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Une pénurie de cuivre guette-t-elle la transition énergétique ?

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Par Laurent GAUTHIERPublié le 23 janvier 2026
Illustration : Getty.

Le cuivre est, avec l’or, le premier métal ayant été utilisé par l’humanité. Et ceci dès le Vᵉ millénaire avant J. C. Depuis, ce matériau n’a cessé de trouver des applications, et ce en particulier dans le secteur énergétique. Mais aussi dans ceux de l’IA et de l’armement. De sorte qu’il est bien possible aujourd’hui qu’une pénurie se déclare dans un proche avenir.

Le 6 novembre dernier, le Department of the Interior américain publie sa dernière liste des matériaux critiques. La liste est tenue à jour par le U. S. Geological Survey, une agence équivalente au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en France. Et dans cette édition 2025, un nouveau matériau fait son apparition : le cuivre.

Et ce mouvement des autorités américaines était prévisible. Et pour cause. Le cuivre est un composant essentiel pour la production, la transmission et l’utilisation de l’électricité. Il constitue une part essentielle des générateurs, des moteurs et des câbles électriques. Et avec l’électrification des usages induite par la transition énergétique, on s’attend à en voir la demande exploser.

Qu’on en juge. Pendant plus d’un quart de siècle, la consommation d’électricité aux États-Unis n’avait que peu varié. Aujourd’hui, elle augmente de près de 2,5 % chaque année. En Chine, on attend une croissance de 3,2 % par an jusqu’en 2040. L’Inde, dont le développement ne cesse de s’accélérer, devrait quant à elle observer une augmentation de sa consommation de 4,2 %. Globalement, d’après S&P Global, la consommation d’électricité devrait augmenter de près de 50 % dans les quinze prochaines années.

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Une explosion des besoins en cuivre

Et cette croissance se traduit nécessairement par une augmentation de la consommation de cuivre. Amplifiée par les besoins spécifiques de la transition énergétique. Panneaux photovoltaïques, éoliennes, des systèmes de production grands consommateurs de cuivre, et qui exigent de surcroît de plus grandes capacités de transmission de l’électricité sur de longues distances. Ce à quoi il faut ajouter la croissance de la part des véhicules électriques – ceux-ci, en effet, nécessitent 2,9 fois plus de cuivre qu’un véhicule thermique.

Il en résulte que le cuivre est très demandé. Et que son prix augmente de manière effrénée. Sur le marché, il se négocie aujourd’hui à 13 dollars le kilogramme. Il y a un an, c’était 8 dollars environ. Et il y a dix ans, c’était autour de 4 dollars. Et pire encore, il est possible que l’explosion du prix ne soit pas la première contrainte ; car c’est effectivement une véritable pénurie qui se prépare.

Pour le comprendre, il faut relever que la demande de cuivre de la transition énergétique se combine également avec celle de la course à l’intelligence artificielle (IA), qui secoue le paysage économique et stratégique depuis maintenant quelques années. Rien qu’aux États-Unis, on estime que la part de la consommation électrique des data centers augmentera de 5 % à 14 % d’ici 2030. À cela, il faut ajouter la hausse des tensions internationales, et la course aux armements qu’elle implique. Des armements modernes qui nécessitent toujours plus de cuivre, que ce soit pour les infrastructures, ou pour les drones, voire pour de possibles robots humanoïdes, qui pourraient être utilisés sur le champ de bataille dans la prochaine décennie.

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Une pénurie de cuivre pour 2040

Il en résulte que la demande de cuivre pourrait augmenter de 28 millions de tonnes (Mt) en 2025 à 42 Mt en 2040. Soit une augmentation de 50 %. Or, la production actuelle pourrait culminer à 27 Mt en 2030, avant de décliner à 22 Mt en 2022 du fait de l’épuisement des ressources connues. Une diminution partiellement compensée par le recyclage du cuivre, qui pourrait passer de 4 Mt à 10 Mt. De sorte qu’il pourrait se produire un très large « trou dans la demande » de 10 Mt en 2040, d’après les experts de S&P Global.

Tout cela amène logiquement le cuivre à être considéré parmi les minéraux les plus importants. Et cela explique son intégration dans la liste de l’U. S. Geological Survey. Et l’Europe n’est pas en reste. Si l’Union européenne n’a pas formellement déterminé le cuivre comme matériau critique (Critical raw materials, CRM), il est toutefois intégré dans la liste de ces derniers, en tant que matériau stratégique, et ce en vertu du Critical Raw Material Act.

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