C’est à la pointe de la Bretagne, dans la baie d’Audierne qu’entrera sans doute en service la première centrale électrique commerciale d’Europe conçue pour exploiter l’énergie des vagues. La société irlandaise Seabased y prévoit tout d’abord l’installation d’un projet pilote de 2 MW avant d’atteindre dans une 2e phase une puissance de 10 MW et d’injecter l’électricité produite dans le réseau.

L’énergie des vagues, appelée aussi énergie houlomotrice, présente plusieurs atouts intéressants : comme celle du vent qui génère les vagues, sa production est prédictible et elle est surtout abondante en hiver, pendant la période au cours de laquelle la consommation est la plus forte. En outre les installations sont insonores et invisibles depuis le littoral.

Selon l’industrie européenne des énergies marines, 100 GW de capacités utilisant l’énergie des vagues et des courants marins pourraient être déployés en Europe d’ici 2050. Un potentiel capable de couvrir 10 % des besoins en électricité de notre continent.

Si de nombreuses startups s’activent de par le monde au développement de projets houlomoteurs et à la mise au point de prototypes, aucun, jusqu’ici, n’a atteint le stade d’une exploitation commerciale, du moins en Europe.

Un premier parc commercial de 10 MW

La société Seabased, installée en Irlande mais dirigée par un français, Laurent Albert, prétend dans un communiqué récent qu’elle sera la première à atteindre ce stade. Forte du soutien de la région Bretagne, elle projette d’installer prochainement dans la baie d’Audierne (Finistère) un prototype de 2 MW. Si les tests sont concluants, la startup entend porter ensuite la capacité du parc à 10 MW et le connecter au réseau électrique de l’Hexagone.

La technologie houlomotrice de Seabased utilise une série de bouées en acier qui se déplacent verticalement au gré des vagues. Chacune d’entre elles est reliée par un câble à un générateur linéaire (appelé WEC pour Wave Energy Converter) posé simplement sur le fond de l’océan. A l’intérieur de ce convertisseur, une sorte de piston magnétisé effectue des va-et-vient au centre d’un bobinage, au rythme des mouvements de la bouée. Il transforme donc l’énergie mécanique ainsi développée en électricité. Tous les convertisseurs sont reliés par des câbles électriques à une sous-station immergée où l’énergie produite est lissée puisque les mouvements des différentes bouées, indépendants les uns des autres, ne sont pas synchronisés. Le courant est ensuite transporté vers une station terrestre par un câble sous-marin puis injecté sur le réseau.
Le système électrique utilisé est conçu et fabriqué par une entreprise bretonne : ENAG.

ferme houlomotrice Seabased

La construction d’un parc houlomoteur développé par Seabased est particulièrement aisée puisque tous ses éléments sont fabriqués sur le continent puis transportés sur le site d’exploitation par un navire, où un appareil de levage dépose simplement chaque duo bouée-convertisseur, lesté par une dalle de béton, sur le plancher marin. Il en va de même pour la sous-station sous-marine. Les câbles électriques sont ensuite connectés par des plongeurs. Aucun travail de génie civil, d’excavation ou d’ancrage n’est donc nécessaire.

Prototypes et projets pilotes

La petite société irlandaise, forte d’une cinquantaine de salariés, n’en est pas à son coup d’essai puisque son site mentionne qu’elle a développé des prototypes et des projets pilotes depuis 2006 déjà, au large des côtes de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et même du Ghana.
L’heure est actuellement à l’optimisation finale du système et à sa certification, une étape nécessaire avant de passer à la phase de commercialisation pour laquelle aucune date n’est encore annoncée.

Soutien de la Région Bretagne

Le projet de la baie d’Audierne est soutenu par l’association Bretagne Ocean Power, laquelle accompagne les projets d’énergie marine dans la Région. « Nous sommes heureux d’assister ce projet particulièrement innovant qui contribuera à la production d’une énergie renouvelable compétitive sur le littoral breton », précise Loïg Chesnais-Girard, président du Conseil régional.

Notons quand même que les pêcheurs bretons ont déjà signifié leur opposition au projet, comme ils s’opposent du reste aux projets de parcs éoliens offshore.