La Commission européenne a présenté récemment son rapport annuel sur « l’Union de l’énergie ». Si dans l’ensemble « on prend la bonne direction » comme l’a déclaré son vice-président, Frans Timmermans, la plupart des Etats ont encore « du pain sur la planche » pour atteindre les objectifs qui leur étaient assignés. Parmi les pays épinglés pour leur retard, la France est montrée du doigt à plusieurs reprises dans le rapport.

En promettant en 2014 de réaliser une « Union de l’énergie », les commissaires européens emmenés par le président Juncker s’étaient fixé un but ambitieux. Ce programme vise notamment à assurer l’indépendance énergétique de l’Europe en diversifiant ses productions d’énergie et en relançant l’intégration des marchés européens de l’énergie grâce à la solidarité et à la coopération entre les États membres.

Chaque année, Bruxelles publie un rapport qui dresse le bilan des progrès réalisés vers l’achèvement de l’Union de l’énergie et met en lumière les efforts qu’il faut encore accomplir. Le panorama que dévoile le rapport de cette année n’est pas spécialement réjouissant.

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Parmi les sources de satisfaction, la Commission constate d’entrée de jeu que la crise sanitaire n’a pas entravé la sécurité d’approvisionnement de l’Europe, ce qui prouve sa « résilience aux chocs ». Au cours de cette période, le mix énergétique européen s’est verdi, comme en témoignent l’effondrement de la consommation de charbon et, en parallèle, la progression sans précédent des renouvelables. Les valeurs liées aux énergies « propres » ont également moins souffert sur les marchés boursiers et se sont plus vite redressées que celles des sources fossiles.


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La France est en retard pour ses interconnexions électriques

L’intégration du marché européen de l’énergie a progressé, constate Bruxelles. Toutefois huit Etats membres, dont la France n’ont pas encore atteint l’objectif de 10% d’interconnexions électriques fixé pour 2020 (alors qu’il faudra 15 % en 2030). Ces lignes à haute tension transfrontalières permettent aux pays et à leurs producteurs d’importer et d’exporter leur électricité et de se venir mutuellement en aide en cas de pénurie. Elles servent aussi à pallier la variabilité des énergies renouvelables par le foisonnement[1] et à réduire les coûts liés à leur intégration en mutualisant les stockages et les sources de flexibilité. La collaboration transfrontalière entre le Danemark avec son développement éolien important et les installations hydroélectriques de Norvège et de Suède via les interconnexions posées dans la mer Baltique est un bel exemple à suivre.


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En ce qui concerne le marché de l’électricité, la Commission déplore la position dominante que conservent plusieurs opérateurs historiques dans leur pays, ce qui freine la concurrence. Mauvais élève, la France figure au troisième rang des Etats où le principal opérateur (EDF dans l’Hexagone) occupe la plus large place sur le marché, après Chypre et la Croatie.

50 milliards de subventions pour les combustibles fossiles 

La Commission s’inquiète aussi de la forte dépendance de l’économie européenne à l’égard des importations de combustibles fossiles, ce qui l’expose à la volatilité et aux incertitudes qui caractérisent ces marchés. La note est salée : 331 milliards d’euros se sont envolés en 2018 à l’extérieur des frontières de l’Union pour le paiement de ces importations.
Par ailleurs Bruxelles épingle la hauteur des subventions accordées par les Etats membres à ces énergies fossiles malgré les engagements pris lors de la COP21. Dirigés principalement vers les produits pétroliers, ils sont en augmentation depuis 2015 et s’élèvent à environ 50 milliards d’euros, soit près du tiers de toutes les aides accordées au secteur européen de l’énergie. La France, encore une fois, ne fait pas bonne figure puisqu’avec près de 11 milliards d’euros de soutien distribués aux combustibles fossiles en 2018, le pays n’échappe pas à la tendance. Il occupe même la première marche du podium au challenge des plus grands « donateurs ».
Autre point noir : de nombreux Etats ne fournissent pas de plan clair ni de calendrier précis pour les mesures qu’ils doivent prendre en vue de supprimer ces subventions.


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Les budgets de recherche dans les énergies vertes se contractent

A propos des énergies « vertes », le rapport précise que la plupart des pays atteindront en fin d’année l’objectif qui leur était fixé pour 2020 en termes de pourcentage de renouvelables dans leur mix énergétique. Douze d’entre eux y étaient d’ailleurs déjà parvenu dès 2018. Mais trois Etats, la France, la Belgique et la Pologne risquent fort de ne pas y arriver. Dans son ensemble, l’Europe devrait dépasser la marque des 20 % qu’elle s’était imposée pour fin 2020 et atteindre une part de renouvelables d’environ 23 %.

Bruxelles esquisse d’ailleurs un tableau flatteur de la compétitivité de ces énergies. Elles « réalisent de meilleures performances que les énergies conventionnelles et créent plus de valeur et d’emplois » peut-on découvrir dans le rapport.
Il y a toutefois un souci de taille : dans ce secteur les investissements, tant publics que privés, en recherche et développement se contractent. En 2018, les budgets alloués à l’innovation dans les renouvelables se sont réduits de 500 millions d’euros par rapport à ceux prévus en 2010. L’Union européenne serait même à la traine des grandes économies mondiales dans ce domaine ce qui met en péril le développement des technologies qui permettraient de décarboner nos économies et d’atteindre les objectifs ambitieux fixés dans le Green deal. La Commission encourage dès lors les Etas à inverser cette tendance et à booster les aides accordées à la recherche dans les énergies vertes pour que l’Europe « s’impose comme le premier continent à atteindre la neutralité climatique ».


[1] On appelle « effet de foisonnement » la réduction des fluctuations dans le temps de l’intermittence et de la variabilité de la production d’énergie par la multiplication de sources éloignées.