La démocratisation des batteries de stockage et la commercialisation d’appareils de fitness produisant du courant permet à certaines salles de sport de générer une partie de leur électricité avec l’énergie musculaire de leurs clients. A l’échelle mondiale, le secteur du fitness pourrait fournir l’équivalent de la consommation d’une ville de 700.000 habitants.

La bicyclette qui, en pédalant, allume quelques ampoules : cette petite expérience de physique bien connue amuse  en général les enfants. Vous avez peut-être aussi déjà vu de tels vélos fixes trôner dans une gare ou un aéroport pour vous permettre de recharger un téléphone portable. Une attraction plus ludique que vraiment utile. Jusqu’il y a peu, pas grand-monde n’imaginait sérieusement qu’il soit possible de produire de cette façon une quantité significative d’électricité. Pourtant, lorsqu’à longueur de journée, les clients d’une salle de sport dépensent leur énergie sur les différents appareils mis à leur disposition, l’électricité que ceux-ci pourraient générer n’est plus si négligeable. Depuis quelques années des centres de fitness ont donc exploité cette idée pour générer une partie de l’énergie qu’ils consomment.

Techniquement, la transformation en électricité de l’énergie musculaire dépensée par les sportifs est très simple et n’a jamais vraiment posé problème. C’est en réalité le principe de la dynamo utilisée depuis très longtemps pour alimenter le phare d’un vélo. La difficulté résidait en fait dans le stockage de cette énergie dont la production pendant la journée est fort variable et ne correspond que très rarement à la quantité consommée instantanément par la salle. La mise sur le marché de batteries lithium-ion à un prix abordable, permettant de réaliser un stockage-tampon, a rendu possible la résolution de ce problème.

Le « California Fitness Club » de Hong-Kong a probablement été l’un des premiers, en 2007,  à utiliser ses vélos d’entrainement et tapis de course pour éclairer sa salle. Un sportif s’entraînant sur ces appareils développe une puissance pouvant varier entre 50 et 200 watts en fonction de l’intensité de ses efforts. La conversion en électricité de l’énergie musculaire dépensée simultanément sur les différents engins d’un centre permet donc d’alimenter tout au long de la journée quelques dizaines de lampes LED ainsi que d’autres appareils électriques.
On comprend que la voie ouverte par le club de Hong-Kong a rapidement fait des émules partout dans le monde. D’autant que, parallèlement, des fabricants comme par exemple la société italienne Technogym, ont commercialisé des vélos et d’autres appareils tels que des tapis de course et des « steppers » capables de générer du courant. L’hôtel Crowne Plaza de Copenhague a installé ce type d’engin dans la salle de fitness mise à la disposition de ses clients et ils fournissent une partie de l’électricité consommée dans le bâtiment.  A Portland (Etats-Unis), la salle « Green Microgym » fait sa publicité en annonçant qu’elle  génère 36% de son électricité grâce aux efforts de musculation déployés par les sportifs qui s’y entraînent et qu’elle économise ainsi 37.000 kilowattheures par an. En moyenne, un club disposant d’une trentaine d’appareils équipés de la sorte pourrait produire environ 25% de ses besoins en énergie pour ses vestiaires, sa réception et son espace de musculation.

Centrale électrique humaine

Aux Pays-Bas, deux artistes sont encore allés plus loin : Melle Smets et Kris de Dekker invités par l’Université d’Utrecht à réfléchir à des moyens innovants de réduire son empreinte carbone ont tout bonnement imaginé une « centrale électrique humaine » installée dans une résidence estudiantine de 22 étages. En pratiquant au minimum une heure et demi de sport par jour les 750 étudiants produisent suffisamment d’électricité pour alimenter l’immeuble tout entier.

La société Technogym a calculé que si toutes les machines de musculation équipant l’ensemble des centres sportifs de la planète étaient remplacées par des appareils générateurs d’énergie, le secteur du fitness pourrait fournir quelque 200.000 ménages en électricité, ou l’équivalent de la consommation d’une ville de 700.000 habitants comme Francfort par exemple. Au regard de la quantité astronomique d’énergie dépensée chaque jour par l’humanité, il s’agirait d’une production marginale, mais pas dérisoire : la transition vers un monde où l’énergie consommée sera 100 % renouvelable se fera par la complémentarité d’une diversité de techniques.

Si l’idée est intéressante, il faut toutefois avouer qu’elle n’est aujourd’hui pas encore économiquement rentable car ces machines de musculation génératrices de courant sont chères et ne produisent pas assez d’électricité pour amortir leur achat. Sauf si leur généralisation permet de réduire les prix et si les sportifs pédalent et courent plus vite et plus longtemps : lors d’expériences menées aux Etats-Unis, des gérants de  centres ont observé que la perspective de générer de l’électricité motivait leurs clients à se surpasser et à battre leurs records. Cette constatation incite donc de nouvelles salles de fitness à s’équiper de tels engins pour en faire un argument de marketing.

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