
La Tribune publie une enquête qui jette la lumière sur la prise en otage de l’approvisionnement en uranium destiné aux centrales nucléaires par des fonds d’investissement achetant physiquement des quantités gigantesques dans l’attente que les cours montent en les influançant.
Dans un article publié lundi 30 mars, la journaliste Juliette Raynal, pour La Tribune, titre avec des noms qui n’évoquent pas grand-chose pour les non-initiés : Sprott, Yellow Cake… Et pourtant ces fonds concentrent l’approvisionnement en uranium.
Ils achètent de l’uranium physique, le stockent et attendent que les prix montent. « Ensuite, ils ne revendent pas l’uranium, ils le capturent », explique Nicolas Maes, directeur général d’Orano interrogé par La Tribune. Une stratégie qui consiste à retirer des volumes du marché sans les consommer, faisant donc monter les prix. Ce stock est entreposé notamment sur le site d’Orano de Malvési (Aude). Moyennant des frais logistiques et administratifs, l’entreposage est aussi source de revenu pour l’entreposeur, cette activité est lucrative pour Orano.
À lire aussiNucléaire : comment la France s’organise pour enrichir l’uranium des futurs réacteurs EPREt leur stratégie paie. La relance du nucléaire n’est qu’une affaire d’années, ils doivent donc s’armer de patience. Avec plusieurs dizaines de réacteurs en construction, dont les 6 EPR2 en France, la demande future en combustible va certainement augmenter. C’est un pari quasi-gagnant que de commencer à déjà stocker. « Ces transactions provoquent de très grosses volatilités sur le marché spot », explique Nicolas Maes dans les colonnes de La Tribune. En quelques années, le prix de la livre d’uranium est ainsi passé d’une trentaine de dollars à plus de 100 dollars en 2024 pour s’établir ensuite autour de 80 à 90 dollars.
Cela a de quoi inquiéter les industriels. « Ces transactions embêtent énormément les industriels du nucléaire », observe Teva Meyer, spécialiste de la géopolitique du nucléaire, également interrogé par La Tribune. « En 2022, le fonds Sprott a acheté 10 % de tout le volume d’uranium miné au cours de cette même année » et manipulent donc les prix et compliquent les investissements. Ce fonds Sprott Physical Uranium Trust (SPUT), explique-t-elle à La Tribune, détient « presque la moitié de la consommation annuelle mondiale », plus de 78 millions de livres d’uranium, soit 7,3 milliards de dollars.
Car si les exploitants s’approvisionnent majoritairement via des contrats de long terme, ils restent dépendants du marché spot pour une partie de leurs besoins.
Alors, jusqu’où cette spéculation peut-elle aller ? Les stocks stratégiques, s’ils existent déjà, vont devoir augmenter pour échapper à cette logique spéculative qui enferme l’uranium ?
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