En 2018, le Vitirover avait été primé par le public dans le cadre du prix EDF Pulse, catégorie Smart City. Quelques années ont passé depuis. Où en est aujourd’hui cet outil autonome de désherbage inventé par Xavier David-Beaulieu ? Nous avons posé la question à Arnaud de la Fouchardière, également cofondateur de l’entreprise éponyme.

Pour dépasser les années Monsanto

Saint-Emilion, près de Bordeaux (33), est particulièrement connu pour ses bons vins. Quel rapport avec le Vitirover ? Dans sa présentation, Xavier David-Beaulieu rappelle que c’est son métier de vigneron qui l’a poussé à imaginer « un robot léger, précis et autonome qui passe partout » afin de maîtriser « l’enherbement entre les rangs de vignes ».

En 2018, le staff de Vitirover chiffrait : « Chaque seconde, 2 kg de désherbants glyphosate/Roundup sont déversés dans le monde, il fallait trouver une solution ».

Aujourd’hui, Arnaud de la Fouchardière nous confirme que « pendant les années Monsanto on tuait les sols », alors que « l’herbe n’est pas à considérer comme un ennemi, mais au contraire comme un allié ». Il imagine même que le rôle d’absorbeur de CO2 du tapis herbeux pourrait mériter l’attribution d’un «crédit compensatoire carbone».

Robot tondeur électrique solaire autonome Vitirover

Petit robot solaire…

Le Vitirover s’inscrit dans une empreinte au sol de 75 x 39 cm, pour une hauteur de 29 cm. Son poids : 20 kg. La mobilité est assurée par 4 moteurs qui actionnent chacun une des roues du robot tondeur autonome. Ils sont alimentés par une batterie régénérée grâce à un panneau solaire. Coiffant l’engin, ce dernier est composé de cellules polycristallines de 20 Wc.
« Des gros robots de services, des tracteurs autonomes, il ne s’en vend que très peu d’exemplaires, déjà pour des raisons de sécurité mais aussi de coûts. En revanche, des petits robots autonomes, il s’en achète entre 700 000 et 1 million chaque année », compare Arnaud de la Fouchardière.
« Ce sont par exemple de petits aspirateurs domestiques, ou de petits engins en entreprise. Avec eux, il n’y a aucun risque létal. Avançant à une vitesse de 200 mètres à l’heure, notre Vitirover entre dans cette catégorie », assure-t-il.

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… équipé de gyrobroyeurs

Le bloc de tonte du Vitirover est composé de 2 ou 3 gyrobroyeurs qui sont capables de s’attaquer à tous les types d’herbe, avec une largeur de coupe de 30 cm. Et pour la hauteur ? Après le passage de l’engin autonome, elle varie en général de 4 à 10 cm, voire même 15 cm dans certaines applications.

« Le Vitirover a été conçu pour le monde viticole, là où les sols sont chaotiques et souvent en pente. Le robot doit se débrouiller seul pour aller à la rencontre des obstacles, le plus doucement possible pour ne pas blesser les pieds de vigne et couper l’herbe à 0,5 cm d’eux. Le terrain compte également de nombreux piquets à détecter », explique Arnaud de la Fouchardière.

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Combien d’exemplaires vendus

« Nous ne vendons pas le Vitirover, ni même ne le louons ou le prêtons. Ce que nous vendons, c’est une prestation de service qui se mesure en hectares à entretenir. Nous avons à ce jour fabriqué à Saint-Emilion 100 robots. Nous allons en construire 50 supplémentaires, pour terminer l’année 2022 avec 200 unités », chiffre le dirigeant de l’entreprise.

« Les robots travaillent en troupeau, ou en essaim si vous préférez, contrôlés par un berger. Ce dernier est un être humain qui surveille à distance les Vitirover. En cas de problème, le robot concerné envoie une notification via le cloud à son berger qui accèdera à son dashboard », détaille-t-il.

Cette opération permettra à l’opérateur de prendre la main sur l’appareil défaillant afin de réaliser si possible la maintenance nécessaire. Si le problème ne peut être résolu à distance, le berger se rendra sur place.

Logique de rupture

La surface couverte par un Vitirover dépend du terrain : densité des obstacles, pente, type de sol, etc. En moyenne, l’entreprise compte un robot pour entretenir un hectare. Il faudrait donc compter 50 engins pour maintenir une parcelle de 50 ha, ou un ensemble de terrains géographiquement assez proches qui totalisent cette surface approximativement.

« Avec notre solution, le travail n’est pas effectué de manière séquentielle. Le troupeau est mis en place au printemps et pendant toute la période d’entretien », souligne Arnaud de la Fouchardière.

« Avec le Vitirover, nous sommes dans une logique de rupture. En agriculture, on utilise habituellement et depuis longtemps une force pour traîner un outil, comme une charrue. Au départ, cette puissance était fournie par un cheval. Et ensuite avec un tracteur. Nous assistons ainsi à une automatisation des process existants », expose-t-il.

« Ce que nous proposons nous, c’est une modification de ces processus. En remplaçant un tracteur par un troupeau de petits robots, nous éliminons le tassage du sol par le poids des gros engins, ainsi que le ravinement », complète-t-il.

Une multitude d’applications possibles

Du fait de la rudesse des terres viticoles, le Vitirover s’adapte très bien à des terrains relativement plus faciles en général. « Ainsi le monde des vergers, le monde de l’industrie, les fermes photovoltaïques, les abords des aéroports, les terre-pleins des autoroutes », cite en exemple notre interlocuteur.

« Il y a une certaine appréhension de l’entrée en robotique. C’est pourquoi nous gérons le plus souvent nous-mêmes nos troupeaux de Vitirover. Dans certains cas, nous transmettons le rôle du berger à un client. La formation au logiciel ne demande pas plus d’une demi-journée. Nous avons le cas à Séville, en Espagne, pour l’entretien d’une ferme photovoltaïque d’Endesa. C’est trop loin pour que nous puissions assurer ce rôle », illustre-t-il.

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De plus en plus de demandes

« Nous obtenons de plus en plus de demandes pour notre prestation de service avec le Vitirover. Je viens de recevoir un appel de Sicile, un message venant du département de la Loire, de Suisse aussi. Les besoins sont souvent exprimés pour des fermes photovoltaïques dans des lieux très divers », se réjouit Arnaud de la Fouchardière.

« C’est pourquoi nous allons construire davantage de robots. D’où une nouvelle levée de fonds qui va nous permettre d’étoffer notre équipe et de passer à une autre dimension. Nous souhaitons ouvrir une usine en région Aquitaine qui permettra de produire 30 robots par mois. Le combat continue ! », conclut-il.

Révolution Energétique et moi-même remercions vivement Arnaud de la Fouchardière pour sa disponibilité et le temps pris à répondre immédiatement à nos questions.

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