Dépourvue d’interconnexion, La Réunion doit produire sur place toute l’électricité qu’elle consomme. L’île est encore très dépendante du fioul et du charbon mais se dirige progressivement vers les énergies renouvelables. La conversion à la biomasse d’une de ses plus importantes centrales mixtes charbon-bagasse va bouleverser son mix électrique.

Avec ses 36 % de charbon et 33 % de fioul, la production d’électricité réunionnaise est trop carbonée. Le département ultramarin s’est fixé l’objectif d’atteindre un mix 100 % renouvelable d’ici 2024. Pour y arriver, il compte essentiellement sur la biomasse. Toutes les centrales thermiques fossiles seront progressivement converties : celle au fioul brûlera du biocarburant et les usines mixtes charbon-bagasse remplaceront la houille par du bois.

La première à bénéficier de cette transition sera la centrale de Bois-Rouge, au nord-est de l’île. Gérée par l’énergéticien spécialiste de l’outre-mer Albioma, elle produit du courant à partir d’une ressource très locale : la bagasse.

Il s’agit d’un résidu agricole issu de la transformation de la canne à sucre. Problème : cette biomasse n’est disponible que quelques mois pendant la campagne de récolte. La ressource représente seulement 15 à 18 % de la production annuelle, le reste étant complété par du charbon importé.

D’une puissance de 108,5 MW, la centrale de Bois-Rouge a injecté 657 GWh sur le réseau électrique de La Réunion en 2017. Elle a consommé 230 543 tonnes de bagasse et 150 tonnes de broyats verts en 2018. Photo Albioma

 

En 2021, la centrale sera réaménagée dans l’optique d’abandonner totalement le combustible fossile. Albioma souhaite en effet l’alimenter à 100 % en biomasse dès le second semestre 2023. L’usine engloutira donc des granulés de bois en dehors de la campagne sucrière. Une transition qui ne permet toutefois pas à l’île de gagner en indépendance puisque la ressource sera très majoritairement importée d’Amérique du Nord.

Le gestionnaire assure qu’il s’agira de bois certifié de « type FSC et PEFC » respectant la réglementation sur la traçabilité. À elle seule, la transformation de l’usine de Bois-Rouge va faire passer de 35 à 51 % la part des renouvelables dans le mix électrique de La Réunion. Un bond impressionnant mais logique puisque le site fournit 25 % des besoins en courant de l’île. Selon Albioma, cette transition permettra d’éviter le rejet d’environ 640.000 tonnes équivalent CO2 chaque année.