Parmis les débris de l’éolienne qui s’est effondrée fin septembre en Allemagne, les enquêteurs ont retrouvé une boîte dans laquelle les données du fonctionnement de la turbine avant l’incident ont été enregistrées. Dénommée « bottom box » dans le secteur éolien, c’est l’équivalent de la fameuse « boîte noire » des avions. Va-t-elle fournir des indices pour déterminer la cause de l’événement ?

Le 29 septembre, vers 18 h 30, un garde forestier a découvert dans la forêt de Haltern am See, les décombres d’une éolienne de 240 m. Aucun témoin n’a assisté à son effondrement. Elle était dotée d’un mât en béton armé, de forme octogonale et d’une hauteur de 164 mètres. En bout de pale, la turbine culminait à 240 mètres. Il s’agissait d’une Nordex N-149, l’un des modèles les plus grand actuellement sur le marché. Mise en service en mars 2021, sa puissance nominale est de 4,5 MW et sa construction a nécessité un investissement de 5 millions d’euros.

L’enquête pourrait durer plusieurs mois

Des experts ont été désignés et tentent, avec la collaboration des services communaux et des ingénieurs du fabriquant Nordex, de déterminer la cause de l’accident. Ils ont à présent retrouvé la « bottom box » dans les décombres de la machine. A l’instar de la « boîte noire » des avions, cet équipement enregistre toutes les données relatives au fonctionnement de l’éolienne. S’ils espèrent y trouver des indices permettant de les mettre sur la piste des dysfonctionnements qui auraient pu provoquer l’effondrement de la machine, les enquêteurs précisent que leur travail pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Le mat en béton armé, d’une hauteur de 164 mètres, s’est apparemment brisé à environ 40 mètres du sol. Selon certaines rumeurs révélées par la presse locale, la société qui l’a construit serait en faillite. Les services communaux n’ont toutefois pas confirmé cette information. Des échantillons du béton ont été prélevés et seront analysés. Selon les premiers éléments de l’enquête, le vent ne soufflait pas fort au moment de l’effondrement. Quant à la police, elle déclare qu’aucun indice d’un quelconque acte criminel n’a été relevé. A ce stade, elle exclut cette éventualité.

 

Une deuxième éolienne, structurellement identique, appartenant au même exploitant et construite à 450 mètres de la machine accidentée a immédiatement été arrêtée. Le fabricant Nordex, dont le siège se trouve à Hambourg, précise en outre que 22 autres turbines construites sur le même modèle ont été temporairement mises hors service par mesure de précaution. La société ajoute qu’elle a suspendu la fabrication d’éoliennes du même type tant que les causes de la catastrophe n’ont pas été trouvées.

L’inauguration du parc était prévue le lendemain du jour de l’accident. Andreas Stegemann, le bourgmestre de la commune, devait prononcer un discours sur le site, devant plusieurs dizaines d’invités. La cérémonie a évidemment été annulée. On frémit à l’idée que l’accident aurait pu se passer à ce moment-là, avec toutes les conséquences qu’on imagine.

Une deuxième éolienne construite à 450 m de la machine effondrée a été immédiatement arrêtée

Des accidents extrêmement rares

Rappelons que selon les statistiques tenues depuis 2005 par l’Association allemande de l’énergie éoliennes (BWE) seuls 6 effondrements d’éoliennes avaient été rapportés jusqu’ici dans le pays, pour un total de 29.715 turbines installées. Wolfram Axthelm, le directeur général de BWE relève donc que ce genre d’accident est extrêmement rare. « Les éoliennes sont régulièrement entretenues par des entreprises spécialisées et selon un programme établi par le fabricant », précise-t-il. « Elles sont également vérifiées et contrôlées périodiquement par des experts indépendants ou des organismes agréés », ajoute-t-il.

Et en France ?

En France, le Bureau d’Analyse des Risques et Pollutions Industriels (BARPI) est chargé de collecter les informations sur l’accidentologie technologique. Parmi les 54 000 accidents qu’il recense dans la base de données ARIA (Analyse, Recherche et Information sur les Accidents), le moteur de recherche permet de constater qu’au total 4 effondrements d’éoliennes ont eu lieu dans le pays.
Le premier s’est produit le 20 mars 2004 à Dunkerque dans un parc de 9 machines. L’une d’entre elles a été abattue par le vent. Les résultats de l’expertise ont établi un dimensionnement insuffisant des fondations. L’exploitant a démantelé l’installation.
Le dernier effondrement d’une turbine dans l’Hexagone a eu lieu le 23 janvier 2019 à Boutavent, dans l’Oise.
Ces événements n’ont causé aucune victime.