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Quelle biomasse utiliser pour réussir la transition énergétique ?

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Par Kevin CHAMPEAUPublié le 5 février 2026

Souvent utilisée comme joker dans les scénarios de décarbonation, la biomasse nécessite pourtant une prise en compte particulièrement cohérente pour ne pas être contreproductive. À quelques semaines d’une éventuelle publication de la PPE3, il est plus que jamais temps d’aligner les capacités françaises de production de biomasse avec les objectifs de production d’énergie à partir de cette dernière. 

La biomasse apparaît comme un facteur clé de la transition énergétique. À l’heure actuelle, elle représente 10% de l’énergie finale consommée en France, soit entre 150 et 170 TWh par an. D’ici 2050, ce chiffre pourrait atteindre 300 TWh/an notamment avec la hausse du biométhane.

Le recours aux biocarburants issus de la biomasse est souvent cité comme la solution clé pour toutes les domaines dans lesquels l’électrification ou le recours à l’hydrogène ne serait pas possible. On pense par exemple à une partie du secteur aérien et, dans une moindre mesure, à certains moyens de transports terrestres. Dans ce contexte, la PPE3 qui est en cours d’élaboration fixe un objectif cible de 44 TWh/an de biométhane en 2030 puis 80 TWh/an en 2035, la production actuelle étant de 12 TWh/an.

Comme le pointe du doigt François Beline, directeur de recherche à L’Inrae, dans un article publié sur le site The Conversation, ces objectifs ne sont pas directement corrélés aux capacités réelles de production de biomasse de la France. D’ailleurs, ces capacités ont été plusieurs fois revues à la baisse ces dernières années. Alors que la SNBC 2 (Stratégie nationale bas carbone), publiée en 2020, évoquait 370 TWh/an, ce chiffre est tombé à 250 TWh/an dans un rapport de 2025 présenté par les académies d’agriculture et des technologies.

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Des flux de biomasse complexes

La France produit chaque année 245 millions de tonnes de matière sèche (MtMS) pour des usages directs et indirects. Dans ce volume, on retrouve la biomasse mobilisée pour l’alimentation humaine, pour l’alimentation animale mais également celle qui retourne directement aux sols. Il peut s’agir de résidus de culture, de fourrage, etc. Enfin, les flux indirects sont constitués du lisier, des biodéchets, etc.

Dans ce volume total, 18 MtMS/an sont consacrés à la production d’énergie, dont la moitié provient de flux secondaires. Pour répondre aux besoins nouveaux de production énergétique, ces volumes devraient atteindre entre 30 et 60 MtMS/an, réclamant ainsi une modification de la répartition des volumes. C’est là que ça coince. Dans sa présentation, Fabrice Beline présente trois scénarios pour répondre à ces besoins nouveaux :

  • Rediriger une partie de la biomasse qui retourne actuellement au sol. Néanmoins, cette biomasse est essentielle à la bonne santé des sols déjà malmenés par l’agriculture intensive. De plus, la mobilisation de cette biomasse entraînerait une baisse de la quantité de carbone stockée.
  • Développer la pratique des cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE). Cette technique consiste à faire pousser des cultures seulement pour produire de l’énergie entre deux cultures classiques. Néanmoins, elle demande non seulement plus de ressource, mais tend aussi à augmenter les risques de pollution de l’environnement direct.
  • Rediriger une partie de la biomasse actuellement utilisée pour la nourriture animale. Si cette solution est envisageable, elle nécessite une modification en profondeur de nos habitudes alimentaires, en réduisant les cheptels et donc la consommation possible de produits animaux.
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Un besoin urgent de cohérence

En reposant sur le vivant et son équilibre complexe, l’énergie issue de la biomasse nécessite une gestion toute particulière et une prise en compte de tous les aspects qui la composent. L’absence de cohérence globale entre production d’énergie issue de la biomasse et production de biomasse pourrait avoir des conséquences contre-productives. Par exemple, on pourrait assister à des importations massives de matières végétales destinées à la production d’énergie. Or, ce type de mécanismes, que l’on peut retrouver avec la centrale de Gardanne, a de nombreuses limites. Il nécessite de l’énergie fossile, notamment pour le transport de ces matières. Mais il souligne aussi des besoins supérieurs aux capacités de la biomasse sur un territoire donné, et donc un non-respect du circuit court du carbone.

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