AccueilNucléairePétawattheure : quel-est ce cercle très restreint, que la centrale nucléaire du Bugey vient de rejoindre ?

Pétawattheure : quel-est ce cercle très restreint, que la centrale nucléaire du Bugey vient de rejoindre ?

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Par Hugo LARAPublié le 28 janvier 2026
La centrale nucléaire du Bugey / Image : Wikimedia - Chabel01, modifiée par RE.

Après plus de 45 ans de fonctionnement, la centrale nucléaire du Bugey (Ain) peut enfin rejoindre le club très fermé des centrales dépassant le pétawattheure (soit 1 000 TWh) d’électricité produite depuis leur mise en service. Un seuil particulièrement symbolique.

C’est la plus vieille centrale nucléaire de France depuis l’arrêt définitif de Fessenheim en 2011. La centrale du Bugey exploite quatre réacteurs à eau pressurisée de 900 mégawatts (MW) mis en service entre 1978 et 1980, qui viennent de passer la barre des 1000 térawattheures (TWh) d’électricité produite, soit un pétawattheure (PWh). Un seuil historique, annoncé par un communiqué EDF qui propose quelques comparaisons afin de saisir l’ordre de grandeur.

Ces 1 000 TWh représenteraient ainsi deux années complètes de consommation électrique de toute la France, ou encore de quoi alimenter un radiateur de 1 kW pendant 114 millions d’années en continu. On vous épargnera le nombre exact de kilomètres pouvant être parcourus en voiture électrique avec une telle quantité d’électricité : il dépasserait la demie année-lumière. EDF évoque 167 millions de tours du monde.

La centrale du Bugey n’est pas la première centrale nucléaire française à entrer dans le petit club du pétawattheure. Gravelines, Tricastin et Blayais y figurent déjà depuis quelques années. À l’étranger, la centrale de Daya Bay en Chine fait notamment partie du cercle.

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Un facteur de charge pas exceptionnel

Si EDF s’enorgueillit à juste titre de l’atteinte de ce jalon, la centrale nucléaire du Bugey aurait toutefois pu le passer bien plus tôt. En effet, son facteur de charge (le rapport entre la production réalisée et celle qui aurait pu l’être si la centrale avait fonctionné à 100 % de sa puissance durant 100 % du temps) s’élève à 67,85 % depuis la mise en service, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). C’est peu, comparé, par exemple, aux 87,2 % des réacteurs de la centrale Diablo Canyon en Californie, mais finalement logique.

Les réacteurs nucléaires hexagonaux modulent régulièrement leur puissance pour s’adapter aux besoins du réseau, contrairement à d’autres qui ne font pas ou peu varier leur puissance. Une spécificité bien française, notamment due à la très forte proportion de nucléaire dans le mix électrique national.

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Un atout pour la transition énergétique

Au-delà de la symbolique, le seuil du pétawattheure permet aussi de visualiser l’intérêt écologique et économique du nucléaire. Avec une intensité carbone de 4 g d’équivalent CO2 par kilowattheure, la centrale du Bugey n’en a émis indirectement « que » 4 millions de tonnes en 45 ans, selon nos calculs. Si le chiffre paraît élevé, c’est considérablement moins que le milliard de tonnes d’équivalent CO2 qu’aurait rejeté une centrale au charbon, à production équivalente.

Mille térawattheures produits avec une centrale au fioul auraient nécessité environ 220 millions de tonnes d’hydrocarbures, pour un coût dépassant les 50 milliards d’euros. Les 31 500 tonnes d’uranium naturel consommées, pertes comprises, par la centrale du Bugey selon nos estimations basées sur ce document devraient avoir coûté un peu plus de 2 milliards d’euros.

À noter que la centrale du Bugey doit accueillir deux nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 autour de 2035.

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