La transformation en biogaz de la fraction organique des déchets ménagers permet de produire de l’électricité et de la chaleur. Des énergies renouvelables qui ont l’avantage de ne pas être intermittentes. Si certains projets, notamment en Wallonie peuvent être qualifiés de réels succès, d’autres comme l’usine de biométhanisation des déchets de la métropole de Montpellier cumulent les déboires. Quelles sont les clés de la réussite ?

Inaugurée en septembre 2018 à Herstal dans la banlieue liégoise, l’usine de biométhanisation est gérée par Intradel, une entreprise publique créée pour collecter et traiter les déchets ménagers des 72 communes de la province de Liège. Seule la fraction organique de ces déchets est valorisée par la biométhanisation. La sélection est organisée « à la source » par les ménages qui utilisent une « poubelle verte » pour y jeter leurs déchets biodégradables. Il s’agit des déchets de cuisine (restes de repas, épluchures, aliments périmés, coquilles, marc de café, etc.), des petits déchets de jardin (fleurs séchées, herbe tondue, …) et d’autres déchets composables tels que les essuie-tout, les serviettes et mouchoirs en papier, les emballages carton souillés (pizza, surgelés, …), les cendres froides de bois non traité ou les langes de bébés.
La biométhanisation étant un processus de fermentation microbienne, le soin apporté au tri est essentiel : la contamination des déchets par des produits chimiques, des médicaments ou d’autres polluants peut inhiber les réactions biologiques et bloquer tout le processus. C’est pourquoi la mise en place du tri sélectif par les ménages s’est accompagnée d’une campagne d’information et de sensibilisation. Et le résultat est positif : 93 % des « poubelles vertes » collectées en porte-à-porte sont bien triées, nous dit-on chez Intradel.

Aucune odeur n’émane de l’usine

Les déchets organiques qui entrent dans l’usine passent d’abord par un « crible », une sorte d’immense tamis tournant pour séparer les gros des petits déchets. Un deuxième tri évacue tous les intrus comme les plastiques, qui se trouvent encore parfois dans les poubelles vertes. Ensuite un déferraillage élimine les objets métalliques à l’aide d’un électroaimant. La matière organique ainsi « nettoyée » est envoyée dans deux digesteurs où elle séjournera pendant 21 jours. « Il s’agit d’une technique en voie sèche continue qui utilise des réacteurs à piston » nous explique Matthieu Schmitt, chef de projet biométhanisation chez Valbiom, une association d’experts en valorisation de la biomasse.
L’installation d’Intradel permet de traiter 40.000 tonnes de déchets organiques par an. C’est la quantité produite par les ménages de la province qui compte plus d’un million d’habitants.
Le biogaz produit dans les digesteurs alimente des moteurs de cogénération. Ceux-ci fournissent annuellement 8.400 MWh d’électricité verte dont plus de la moitié est injectée dans le réseau. Le solde est auto-consommé sur le site. Les 9.000 MWh de chaleur produite servent principalement à sécher le digestat, c’est-à-dire le résidu qui sort du digesteur et qui est utilisé comme amendement organique par les agriculteurs de la région.
Pour que les riverains ne soient pas incommodés par les odeurs, l’usine est équipée d’un « nez électronique ». Il s’agit d’u système de purification et de nettoyage de l’air. « Aucune odeur n’émane de l’usine et jusqu’ici nous n’avons enregistré aucune plainte des riverains » nous assure le porte-parole d’Intradel.

Cette usine n’est pas la première du genre. A Tenneville, dans la province du Luxembourg (en Belgique), une unité de biométhanisation des déchets ménagers fonctionne déjà depuis 2009. « Elle peut traiter 30.000 tonnes de fraction organique  » nous précise Matthieu Schmitt qui nous explique que la biométhanisation de ces déchets est une technologie en général bien maîtrisée. « Elle est de plus en plus utilisée dans de nombreux pays, notamment aux Etats-Unis et en Allemagne. Les déchets ménagers de la ville de Hambourg, par exemple, sont traités dans une usine de biométhanisation. L’électricité produite est injectée dans le réseau et la chaleur sert à chauffer le stade de football » nous confie-t-il encore.

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Déboires en tous genres

A Montpellier, l’expérience de biométhanisation des déchets ménagers de la métropole n’est pas aussi concluante. Construite par Vinci et gérée par Suez, l’usine Ametyst cumule les déboires depuis sa mise en service il y a 11 ans : défauts de fonctionnement, incendie, incidents divers, nuisances pour les riverains et dérapage financier. Elle a coûté à la collectivité beaucoup plus cher que prévu : 90 millions d’euros au lieu des 57 initialement budgétés. En cause, de nombreux travaux supplémentaires pour remédier aux défauts de conception.

La métropole a implanté l’usine en pleine ville, en justifiant ce choix par l’assurance que le site ne produirait aucune odeur. Mais pour les riverains et les commerces avoisinants, c’est une horreur. Ils se plaignent du bruit, d’une invasion d’insectes et d’odeurs pestilentielles. Le personnel n’est pas mieux loti : un rapport de l’inspection du travail fait état de conditions « déplorables », et pointe des « émanations nocives d’ammoniac dépassant les valeurs limites réglementaires et l’exposition des salariés à des dangers mettant en cause leur santé et leur sécurité ».

Matthieu Schmitt de l’association Valbiom est au courant des difficultés constatées à Montpellier, mais il n’en connait pas les causes exactes. « Ce genre de problème est dû le plus souvent à des erreurs de conception » nous dit-il.
Et de fait : contrairement aux projets développés en Wallonie, la métropole de Montpellier n’a pas opté pour un tri sélectif en amont. La fraction organique des déchets ménagers est collectée en même temps que les déchets résiduels dont elle est séparée à l’intérieur de l’usine par un traitement mécano-biologique. Un mauvais choix nous disent les experts : il déresponsabilise les citoyens et augmente le risque d’entrée de produits contaminants dans le digesteur.  Un constat partagé par Jean-Louis Roumégas, président de l’agglomération entre 2001 et 2008. Il avait pourtant initialement soutenu le projet : « Notre ambition était de monter une filière complète avec un tri des déchets en amont, pour une valorisation sans mélange des matières », dit-il. Cet ancien député des Verts et adjoint au maire de Montpellier regrette que ses propositions n’aient pas été suivies, la métropole n’ayant selon lui pas eu assez d’ambition pour mettre en place une filière de tri complète.