Le programme d’ArcelorMittal pour le verdissement de sa production d’acier passe par la fermeture de 3 hauts-fourneaux au charbon à Dunkerque (59) et Fos-sur-Mer (13). Un scénario soutenu par le gouvernement.

Neutralité carbone en 2050

Souhaitant être reconnue comme une entreprise qui s’inscrit dans l’Accord de Paris et le Pacte vert, ArcelorMittal poursuit une feuille de route qui doit l’emmener jusqu’à la neutralité carbone à horizon 2050. Elle compte une étape en 2030. A cette échéance intermédiaire, les émissions de CO2 du groupe devront avoir décliné de près de 40 % en France, 35 % en Europe, et 25 % au niveau mondial.

En plus de coûts opérationnels plus élevés, cette politique de décarbonation va représenter un volume d’investissements de 10 milliards de dollars (8,73 milliards d’euros) pour satisfaire aux exigences de ce premier palier.

Trois axes vont être poursuivis par ArcelorMittal : séquestration (CCS-CCU) et réutilisation du CO2 résiduel, production de l’acier sans charbon à partir de l’hydrogène en développant la voie innovante des unités de réduction directe du fer (DRI), et recyclage massif. Pour la présente année 2022 et dans l’Hexagone, le groupe industriel s’est engagé à incorporer un taux de 25 % de matière recyclée dans sa production d’acier.

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Des chantiers de grande ampleur

En 2021, ArcelorMittal a enchaîné les annonces pour verdir son industrie. Au Canada, par exemple, le groupe va bénéficier du soutien du gouvernement pour mettre en place sur le site Dofasco à Hamilton un projet d’unité de réduction directe avec four électrique en remplacement de celui au charbon.

Des scénarios similaires et adaptés ont également été annoncés dans les usines de Sestao en Espagne, Hambourg en Allemagne et à Gand en Belgique. Dans tous les cas, les pouvoirs publics vont soutenir l’effort d’investissement d’ArcelorMittal.

Son service de communication avait été très clair sur le sujet en milieu d’année dernière : « Le soutien des Etats et de l’Union européenne est indispensable pour accompagner cette transformation en profondeur d’une filière stratégique pour la souveraineté, et qui sert de nombreux secteurs d’activité (automobile, emballage alimentaire, électroménager, transport par rail, bâtiment, etc.) ».

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Dunkerque

En toute fin d’hiver 2021, ArcelorMittal avait déjà évoqué la situation de Dunkerque par l’intermédiaire d’un accord avec Air Liquide. Le partenariat ciblait une réduction de 2,85 millions de tonnes des émissions annuelles de CO2 au niveau des hauts-fourneaux du site d’ici 2030.

Il était déjà question d’exploiter de l’hydrogène vert obtenu par électrolyse dans les processus de production d’acier. Egalement mis en avant par les 2 entreprises à l’époque : la réduction directe du fer, l’exploitation d’un four à arc immergé et le captage du CO2.

Dans cette optique, ArcelorMittal et Air Liquide avaient déposé une demande de subvention auprès du programme IPCEI pour l’hydrogène (Projet important d’intérêt européen commun), soulignant que la mise en œuvre de leur démarche dépendrait de la réponse accordée. Le site de Fos-sur-Mer était également ciblé dès mars 2021, avec l’installation d’un four électrique.

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3 sur 5 hauts-fourneaux en France

Actuellement, ArcelorMittal exploite 5 hauts-fourneaux en France : 3 à Dunkerque et 2 à Fos-sur-Mer. D’ici 2030, il n’en resterait plus qu’un en activité sur chacun des 2 sites.

Dans les Bouches-du-Rhône, l’industriel a confirmé la mise en place d’un four électrique à arc (EAF) en complément d’un four poche. Ce qui ferait de Fos-sur-Mer « un site de référence pour la production d’acier circulaire, produit à partir d’acier recyclé, à faible empreinte CO2 », a assuré ArcelorMittal.

A Dunkerque, la transformation est un peu plus conséquente. L’industriel construira ici une nouvelle unité DRI d’une capacité de 2,5 millions de tonnes. Cette usine de transformation du minerai de fer avec de l’hydrogène sera couplée à une technologie innovante de four électrique, et complétée par un four EAF additionnel.

Toutes ces installations seraient opérationnelles à partir de 2027, et remplaceraient progressivement en 3 ans les 3 hauts-fourneaux condamnés.

1,7 milliard d’euros d’investissement

Pour la décarbonation de ses sites de Dunkerque et Fos-sur-Mer, ArcelorMittal a prévu une enveloppe de 1,7 milliard d’euros. C’est le prix à payer pour obtenir une réduction des émissions de CO2 qui représente 10 % des gaz à effet de serre émis en France par le secteur industriel. Soit 7,8 millions de tonnes à l’année.

Le groupe sidérurgique ne sera pas seul à supporter l’effort d’investissement. Quelle serait la part apportée par le gouvernement français ? On imaginait que cette question trouverait sa réponse vendredi 4 février 2022, alors que 3 membres du gouvernement avaient effectué le déplacement jusqu’à Dunkerque.

Accompagné de Barbara Pompili et d’Agnès Pannier-Runacher, respectivement ministre de la Transition écologique et ministre déléguée à l’Economie, le Premier ministre Jean Castex a surtout brossé les grandes lignes des aides spécifiques à mettre en place pour décarboner l’industrie.

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5,6 milliards d’euros en provenance de France 2030

« Je vous annonce aujourd’hui que nous allons consacrer 5,6 milliards d’euros au sein de France 2030 pour décarboner notre industrie », a indiqué le chef du gouvernement. Cette manne devrait principalement soutenir des technologies à la pointe. Un budget de 600 millions d’euros sera dirigé vers « l’innovation et la recherche pour accompagner ce phénomène de décarbonation ».

Les projets de « décarbonation massive et en profondeur des sites industriels », qui pourraient potentiellement provenir des 25 zones (acier, ciment, chimie lourde) représentant en France près de 40 % des émissions de CO2, recevraient un soutien des pouvoirs publics à hauteur de 4 milliards d’euros. « C’est sur eux que nous allons faire porter l’effort maximum », a conclu Jean Castex.

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