Faire fructifier ses économies tout en participant à la transition énergétique : c’est la combinaison gagnante que permet l’achat de parts dans une coopérative énergétique citoyenne. Une formule qui rencontre un succès croissant.

La présence des coopératives semble encore marginale dans le paysage énergétique français. Pourtant, leur accroissement en nombre et leurs performances interpellent, particulièrement dans certains pays européens, notamment l’Allemagne, où leur part dans la production d’énergie éolienne est estimée à 16 %.

Elles se comptent par centaines au Danemark, et se développent aussi par dizaines aux Pays-Bas, en France (Enercoop), en Belgique (Ecopower), au Royaume-Uni (Energy4All), ainsi qu’en Italie.

Au sein de l’Hexagone, selon Energie Partagée, ce sont plus de 5200 citoyens qui ont investi 16,6 millions d’euros dans des projets d’énergie renouvelable.

45 éoliennes, 50 000 panneaux solaires, 3 centrales de méthanisation, 3 mini centrales-hydroélectriques et 12 chaufferies au bois pour une production annuelle de 243 GWh, soit l’équivalent de la consommation électrique d’une ville comme Rennes, ont ainsi pu voir le jour grâce au financement des citoyens.

Selon Emmanuel Soulias, président d’Énergie Partagée Coopérative, ce sont pas moins de 50 projets de production d’énergie renouvelable qui ont pu être financés en 8 ans seulement.

Se réapproprier l’énergie

Les coopératives citoyennes doivent leur succès à la détermination d’un nombre croissant de citoyens et de communautés locales de pouvoir choisir, se réapproprier et gérer les modes de production et de consommation de leur énergie, tout en apportant sa pierre l’édifice de la lutte contre le réchauffement climatique.

La gestion se veut avant tout démocratique, transparente, locale. Des principes coopératifs à mettre en regard avec l’oligarchie en place dans le secteur énergétique et l’hégémonie de grands groupes multinationaux, aux pratiques parfois opaques.

Objectif : 15 % d’énergie citoyenne en 2030

La coopérative citoyenne permet de connecter territoires et citoyens aux projets d’énergies renouvelables et ainsi lever un certain nombre d’obstacles liés à l’acceptation sociale.

Les projets qu’elles portent doivent être en cohérence avec les principes coopératifs : locaux, démocratiques, écologiques, rentables et non spéculatifs.

Énergie Partagée a appuyé la campagne de mobilisation pour la semaine de la finance solidaire, qui s’est terminée le 12 novembre. Son objectif : collecter 10 millions d’euros supplémentaires d’ici 2020 et faire en sorte que les installations citoyennes représentent 15 % des projets d’énergies renouvelables en 2030.

Un bon investissement

Acheter des parts de coopérateur peut-il être considéré comme un placement fiable ?

Bien que le capital investi ne sera jamais garanti par l’Etat et reste de ce fait considéré comme un placement à risque, il est rare d’investir dans un secteur d’activité qui offre à la fois visibilité et stabilité : il y aura toujours du vent et du soleil, les éoliennes bénéficient d’une obligation de disponibilité de 97% (elles doivent tourner 97% du temps où le vent souffle), et les énergies renouvelables bénéficient d’un soutien à long terme du gouvernement.

Dans le cas des parcs éoliens de six machines maximum, l’exploitant bénéficie d’un tarif de référence qui se situe entre 72 et 74 €/MWh, garanti pendant 20 ans.

De plus, la gestion des coopératives est transparente et assurée collégialement par une assemblée générale à laquelle tout coopérateur, même détenteur d’une seule part, peut participer.

Votre argent financera des projets écologiques et locaux ​

En tant que coopérateur, vous pourrez participer aux décisions de la coopérative en matière de stratégie d’investissement et de distribution de dividende. Votre argent servira à financer des projets durables tels que l’installation d’une éolienne, de panneaux photovoltaïques, d’une centrale micro-hydroélectrique, de biométhanisation ou un réseau de chaleur.

L’assemblée générale (bien souvent composée exclusivement de bénévoles) veillera au respect des principes coopératifs et du bénéfice environnemental du projet. Votre placement prend donc un sens éthique et sociétal.

Oui, mais pour quel rendement ?

​Le citoyen qui souhaite investir dans un projet citoyen peut choisir de souscrire des parts directement auprès de la coopérative citoyenne de son choix (en fonction de la proximité du projet par ex.), ou opter pour un fonds comme celui que propose Energie Partagée.

Le fonds a l’avantage d’offrir une grande sécurité, puisqu’il diversifie ses investissements dans une cinquantaine de projets renouvelables sélectionnés sur base d’une série de critères garantissant le bien-fondé du projet. L’objectif de rendement moyen des actions Energie Partagée est fixé à 4% par an, sous réserve d’une durée de détention minimum de 10 ans. Cet objectif n’est pas garanti, il dépend de la performance réelle de chaque projet du portefeuille.

Les coopératives déjà opérationnelles (production éolienne, photovoltaïque, …) peuvent rémunérer le capital investi par les citoyens, malgré qu’une période d’amorçage souvent longue soit nécessaire (5 à 7 ans pour le solaire, 7 à 10 ans pour l’éolien). Si la coopérative a opté pour le statut de SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), elle peut rémunérer les parts à un taux d’intérêt plafonné au TMO (Taux Moyen des Obligations des entreprises privées) calculé sur les trois années civiles précédentes (pour 2016, ce taux s’élevait à 1,81%).

En Belgique, une coopérative a la possibilité de demander l’agrément du Ministère de l’Economie. Si elle se conforme aux principes coopératifs, ne poursuit pas de but spéculatif et limite le droit de vote obligatoire (ex. : une homme une voix), la coopérative peut être reconnue comme « agréée » et être autorisée à distribuer un dividende plafonné à 6%.

Ce taux de rémunération est toutefois rarement atteint, la coopérative préférant distribuer 4 ou 5%, et affecter le bénéfice restant éventuel sous forme de réserves afin de consolider sa structure financière.

Le site coopalacarte.be permet à chacun d’accéder à une information complète des projets développés par les coopératives agréées et choisir ainsi d’investir dans une coopérative belge en toute connaissance de cause.

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