Le tribunal fédéral de Reno aux Etats-Unis a rejeté cette semaine les recours introduits par des activistes et des écologistes contre le projet d’une mine de lithium au Tracker Pass dans l’Etat du Nevada. Si le projet se réalise, ce sera la plus importante exploitation de lithium du pays.

Utilisé notamment dans les batteries, le lithium est devenu une ressource stratégique. Contrairement à une (fausse) rumeur, ce métal très léger est relativement abondant sur terre. Même sans tenir compte de sa présence dans l’eau des océans, les réserves mondiales exploitables sont estimées aujourd’hui à 80 millions de tonnes. A l’allure de sa consommation actuelle, on en a pour … 800 ans ! Mais pour faire face à l’envolée de la demande suscitée par le boom de la mobilité électrique et des besoins de stockage d’électricité dans des batteries stationnaires, l’ouverture rapide de nouvelles capacités d’extraction devient un enjeu planétaire.

Une immense mine à ciel ouvert

Les Etats-Unis comme l’Europe souhaitent aussi réduire leur dépendance aux grands pays exportateurs de lithium que sont l’Australie d’une part (60% de la production mondiale), le Chili et l’Argentine d’autre part.

Or il n’y a aujourd’hui qu’une seule exploitation de lithium en activité aux States, celle de Silver Peak située près de Goldfield, dans le Nevada, à laquelle s’approvisionne notamment Tesla. Le lithium y est extrait de la saumure contenue dans des nappes phréatiques, comme en Amérique du Sud ou dans le fossé Rhénan.

La société Lithium Americas Corp., basée à Vancouver au Canada, projette quant à elle d’ouvrir une immense mine de lithium à ciel ouvert dans la région du Thacker Pass, un col situé entre deux massifs montagneux du Nevada. Le carbonate de lithium y serait extrait de gisements d’argile.
L’entreprise prévoit d’investir 400 millions de dollars et d’occuper 300 emplois dans la première phase du projet qui devrait permettre de produire 20.000 tonnes de lithium par an. Pour cela, elle souhaite excaver le sol sur une étendue de 73 km2 jusqu’à une profondeur de maximum 120 m. Une exploitation qui devrait durer une quarantaine d’années. Après cette phase, elle promet de remettre le site « dans son état initial ».

Occupation du site et recours en justice

L’autorisation d’exploiter le site a été accordée à Lithium Americas par l’administration de l’ex-président Donald Trump, en janvier dernier, peu avant la passation de pouvoir à Joe Biden. Mais comme souvent, ce projet ne plait pas à tout le monde et il suscite de vives critiques. Ses adversaires, parmi lesquels de nombreux fermiers, craignent des atteintes irrémédiables au paysage, à la faune et à la biodiversité. Deux des plus déterminés, Max Wilbert et Will Falk ont initié une occupation du site. « C’est ouvert. C’est vide. C’est l’un des rares endroits où vous pouvez vraiment trouver une vraie quiétude, de l’air pur, des nuits calmes et un ciel incroyablement étoilé. J’ai vraiment apprécié cet endroit dès la première fois que je suis venu ici », nous explique Max Wilbert. « Il ne faut pas que la mine détruise tout cela ».

Les opposants ont introduit un recours devant le tribunal fédéral de Reno, siège du comté de Washoe au Nevada. La décision de la juge Miranda Du a été rendue la semaine dernière. Selon l’agence Reuters, elle a rejeté les griefs des écologistes qui, dit-elle, n’ont pas pu démontrer les atteintes irrémédiables à l’environnement que la carrière pourrait causer. « Ce ne sont que des suppositions hypothétiques » a-t-elle déclaré.

La voie n’est toutefois pas encore complètement ouverte à l’exploitation du lithium au Thaker Pass. Des fouilles devront encore déterminer si cette terre a une importance historique pour les Amérindiens du Nevada. Et la juge doit aussi rendre son verdict sur la légalité du permis octroyé par l’administration Trump. Elle a promis de communiquer sa décision d’ici le début de l’année prochaine.