et, last but not least, les chats domestiques. Selon des chiffres publiés par le Département wallon de l’énergie et du bâtiment durable, les éoliennes tuent 19.000 fois moins d’oiseaux que les bâtiments, et 850 fois moins que les voitures. Sur 10.000 décès accidentels d’oiseaux, moins d’un est causé par la collision avec une pale d’éolienne.
En 2018, 46 cadavres de milans royaux ont été découverts sur le territoire français par le Réseau Milan Royal. La plupart ont été victimes d’empoisonnement ou de tirs de chasseurs, 4 sont morts électrocutés à cause du réseau des lignes électriques aériennes, et 3 seulement ont été victimes d’une collision avec une éolienne.

De manière plus imperceptible, l’usage de pesticides dans l’agriculture, et la pollution en général engendrent également une mortalité indirecte non négligeable, difficile à quantifier.

Une technologie en pleine évolution

Si l’invention des chercheurs norvégiens, porteuse de plein de promesses pour l’avifaune, soulève l’épineuse question de la mortalité des oiseaux causée par les éoliennes, elle ne doit pas faire oublier que les éoliennes contribuent, à leur modeste mesure, à ralentir le réchauffement climatique, donc à contenir, autant que faire se peut, l’intensité des phénomènes climatiques extrêmes, et donc également à préserver la biodiversité. Le bilan environnemental d’une éolienne est, au final, bien meilleur que celui d’autres moyens de production d’électricité classiques. Un effet positif qui est souvent sous-estimé dans les débats sur l’impact des énergies renouvelables sur les biotopes.

Par ailleurs, le développement de la technologie a permis au secteur éolien de réaliser des progrès considérables au cours des 20 dernières années en termes d’atténuation d’impacts sur la faune, tels que le bridage des machines lors de la sortie des chauve-souris ou à la détection de migration d’oiseaux par radar. Et cette évolution n’est pas terminée.


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