Les « fermes » éoliennes offshore mériteront-elles encore mieux cette appellation ? Nous vous avions déjà signalé que certaines d’entre elles abritent des élevages de moules. Un consortium d’entreprises belges et néerlandaises projette maintenant la culture d’algues alimentaires à l’intérieur de Norther, le plus grand des 9 parcs éoliens belges en mer du Nord.

Selon les estimations de l’ONU, la population mondiale devrait atteindre 9 milliards d’humains en 2050. Cet accroissement démographique conjugué à l’élévation du niveau de vie des pays émergents, à la réduction des surfaces agricoles et à la pression de plus en plus importante sur les ressources en eau douce de notre planète, pose la question de la diversification de nos ressources alimentaires. Une des solutions envisagées est la culture d’algues marines. Dans plusieurs pays d’Asie comme la Chine, le Japon, la Corée ou l’Indonésie, elles font partie des aliments traditionnels depuis des millénaires. Les avantages de cette culture sont nombreux : elle ne mobilise pas de surfaces agricoles et ne nécessite pas d’engrais ni d’eau douce. L’intérêt nutritionnel des algues marines est aussi indéniable : elles sont riches en protéines (8 à 47 % du poids sec), en minéraux, en vitamines et en fibres, et leur teneur en iode est importante.

La demande mondiale en algues marines est appelée à croître fortement

En 2018, la consommation mondiale d’algues alimentaires dépassait les 15 millions de tonnes, dont 93 % proviennent de l’algoculture. En France, leur production essentiellement localisée en Bretagne ne dépasse pas 100.000 tonnes par an, mais elle est en continuelle progression.

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Il est donc certain que la demande mondiale en algues marines est appelée à croître fortement dans les prochaines années, la hausse annuelle étant estimée à 9%. En Europe de plus en plus de petits producteurs se lancent dans cette diversification de notre alimentation, mais les endroits appropriés le long du littoral sont rares et cette activité, qui entre en concurrence avec le tourisme, n’est pas vue d’un bon œil par les populations et les édiles locaux. Elle peut en outre provoquer des effets non désirés sur l’environnement côtier.

La culture d’algues alimentaires le long des côtes entre en concurrence avec le tourisme

Une production d’algues marines dans le parc éolien Norther

Wier & Wind, un consortium belgo-néerlandais a dès lors projeté l’utilisation de l’espace libre entre les turbines d’un parc offshore pour y tester la production des algues alimentaires. La culture et la récolte de ces végétaux marins peut en effet s’envisager comme une activité complémentaire à la gestion quotidienne des éoliennes. « Presque tous les jours, un bateau met le cap vers le parc éolien pour des opérations de maintenance, des inspections techniques ou des interventions urgentes. Si la récolte et l’entretien doivent être effectués dans la ferme d’algues, ces opérations peuvent avoir lieu en même temps », précise un communiqué publié par le consortium.

Pour tester cette culture pendant deux ans, Wier & Wind (« algues et vent » en néerlandais) a choisi la ferme offshore Norther située en mer du Nord. Avec ses 44 turbines MHI Vestas de 8,4 MW s’étendant sur 44 km2, il s’agit du plus grand des 9 parcs offshore situés au large de la côte belge. D’une puissance totale de 370 MW, il a été mis en service en juin 2019 et produit de l’électricité verte pour l’équivalent de 400.000 ménages. Installé à 23 km au large d’Ostende, il présente aussi l’avantage d’être le plus proche du littoral et du port d’attache des bateaux affectés à sa gestion.

Norther est le plus grand des 9 parcs éoliens offshore belges et le plus proche de la côte

Le projet est cofinancé par des fonds européens. Il n’est pas le premier à tester la possibilité d’une production alimentaire à l’intérieur d’un parc éolien marin puisque des élevages de moules et d’autres fruits de mer sont déjà expérimentés dans 2 autres fermes éoliennes de la mer du Nord.

« Norther va désormais jouer un rôle dans la chaîne de production alimentaire durable » expliquent ses exploitants, Eneco et Elicio, deux développeurs éoliens actifs en Belgique mais aussi en France. « Tout le monde y gagne : grâce à la combinaison d’une production d’énergie durable et alimentaire, l’utilisation de l’espace maritime se diversifie. Ce test constitue une étape importante vers une culture alimentaire durable en mer du Nord » précisent-ils.