Des images satellites diffusées par la NASA ont montré une chute impressionnante de la pollution en Chine depuis le début de l’épidémie de coronavirus. Si le fort ralentissement de l’économie en est évidemment la cause, il ne faudrait pas pour autant s’en réjouir. Outre les risques sanitaires et les victimes provoquées par le virus, cette crise mondiale n’est certainement pas une aubaine pour la transition énergétique, le climat et la planète. En tout cas il faudra en tirer les leçons.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Covid-19 est désormais une pandémie. Et il ne faut pas être spécialiste en la matière pour comprendre l’impact qu’il peut avoir sur l’économie mondiale.  Après la décision prise par le président des USA d’interdire aux européens l’accès à son territoire, les bourses ont connu ce 12 mars l’une des pires séances de leur histoire. Les mesures fortes prises dans la foulée par plusieurs gouvernements européens à l’instar de celles annoncées solennellement par Emmanuel Macron auront probablement un impact économique sans précédent depuis la dernière guerre mondiale.

Chute de l’activité industrielle

Vous avez probablement vu ces images satellites diffusées par la Nasa. Elles montrent que la chute de l’activité industrielle en Chine provoquée par l’épidémie a fortement réduit les émissions polluantes. Au point que, selon Marshall Burke, professeur adjoint à l’université de Stanford, le nombre de victimes chinoises du coronavirus serait vingt fois inférieur au nombre de vies humaines épargnées par la diminution des pollutions. Mais il ne faudrait pas s’en réjouir pour autant.

Les satellites de la NASA et l’ESA ont observé une forte chute du dioxyde d’azote (NO2, « nitrogen dioxide » en anglais), au-dessus de la Chine, entre le 1er janvier et le 25 février 2020

 

Parmi les conséquences probables de la pandémie, les analystes de l’agence Bloomberg New Energy Finance (BNEF) anticipent une baisse significative de la fabrication des installations de production d’énergie renouvelable tels que les panneaux photovoltaïques et les éoliennes, mais aussi les voitures électriques et les batteries.
Bien que les éoliennes installées en Europe soient quasi exclusivement fabriquées sur notre territoire, certains composants sont importés de Chine. Selon nos informations, Vestas le plus important constructeur européen d’éoliennes a connu des difficultés d’approvisionnement de certaines pièces. Cela pourrait allonger les délais de fabrication et retarder les livraisons des turbines sur les chantiers.

Selon les premières données statistiques en provenance d’Asie, les ventes de voitures électriques en janvier et février ont chuté de 44% en Chine et de 18% en Corée du Sud, les deux pays asiatiques les plus touchés par le Covid-19. Il est probable qu’avec la propagation de l’épidémie dans le monde cette tendance soit aussi bientôt constatée en Europe et en Amérique du nord.
Les experts de BNEF prévoient qu’en 2020, la demande en cellules pour batteries sera inférieure de 3 gigawattheures à ce qui était initialement prévu. Cela correspond à une baisse de 4% pour l’année. Une prévision plus pessimiste, prédit une réduction de 9 GWh, soit moins 12%.

La production de panneaux photovoltaïques pourrait également se rétracter en 2020, passant des 152 gigawatts initialement prévus dans le monde à seulement 143 GW. Cela signifierait que pour la première fois depuis les années 1980, la production de cellules solaires pourrait être inférieure, cette année à celle de l’année dernière.
En ce qui concerne le secteur éolien BNEF estime que la prévision de 75,4 GW de nouvelles capacités de production mondiale ne soit pas atteinte. Mais les usines chinoises ayant relancé leur production, l’approvisionnement en composants et pièces détachées devrait bientôt se normaliser. L’agence s’attend dès lors à une année record pour cette industrie.

L’heure n’est plus aux tergiversations

Conséquence de cette crise économique mais aussi des mesures prises par les gouvernements pour confiner des populations entières, restreindre les transports et les déplacements : partout dans le monde, les émissions de CO2 se réduisent, comme elles ont déjà baissé dans le passé pendant les guerres et les périodes de récession. Mais après les crises, l’économie se redresse et les activités reprennent de plus belle, entraînant, dans une nouvelle spirale ascendante, les pollutions et les émissions de gaz à effet de serre.

Personne ne souhaite évidemment que l’épidémie que nous affrontons s’éternise et puisse réduire ainsi notre impact sur le climat. Il est évident qu’aujourd’hui la priorité de nos gouvernants doit être de lutter contre la propagation de cette nouvelle maladie et de l’éradiquer. Il s’agit d’un enjeu immédiat de santé publique.

Mais l’urgence climatique est toujours là malgré le Coronavirus. Il ne faudrait pas que la lutte pour enrayer la pandémie et protéger la population nous détourne des défis de la transition énergétique, à un moment où des décisions courageuses doivent être prises dans ce domaine aussi. Car à plus long terme les conséquences des changements climatiques pourraient être encore plus catastrophiques que celles que nous constatons aujourd’hui avec cette épidémie mondiale.
La chute des prix du pétrole et les milliards qui seront consacrés pour combattre la pandémie et soutenir les économies risquent pourtant de faire passer les enjeux climatiques au second plan. Dans ce contexte, Fatih Birol, directeur de l’AIE (Agence Internationale de l’énergie), demande aux Etats de ne pas oublier leurs engagements en matière de réduction des émissions de CO2. « Cela va certainement exercer une pression à la baisse sur l’appétit pour une transition énergétique plus propre », pense-t-il. « Les observateurs remarqueront rapidement si l’accent mis par les gouvernements et les entreprises sur la transition s’éteint lorsque les conditions du marché deviennent plus difficiles », prévient-il.

Comme pour la lutte contre le virus, nous devons éviter à tout prix d’attendre qu’il soit trop tard pour prendre des mesures fortes et accélérer la transition énergétique. Il faut agir lorsqu’il est encore temps d’enrayer la machine infernale.
Parmi les leçons à tirer de cette crise, l’Europe devra notamment réduire sa trop forte dépendance de l’industrie chinoise. L’airbus des batteries est un bon début. Ce projet pourrait servir de tremplin à d’autres, dans le domaine des installations photovoltaïques, par exemple.

Pour la protection du climat comme celle de la santé publique, ne baissons pas la garde, l’heure n’est plus aux tergiversations, agissons !