Alors qu’elle devait être convertie à la biomasse, la centrale thermique de Cordemais (Loire-Atlantique) brûlera finalement du charbon jusqu’à ses derniers jours. EDF et son partenaire SUEZ ont abandonné le projet qui consistait à remplacer le combustible par des déchets de bois.

Les centrales au charbon de France métropolitaine devaient définitivement cesser leur production en 2022. La promesse de campagne d’Emmanuel Macron ne sera finalement pas tenue : la dernière fonctionnera jusqu’en 2024. Il s’agit de la centrale de Cordemais en Loire Atlantique, dont EDF vient d’annoncer l’abandon de son projet de conversion à la biomasse.

Le plan « Ecocombust » préparait depuis 2015 l’introduction de 80 % de déchets de bois parmi le mix de combustible. 160 000 tonnes de « black pellets » principalement issus de meubles usagés devaient être engloutis chaque année.

Le bois recyclé serait trop cher

Problème : Suez, l’entreprise engagée pour ériger l’usine fabriquant ces granulés, s’est retirée du projet « compte tenu de l’incertitude actuelle sur l’existence d’un marché aval pérenne et rentable sur le long terme ». Un combustible de substitution « trop cher » et « pas compétitif par rapport au charbon » explique EDF à l’AFP. L’usine nécessitait un investissement de 149 millions d’euros, à ajouter aux 20 millions d’euros prévus pour l’adaptation de la centrale. L’énergéticien a donc renoncé à trouver un nouveau partenaire, d’autant qu’il aurait impliqué un important décalage dans le planning de production.

Une centrale stratégique

Or, la centrale de Cordemais est stratégique. Ses deux tranches de 600 MW chacune contribuent à la stabilité électrique de la péninsule bretonne. Le gestionnaire du réseau français RTE estime le site indispensable en attendant la mise en service du réacteur EPR de Flamanville, prévue pour 2024. Ses chaudières brûleront donc du charbon et rien d’autre jusqu’à sa date de fermeture, qui n’a pas encore été définitivement fixée. Tant pis pour les rejets de CO2, qui s’élèvent à 820 g/kWh pour le charbon. C’est le mode de production d’électricité le plus émetteur, loin devant le gaz fossile (490 g) déjà très polluant, le solaire (45 g), l’hydro (24 g), le nucléaire (12 g) et l’éolien (11 g).

Cordemais ne doit toutefois pas fonctionner en continu. Le plafond a été fixé à 750 h/an, soit 5 fois moins qu’actuellement selon EDF. Le site sera principalement exploité aux périodes de tensions du réseau, notamment pour couvrir les pics hivernaux.