
Une trentaine de recommandations élaborées sur mission du gouvernement, Raphaël Schellenberger a livré le fruit de mois de travail pour faire décoller la consommation d’électricité et tenter de se passer progressivement des énergies fossiles.
Le réseau électrique doit-il servir en priorité les usines plutôt que les datacenters ? C’est une des questions que s’est posées le député de droite mais non inscrit Raphaël Schellenberger, dans son rapport remis au Premier ministre. Vingt-neuf recommandations pour accélérer l’électrification de l’industrie française que nous avons décortiquées.
Il part d’un constat qui justifie qu’aujourd’hui, l’électrification stagne à 37 % dans l’industrie : les technologies existent mais les investissements n’arrivent pas. Tout ce qui a besoin de chaleur est toujours d’origine fossile : sur 210 térawattheures (TWh) consommés en 2021, seulement 15,3 TWh étaient électriques. Pourtant, la moitié des fossiles utilisés dans les procédés qui nécessitent beaucoup de chaleur pourraient être remplacés par de l’électricité avec des technologies qui sont déjà sur le marché.
Pour les secteurs de l’agroalimentaire, la chimie, le papier ou le textile, il propose de créer un fonds de garantie, porté par Bpifrance, et de faciliter le tiers-financement des investissements (où le financeur est aussi l’opérateur et l’industriel achète, par exemple, la vapeur). Il souhaite aussi revoir les aides publiques pour privilégier l’électrification, adapter les taux réduits d’accise lorsque seul un procédé est électrifié et accompagner, avec les chambres de commerce, 10 000 PME au plus vite.
À lire aussiCes 100 territoires où l’Etat veut tester l’hyper-électrificationD’autres recommandations portent sur le raccordement. Trente gigawatts (GW) sont actuellement demandés à RTE (trois fois la puissance de l’industrie). Les demandes d’études exploratoires ont elles aussi explosé : 260 en 2019 à plus de 5 300 en 2025.
Comme la file d’attente de batteries, la saturation est plutôt administrative que physique. Des projets ont réservé de la capacité, mais ne sont pas matures pour autant (il pense à l’hydrogène et aux data centers). Le député se prononce donc en faveur d’une réflexion déjà entamée en dehors de ses travaux, qui est le « premier prêt, premier servi » et non plus le premier arrivé. Les projets d’électrification d’usines existantes devraient être prioritaires, dit-il, avec les travaux de raccordement les plus courts.
Toujours sur le réseau, il veut remplacer les Schémas régionaux de raccordement des énergies renouvelables (S3REnR) par des Schémas régionaux de raccordement aux réseaux (S3R), qui prendraient en compte non seulement les nouvelles productions d’électricité mais aussi les futurs besoins de consommation. Les saturations pourraient bouger et un territoire saturé en injection (trop d’énergies renouvelables localement) pourrait accueillir des programmes d’électrification et, au contraire, d’autres territoires qui attendent l’électrification pourraient voir des ENR raccordées à proximité.
Enfin, il dresse une hiérarchie des usages de l’électricité, comme il y a par exemple sur la ressource bois, eau… D’abord, les industries extractives, manufacturières et de transformation avant les services numériques. Dans son viseur : les data centers.
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