
En deux ans à peine, la Bulgarie et ses 6,4 millions d’habitants ont raccordé presque 6 GW de batteries, soit près d’un quart de la puissance de son parc électrique et plus que son pic de consommation. Aucun autre réseau au monde n’en compte autant, en proportion de son mix électrique.
De l’argent européen issu des fonds de relance, un problème d’électricité chère : la Bulgarie a choisi de tout dépenser dans… des batteries. Ces gros conteneurs pourraient être le miracle pour la sauver de ses prix très chers, parmi les plus élevés d’Europe. De son solaire aussi, qui déferle en masse pour tenter de fermer certaines centrales à charbon.
Il y a deux ans, il n’y avait pas une batterie en Bulgarie. En octobre 2026, les données de l’ENTSOE montrent entre 5 et 6 gigawatts (GW) de batteries, le deuxième plus haut niveau européen. Rapportée aux 23,8 GW du parc électrique national, un quart du mix installé, la Bulgare est de très loin première. La Californie n’est qu’à 15 % et la Chine moins de 4 % selon les calculs de l’hebdomadaire économique bulgare Capital qui suit leur déploiement.
Le programme RESTORE, avec ses deadlines serrées et des procédures facilitées, a permis de boucler des projets en 9 à 18 mois. À Maritsa East 3, une ancienne centrale à charbon, ContourGlobal a débranché une unité pour connecter des batteries à sa place.
À lire aussiLa plus grande batterie d’Europe vient d’être inaugurée en BulgarieAvec plus de 6,5 GW de panneaux solaires, le pays croule sous l’électricité à la mi-journée, comme son voisin roumain quand les prix s’effondrent en territoire négatif. La Roumanie envoie des gigawatts de solaire pour être stockés. Avant de monter en flèche le soir, où l’électron renvoyé en retour a un prix bien plus cher. Et cette situation d’écart de prix, une batterie adore : elle charge le midi et décharge le soir, pour simplifier.
La canicule a directement révélé le rôle des batteries. Le niveau très bas du Danube a contraint la Roumanie à arrêter les deux réacteurs nucléaires de Cernavodă. La Bulgarie a pris le relais et ses exportations ont doublé par rapport à mai-juin.
Aujourd’hui, on voit une cloche solaire nocturne qui couvre la pointe du soir : elle est entièrement due aux batteries. Et le solaire progresse plus vite que les batteries, tandis que les interconnexions ne sont pas encore saturées. Les spreads (écarts de prix) ne sont pas encore cannibalisés par les batteries. Ils sont absorbés à tel point qu’ils sont largement réduits. Leur viabilité économique n’est pas remise en cause, mais leur pertinence économique, elle, est intéressante à observer depuis l’autre côté de l’Europe.
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