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Pourquoi le prix de l’électricité augmente en même temps que celui du gaz ?

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Par Hector PIETRANIPublié le 15 mars 2026
La centrale au gaz de Martigues-Ponteau / Image : Wikimedia - Hilader.

Avec la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, les prix de l’électricité sur le marché ont augmenté, suivant ceux du gaz. Mais la hausse est moins spectaculaire et n’est pas immédiatement répercutée sur les factures d’électricité, à l’exception des rares contrats à tarification dynamique. Révolution Énergétique vous explique pourquoi.

Le gouvernement, par la voix de Roland Lescure et de la nouvelle ministre Maud Bregeon, maintient : les hausses potentielles du gaz ne seraient perceptibles « pas avant le mois de mai » et pour l’électricité, les effets pourraient n’apparaître « qu’à horizon d’environ un an ». Pourquoi un tel décalage ? Et surtout, pourquoi une hausse du gaz finit-elle presque toujours par se répercuter sur la facture d’électricité ?

Les prix du gaz sont sensibles aux moindres mots du président américain. Pour autant, le gouvernement rassure avec nos stocks. Si les prix sur les marchés du gaz évoluent rapidement, la facture des consommateurs ne suit pas immédiatement. En France, les contrats de fourniture de gaz sont généralement indexés sur des références de marché mensuelles avec un décalage d’approximativement un mois.

Capture d’écran du post Linkedin de Julien Teddé, cofondateur d’Opéra Energie

Les centrales au gaz, ultime recours pour stabiliser le réseau, décident des prix

Concrètement, une hausse observée aujourd’hui sur les marchés de gros ne se répercutera dans les tarifs qu’un peu plus tard. C’est ce mécanisme qui explique pourquoi le gouvernement évoque un impact possible à partir du mois de mai. La question devient plus complexe lorsqu’il s’agit de l’électricité. En France, l’électricité est majoritairement produite par le nucléaire et les énergies renouvelables. On pourrait donc penser que le prix du gaz, qui compte pour 3 % du mix national (17 % à l’échelle européenne), n’a qu’une influence marginale.

En réalité, le fonctionnement du marché européen de l’électricité crée un lien direct entre les deux car chaque jour, les producteurs d’électricité proposent leur production sur un marché commun. Les moyens de production sont appelés dans l’ordre du moins cher au plus cher (ordre de mérite) : d’abord les renouvelables, puis le nucléaire et l’hydraulique et enfin les centrales thermiques fonctionnant au charbon ou au gaz. Le prix final de l’électricité est alors déterminé par la dernière centrale nécessaire pour satisfaire la demande. Et dans de nombreuses situations, cette centrale est une centrale à gaz.

Capture d’écran du LinkedIn de Thomas Tirtiaux, fondateur d’Elax énergie

« Ce qui est frappant sur ce graphique, c’est que la hausse ne touche pas toute la journée de la même façon. Elle se concentre sur les pointes de consommation : le matin quand tout le monde prend sa douche et son petit-déjeuner, le soir quand on rentre chez soi. C’est à ces moments-là que la demande explose et qu’on a besoin du gaz pour produire l’électricité manquante », explique le directeur d’Elax Énergie Thomas Tirtiaux.

Huit jours avant le déclenchement de la guerre, le prix spot moyen de l’électricité s’élevait à environ 21 €/MWh. Huit jours plus tard, il atteignait 72 €/MWh, soit plus du triple. Les pointes de prix – généralement observées le matin ou en début de soirée lorsque la consommation augmente – sont elles aussi montées en flèche, elles ont doublé. Mais pour l’instant, il fait plutôt doux et le gaz produit peu.

Le mix électrique français depuis le début du mois de mars 2026 / Capture RTE Eco2mix.

L’électricité toujours trop liée aux énergies fossiles

Contrairement au gaz, la facture d’électricité réagit encore plus lentement aux variations des marchés. Les fournisseurs achètent en effet une grande partie de l’électricité à l’avance, parfois plusieurs mois voire plusieurs années avant sa livraison. Ces achats anticipés servent à sécuriser les prix et à limiter les fluctuations pour les consommateurs.

C’est pour cette raison que l’exécutif estime que l’impact d’un éventuel choc énergétique pourrait ne se faire sentir que dans environ un an. Les prix à moyen et long terme n’ont presque pas bougé. La conclusion est toujours la même : tant qu’on gardera des énergies fossiles dans le mix électrique, nous polluerons, serons exposés à leur volatilité, à des ruptures d’approvisionnement et dégraderons notre balance commerciale au profit de certains régimes autoritaires.

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