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Le développement exponentiel de l’intelligence artificielle se heurte à un problème de taille : comment l’alimenter en énergie ? Car il s’avère que l’approvisionnement en énergie devient progressivement un des principaux goulots d’étranglement de toute la filière. Et face à cela émerge une réponse originale : placer les centres de données dans l’espace.
En 2024, les datacenters ont consommé 415 TWh par an, d’après l’Agence internationale de l’énergie, soit près de 1,5% de la consommation électrique mondiale. Et l’agence de constater une croissance de l’ordre de 12% par an. D’après Goldman Sachs, la puissance appelée pourrait atteindre 122 GW en 2030. Pour donner un ordre de grandeur, rappelons que le supercalculateur Colossus de xAI (une entreprise d’Elon Musk), basé à Memphis dans le Tennessee, pourrait dépasser une consommation de 1,5 GW avant fin d’année – soit à lui tout seul l’équivalent de la production d’un réacteur nucléaire de type EPR.
Et la conséquence ne tarde pas à apparaître : l’approvisionnement en énergie des datacenters devient un enjeu crucial de leur développement. Ainsi, pour prendre un exemple, Amazon a communiqué sur le fait que les délais de raccordement au réseau devenaient un des facteurs décisifs pour la décision d’investissement. Aux USA, ces délais sont en moyenne de trois ans, et ils peuvent dépasser dans certains cas sept ans ; la situation est similaire en Europe. Et ce sont des délais bien trop importants au regard des deux ans nécessaire pour construire le datacenter lui-même.
À lire aussiCette centrale à fusion nucléaire en début de construction fournira bientôt de l’énergie à MicrosoftPour produire de l’énergie en masse, on peut aller là où elle est abondante. Et il n’y a pas d’endroit où elle est plus abondante que dans l’espace. Au-delà de notre atmosphère, en effet, au niveau de l’orbite de notre planète, le rayonnement solaire est particulièrement intense. Chaque mètre carré reçoit 1,37 kilowatt (kW) ; chaque kilomètre-carré reçoit l’équivalent d’une grosse centrale nucléaire. Mieux : si l’orbite est convenablement choisie, l’éclairement des satellites peut être permanent. Et cette abondance d’énergie stimule la création d’une multitude de projets visant à expédier des datacenters en orbite.
La startup Axiom Space, par exemple, est déjà bien avancée en la matière. Depuis 2025, elle a déjà installé et fait fonctionner un prototype de calculateur IA sur la station spatiale internationale (ISS). Starcloud, une autre startup, quant à elle soutenue par Nvidia et Google, est également bien avancée : elle a réussi le lancement de Starcloud-1 en novembre 2025. Et le satellite a démontré pour la première fois la possibilité d’entraîner en orbite un modèle d’IA.
À lire aussiImmerger des datacenters sous l’océan pour économiser de l’énergie : la Chine va le testerLe projet de SpaceX sur les datacenters spatiaux sont à l’image du créateur de la société, Elon Musk, dont nous sommes habitués aux déclarations fracassantes. Car la société astronautique, qui vient de fusionner avec xAI en ce début 2026, projette de placer en orbite l’équivalent en termes de consommation d’énergie de plusieurs centaines de gigawatts (GW), avec un rythme de lancement de l’ordre de 100 GW/an.
Pour ce faire, SpaceX déploierait son réseau de calcul à partir d’une d’infrastructure qu’elle connaît bien : ses propres satellites Starlink, dont elle a lancé en orbite plus de 10 000 exemplaires. Si l’on considère que chaque satellite est déjà capable de produire de l’ordre de 10 kW grâce à ses panneaux photovoltaïques, il est facile de conclure que la société a déjà déployé en orbite près de 100 mégawatts (MW). Du point de vue de SpaceX, le passage à plusieurs dizaines, voire centaines de gigawatts est ainsi seulement une question d’échelle. Dont les coûts de lancement seront contenus par l’utilisation de la gigantesque fusée Starship, la plus puissante du monde et actuellement en développement.
À lire aussiIls surchauffent l’air des datacenters avec des panneaux solaires pour produire de l’électricitéGoogle n’est pas en reste, et dispose de son propre projet : Suncatcher, qui sera équipé de puces TPU (puces IA de Google), avec deux premiers satellites prototypes prévus pour 2027. Blue Origin, la firme astronautique de Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et donc d’AWS, acteur géant du cloud, a également annoncé ses projets, liés à son futur réseau internet par satellites TeraWave ; pour ce dernier, il est aujourd’hui prévu un déploiement à partir de fin 2027 avec la fusée New Glenn.
Au regard de cette avalanche de projets, l’Europe paraît bien à la traîne. Elle mène toutefois une étude de faisabilité baptisée ASCEND (Advanced Space Cloud for European Net zero emission and Data sovereignty), financée par Horizon Europe, et menée par les grands acteurs du spatial et du cloud européen. En France, la startup française Latitude, qui développe le lanceur léger Zephyr, s’est alliée avec l’entreprise émiratie Madari Space pour lancer les datacenters spatiaux qui seront construits par cette dernière ; les premiers tests sont prévus pour 2026.
À lire aussiCe datacenter s’installe au cœur d’une éolienne : à quoi ça sert ?Le concept a un mérite : placer les datacenters là où l’énergie est abondante. Mais cela s’accompagne de contraintes pour le moins significatives. En premier lieu les coûts de lancement. Et ceci même en anticipant une baisse radicale du kilogramme en orbite avec des fusées géantes comme le Starship. La dissipation de l’énergie est également une problématique de taille dans le vide spatial, car les datacenters produisent une énorme quantité de chaleur – et c’est bien pour cela que certains opérateurs envisagent de les placer sous l’eau.
La durée de vie des datacenters dans les conditions très difficiles de l’espace est également une question particulièrement critique. En effet, en cas d’avarie, il est difficile d’imaginer envoyer une mission de maintenance – qui serait alors extraordinairement coûteuse. Les radiations auront en outre un effet délétère sur le matériel informatique. Et, dans le même ordre d’idée, on peut se poser en outre la question de l’impact d’une tempête solaire géante sur de tels systèmes.
Au total, nous constatons bien qu’en pratique, le concept de datacenters orbitaux n’en est encore principalement qu’au stade des études et des prototypes. Quant aux visions grandioses, comme celles d’Elon Musk, elles restent encore à mettre à l’épreuve, avant même de pouvoir les mettre à l’échelle. Ainsi, demain, les datacenters seront-ils tous dans l’espace ? Il est bien difficile de répondre aujourd’hui par l’affirmative. Mais nous vivons une époque qui sait encore se montrer chaque jour un peu plus étonnante.
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