Les autoroutes françaises représentent 1 % du réseau routier, 30 % des distances parcourues, 25 % des émissions de CO2 du transport et 7 % de celles du pays. La lutte contre les changements climatiques passe donc immanquablement par des mesures à prendre dans ce secteur. Vinci, premier concessionnaire d’autoroutes françaises, a présenté lors d’une conférence de presse tenue ce 25 novembre, une panoplie d’idées pour décarboner le réseau autoroutier national.

Le groupe s’appuie sur une étude menée à sa demande par le cabinet Altermind avec Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine.
Si Vinci se préoccupe de ses propres méthodes et chantiers, l’entreprise explique que les changements qu’elle doit mettre en place doivent être en priorité tournés vers les usagers du réseau : ils sont en effet responsables de 95 % des émissions liées à l’autoroute.

« Nous devons désormais transformer l’infrastructure construite au XXe siècle pour l’adapter aux mutations du XXIe », expliquent les auteurs du rapport. Sans surprise, ils pointent la nécessité d’accueillir un trafic qui sera de plus en plus électrifié et de « revoir complètement les aires ». Un plan massif de leur équipement en bornes de recharge ultra-rapides (plus de 150 kW) devra être élaboré, a précisé Christophe Hug, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez Vinci Autoroutes. Il faudra notamment prévoir largement en amont le réseau électrique qui pourra les alimenter.

Couloirs de décarbonation et production d’énergie

Il sera aussi nécessaire d’accélérer le déploiement de stations pour les poids lourds, qu’ils soient électriques, au gaz ou mus par une pile à combustible. Mais à l’instar de tronçons expérimentaux déjà équipés de caténaires en Allemagne, Suède, Italie et Californie, Vinci voudrait aussi tester sur son réseau autoroutier des « couloirs de décarbonation ». S’il fallait un jour les déployer sur l’intégralité des autoroutes françaises, soit 12.000 km, le coût global de l’opération avoisinerait plusieurs milliards d’euros. Une infrastructure certes extrêmement couteuse mais qui pourrait permettre d’économiser 30 millions de tonnes de CO2 en 20 ans. Sans oublier tous les autres polluants nocifs dont l’impact sur la santé représentent un coût non négligeable.

 

Et puis, bien sûr, le réseau devra produire des énergies vertes. Les parkings, toitures et parcelles non utilisées le long des autoroutes pourraient être massivement couverts de panneaux photovoltaïques.

Les auteurs de l’étude imaginent également d’autres solutions, notamment pour agir contre « l’autosolisme » : aires dédiées au co-voiturage et voies réservées aux transports en commun par exemple.

Préparer les autoroutes au changement climatique

Le rapport préconise enfin de préparer le réseau autoroutier au changement climatique en le protégeant plus efficacement des incendies et des inondations et en veillant à préserver les espaces naturels qui le bordent. « Les événements climatiques que nous utilisions pour dimensionner notre infrastructure ne sont plus adaptés aux prochaines décennies », précise Christophe Hug. « Il faut renforcer sa résilience ».

Tout cela nécessitera des investissements faramineux : 60 à 70 milliards d’euros devront être consacrés à la décarbonation du réseau autoroutier français. Une somme qui représente un quart du coût total de sa construction. « Mais le prix de l’inaction serait bien plus élevé que celui de la décarbonation » concluent les auteurs de l’étude.