Après avoir sorti les infrasons puis les terres rares de son chapeau d’illusionniste, le lobby anti-éolien invente une nouvelle nuisance imaginaire pour ternir l’image verte des éoliennes : elles seraient responsables de l’émission d’un gaz « extrêmement nocif », l’hexafluorure de soufre, un gaz à effet de serre 23.500 fois plus puissant que le CO2. Qu’en est-il exactement ?

« Des fuites d’un gaz extrêmement nocif dans les éoliennes » : le titre alarmant d’un article paru récemment dans De Telegraaf, un grand quotidien néerlandais, n’est pas passé inaperçu. Reprise depuis lors par de nombreux autres médias et diffusée sur les réseaux sociaux par des associations anti-éoliennes, l’information méritait d’être vérifiée. Nous avons donc mené l’enquête.

Le gaz en question, c’est l’hexafluorure de soufre, ou pour faire plus court le SF6, le plus puissant des gaz à effet de serre. Son impact sur le climat est environ 23.500 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone (CO2), et sa durée de présence dans l’atmosphère est d’environ 3.200 ans.
Ce gaz inerte, inodore et incolore est tout-à-fait inoffensif pour l’homme comme pour la faune ou les végétaux. Le qualifier d’extrêmement « nocif » est donc trompeur. Certains médias utilisent même le terme « toxique » ce qui est carrément faux.
Pour prévenir ses effets néfastes sur le climat, l’utilisation de ce gaz a été interdite par l’Union européenne dans toute une série d’applications. C’est par exemple le cas des fenêtres anti-bruit, des chaussures de sport ou encore du gonflage des pneumatiques de véhicules.

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Mais, en raison de ses propriétés spécifiques, le SF6 peut toujours être utilisé dans l’industrie. Il l’est notamment dans les réseaux électriques à haute tension, et plus particulièrement dans les postes et sous-stations à isolation gazeuse[1] (GIS ou Gas Isolated Substation en anglais). On le trouve aujourd’hui abondamment dans les installations de forte et moyenne puissance. C’est en effet un isolant électrique extrêmement efficace, raison pour laquelle on l’emploie, depuis plus de 60 ans, dans les disjoncteurs haute tension à isolation gazeuse où il joue un rôle d’extinction de l’arc électrique qui se forme pendant le processus de commutation.

Exemple d’un poste électrique à isolation gazeuse (GIS). Crédit : Wikipedia

Fuites

Dans ces applications, l’hexafluorure de souffre est toujours enfermé dans des boîtiers étanches. Normalement il ne peut donc pas s’échapper dans l’air. Malheureusement, dans certaines installations anciennes et mal entretenues, des joints défectueux peuvent être à l’origine de fuites. De petites quantités de SF6 s’échappent alors dans l’atmosphère où, à cause de leur potentiel de réchauffement global, elles participent à l’effet de serre.  En raison de sa faible concentration par rapport au CO2, la contribution du SF6 aux changements climatiques est cependant très réduite : moins de 0,3 % selon les scientifiques du GIEC.

Pour étayer ses propos alarmants, le Telegraaf se base sur une étude de l’université de Cardiff consacrée à l’utilisation de SF6 dans les réseaux électriques de Grande-Bretagne. Les chercheurs ont constaté un accroissement, au cours des dernières années, de la quantité de SF6 présente dans ces installations. A partir des données communiquées par les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution d’électricité ils ont également calculé le taux moyen des fuites : 0,40 %. Cela correspond quand même à une émission de SF6 d’un peu plus de 11 tonnes par an, soit l’équivalent de plus de 160.000 tonnes de CO2. Dès lors, les scientifiques de Cardiff soulignent, à juste titre, que, si rien n’est fait pour réduire l’utilisation de SF6 dans les réseaux électriques, l’impact environnemental des fuites occasionnées par toutes les compagnies d’électricité du monde pourrait, du fait de la longue durée de vie du SF6 dans l’atmosphère, avoir de graves conséquences sur le réchauffement de la planète. Leurs travaux mettent donc en évidence la nécessité de chercher une alternative pour remplacer le SF6 : un nouveau gaz d’isolation électrique plus respectueux de l’environnement.
A noter qu’à la lecture de l’entièreté du rapport publié par l’université de Cardiff, il n’y a pas une phrase, pas un mot mentionnant des fuites de SF6 dans les éoliennes … !
Alors pourquoi tous les nombreux médias qui relayent le signal d’alarme des chercheurs de Cardiff titrent-ils en ne mentionnant que les éoliennes et en transmettant ainsi à leurs lecteurs l’impression fausse qu’elles sont les seules responsables de l’émission dans l’atmosphère d’un gaz « extrêmement nocif » (sic).

