Dans un rapport adopté récemment, les députés européens veulent accélérer le développement des énergies renouvelables en mer, pour permettre à l’Union de mettre en œuvre son plan « Fit for 55 » d’ici 2030 et d’atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050.  

Si les eurodéputés entendent stimuler le déploiement des hydroliennes, qui exploitent les courants marins, ainsi que l’énergie houlomotrice, ou l’énergie osmotique[1], ce sont principalement les parcs éoliens en mer que les parlementaires veulent viser.
Car l’efficacité d’une éolienne marine ne fait plus débat. A puissance égale, une éolienne offshore produit environ 50% d’énergie en plus que la même éolienne implantée sur terre.

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Avec la technologie actuelle, un parc éolien offshore de 500 MW peut à lui seul couvrir la consommation électrique résidentielle d’une ville comme Bruxelles.

Selon WindEurope, le facteur de charge moyen de l’éolien en mer en Europe était de 38 % en 2019, ce qui signifie que les parcs éoliens offshore ont produit la même quantité d’énergie que s’ils avaient tourné pendant 3329 heures[2] par an à leur puissance maximale, sans discontinuer. À titre de comparaison, le facteur de charge moyen de l’éolien terrestre en France métropolitaine était de 24,7 % en 2019.

Polémique autour de l’éolien en mer

Mais l’éolien en mer fait face à un manque d’acceptation sociale qui pourrait compromettre son développement, ou du moins le freiner. Selon les acteurs du secteur, il est impératif de mettre en place une concertation entre les parties prenantes, ainsi qu’un dialogue de qualité, non seulement à l’égard de l’opinion publique, mais aussi de tous les acteurs vivant du monde marin (pêcheurs, marine marchande, forces navales, secteur touristique).

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Les promoteurs éoliens et les acteurs publics soulignent toutefois que la zone d’implantation en pleine mer est balisée et crée un périmètre de protection pour la biodiversité qui est préservée du passage des bateaux et de la pêche. De plus, l’éolien en mer ne génère pas les nuisances visuelles qui sont souvent reprochées aux éoliennes terrestres.

Les pouvoirs publics s’efforcent par ailleurs de renforcer l’ancrage territorial des projets éoliens en mer afin de stimuler la création d’emplois locaux. Ils imposent ainsi de plus en plus le recours à des fournisseurs locaux ou incluent, dans le cahier des charges de leurs appels à projets, des clauses visant à réduire les distances à parcourir, et minimiser ainsi les émissions de CO2 liées au transport des composants. Les partenariats créés entre entreprises locales permettent grâce à ces mesures d’embarquer davantage d’acteurs du territoire.

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Un coût de production en chute libre

La baisse du coût de production de l’éolien en mer est un autre argument sur lequel s’appuie le rapport des eurodéputés. Ce coût est aujourd’hui inférieur à 70 €/MWh produit. Selon l’ADEME, les développeurs du parc de Dunkerque ont remporté le marché en 2019 avec un prix d’électricité garanti de 44 €/MWh, et les estimations pour les projets futurs tablent sur un prix entre 24 et 54 €/MWh à l’horizon 2050 pour l’offshore posé, contre 58 à 71 €/MWh pour les éoliennes flottantes.

En mars 2018, le suédois Vattenfall a remporté le marché pour la construction et l’exploitation de deux champs éoliens en mer du Nord, baptisés Hollandse Kust et totalisant 700 MW de puissance ; cet appel d’offres exigeait que les candidats intéressés présentent une offre sans demander de soutien financier public. En 2017, trois candidats d’un appel d’offres en Allemagne avaient déjà proposé de construire un parc en ne se rémunérant qu’au prix de marché de l’électricité (40 à 45 €/MWh à l’époque), soit quatre à cinq fois moins que le prix des premiers parcs éoliens marins projetés par la France.

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Partisans et opposants face à face

Si les députés soulignent l’urgence à développer les champs éoliens en mer, à l’instar de ce qui se fait en Ecosse, ils insistent néanmoins sur la nécessité de construire des projets de manière durable pour préserver les littoraux et la biodiversité marine. Car la construction d’un parc éolien offshore engendre une perturbation de la faune aquatique par les bruits et vibrations que le chantier génère, et par le brassage des sédiments. Les opposants pointent également du doigt les risques de mortalité chez les oiseaux migrateurs si les éoliennes sont situées sur un axe de migration.

Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France depuis 2008, et fer de lance de la lutte anti-éolien en mer, qualifie les projets de champs éoliens marins de véritable « bombe à retardement écologique ». Face au développement massif de l’éolien offshore, la militante de Sea Shepherd parle d’« aberration, lorsque l’on sait que l’écosystème marin est le premier organe de régulation du climat », et dénonce l’absence de « l’ élémentaire principe de précaution ».

De leur côté, les eurodéputés affirment que l’éolien en mer peut être bénéfique pour l’environnement marin et la biodiversité marine, s’il est développé de manière durable. Les effets bénéfiques ont un impact essentiellement au niveau local, mais à ne pas sous-estimer sur le long terme :

  • Les fondations en béton créent un effet récif qui attire une faune riche et variée,
  • L’interdiction de pêche au sein des parcs éoliens, qui entraîne une plus grande disponibilité de nourriture à proximité des éoliennes, est bénéfique tant pour les pêcheurs qui croisent en bordure des parcs éoliens, que pour tout l’écosystème.

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[1] Energie osmotique : énergie qu’il est possible d’obtenir au voisinage d’estuaires, en exploitant le principe d’osmose qui se produit entre eau douce et eau salée lorsque les deux masses d’eau sont séparées par une membrane semi-perméable.

[2] Une année est composée de 8760 heures.