Et si les grands industriels jouaient la transparence en communiquant l’empreinte environnementale de leurs activités ? L’initiative d’Airbus, qui vient de dévoiler l’impact CO2 de ses avions, pourrait inciter d’autres géants à lui emboîter le pas.

Les temps sont troubles pour le transport aérien. Entre pandémie de Covid-19, émergence du « flight shaming » (honte de prendre l’avion), déclin du pétrole et ultimatums climatiques, le secteur est poussé à se transformer. Cela peut commencer par davantage de transparence sur son impact écologique. Airbus vient d’ouvrir la voie en publiant les rejets de ses avions tout au long de leur vie. C’est le premier avionneur à réaliser une telle démarche, qui incitera peut-être ses concurrents à faire de même.

Les émissions mesurées du puits au réacteur

L’industriel européen s’est basé sur la norme internationale de comptage des émissions « Greenhouse Gas Protocol » (GHG), palier Scope 3. Ce niveau inclut l’ensemble des rejets indirects de la production, issus par exemple de l’extraction des matériaux, de leur transport, des déplacements des salariés et du recyclage en fin de vie. Ainsi, Airbus a évalué que ses 566 avions livrés en 2020 émettront un total de 440 millions de tonnes de CO2 tout au long de leur exploitation (22 ans en moyenne). Un chiffre affecté par la crise du Covid-19, qui ramène les émissions par passager à 63,5 g de CO2/km.

L’avion, moins polluant que la voiture ?

Les 863 aéronefs livrés par Airbus en 2019, année plus prospère, rejetteront 740 millions de tonnes de CO2, soit 66,6 g de CO2/passager/km. Environ 18% de ces émissions (130 millions de tonnes) proviendront de l’extraction, du raffinage et transport du kérosène. Le calcul repose notamment sur un taux d’occupation des sièges de 82,5 %, tel que constaté par l’Association internationale du transport aérien (IATA) en 2019. Pour mieux saisir ces volumes d’émissions, on peut les comparer aux rejets d’un pays entier. Alors que la France a émis 441 millions de tonnes de CO2 en 2019, les appareils d’Airbus produits en 2020 émettront autant sur toute leur existence. L’avion reste toutefois moins émetteur que l’automobile, dont les modèles mis sur le marché l’année dernière affichent 122 g CO2/km en moyenne. Ainsi, passer par la route plutôt que par les airs pollue davantage si le véhicule ne transporte qu’une seule personne et à-peu-près autant s’il en transporte deux.

Moderniser la flotte mondiale

L’importance de moderniser la flotte d’avions commerciaux apparaît également comme une évidence. Si les appareils récents d’Airbus rejettent moins de 70 g de CO2/passager/km, le parc mondial très hétérogène affichait 90 g CO2/passager/km en 2019. Toutefois, la modernisation ne permettra pas de réduire les émissions du transport aérien sans réduction du trafic. D’autres leviers devront aussi être développés, comme l’utilisation de carburants synthétiques et l’accélération des projets d’appareils à hydrogène ou électricité.

L’arrêt des liaisons très courtes déjà assurées par le train est également un moyen simple de diminuer l’impact environnemental de l’aviation commerciale. Enfin, la transition ne devra pas oublier les émissions bien moins médiatisées de l’aviation d’affaires et du fret.