Haro sur les éoliennes !

Les parcs éoliens étant des installations qui produisent du courant à haute tension, ils sont équipés, eux aussi, de disjoncteurs à isolation gazeuse comme le sont d’ailleurs également, et en beaucoup plus grande quantité, toutes les centrales électriques, qu’elles soient au charbon, au gaz ou nucléaires. Selon le constructeur d’éoliennes Vestas, ses turbines contiendraient environ 7 kilos d’hexafluorure de soufre. Il s’agit dans la plupart des cas d‘équipements récents et bien entretenus. Les constructeurs d’éoliennes rappellent ainsi que leurs techniciens amenés à effectuer des travaux en lien avec l’hexafluorure de soufre (SF6) sont dûment formés et certifiés conformément à la législation européenne concernant les gaz fluorés contribuant à l’effet de serre (EU 517/2014). Cela évite les émissions liées à des pratiques négligentes.
Les fuites dans les éoliennes sont minimes. L’association ODE, un organisme belge (flamand) spécialisé dans l’information sur les énergies renouvelables a mené l’enquête : « Sur les 100.000 éoliennes en service en Europe, 150 kilos de SF6 se sont échappés l’an dernier », a-t-elle indiqué au quotidien Le Soir. Soit à peine 0,01 % des fuites enregistrées dans le seul réseau électrique britannique. Et beaucoup moins que dans l’ensemble des centrales électriques du continent. « Ces fuites de SF6 dans les éoliennes représentent moins de 0,01 % des émissions de gaz à effet de serre évitées grâce aux parcs éoliens » précise encore ODE.

Malgré tout, certains médias et les associations opposées à la construction de parcs éoliens crient haro sur les éoliennes en passant sous silence l’impact sur les changements climatiques infiniment plus important des fuites de SF6 dans les réseaux et les centrales électriques ? Il faut y voir sans aucun doute l’influence du très puissant lobby anti-éolien. Ces « Don Quichotte » des temps modernes sont en effet coutumiers de la publication d’informations falsifiées voire carrément fausses destinées uniquement à discréditer l’énergie éolienne dans l’opinion publique. Après avoir sorti les infrasons puis les terres rares de leur chapeau d’illusionniste voilà qu’elles ont découvert l’hexafluorure de soufre pour alimenter leurs campagnes de désinformation.
Le développement des énergies renouvelables, et en particulier de l’énergie éolienne représente évidemment un risque important pour des secteurs économiques comme l’industrie du pétrole et du nucléaire et on comprend les raisons qui poussent certains milieux à consacrer des efforts importants à contrer cet essor des énergies vertes par tous les moyens, y compris les plus malhonnêtes. Mais à l’heure de l’urgence climatique qui rend indispensable le développement rapide de la production d’électricité d’origine renouvelable et des parcs éoliens en particulier, c’est tout simplement criminel.

Alternatives

Les plus grands constructeurs mondiaux de GIS sont Schneider Electric, ABB, Siemens et General Electric. Ils testent tous des alternatives au SF6 . Siemens, par exemple, a récemment construit un poste électrique de 72,5 kilovolts exempt de SF6 pour un parc éolien écossais en mer, tandis que General Electric a livré plusieurs stations de 110 kilovolts équipées d’un autre gaz isolant (dont la composition n’est pas révélée).
Au niveau européen, une interdiction totale de l’utilisation du SF6 est envisagée, mais elle ne sera sans doute pas effective avant 2025.


[1] Un poste électrique à isolation gazeuse (GIS) parfois aussi dénommé poste blindé, est un poste électrique dont l’isolation électrique des disjoncteurs est réalisée par un gaz isolant, typiquement de l’hexafluorure de soufre (SF6). Par rapport aux postes électriques isolés dans l’air (Air insulated switchgear en anglais, AIS), leur principal intérêt est d’être très compacts et de pouvoir être installés à l’intérieur de bâtiments.