Salle temps pour les énergies fossiles. Après l’interdiction prochaine en France des ventes de nouvelles chaudières au fioul et au gaz et la perte continuelle de parts de marché pour les véhicules à moteur thermique, voilà que les initiatives visant à leur interdire l’accès à la publicité fleurissent un peu partout.

Ainsi, la municipalité d’Amsterdam a signalé récemment qu’elle bannirait les campagnes de promotion pour les énergies fossiles et les voyages en avion sur les supports publicitaires de la ville. Une motion en ce sens, proposée par le parti écologiste Groenlinks, a été adoptée par le conseil communal en décembre. La décision a été prise à la demande d’un groupe de 51 associations appelant les édiles amstellodamois à interdire les publicités pour les énergies fossiles. « Amsterdam a des ambitions claires en matière de réduction de l’usage des énergies fossiles afin de pouvoir atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat », précise le communiqué publié après ce vote historique.

« Nous sommes la première ville au monde à interdire spécifiquement la publicité sur les fossiles », a déclaré pour sa part Femke Sleegers la coordinatrice de l’initiative citoyenne à l’origine des pressions sur la ville. Un mouvement qui pourrait cependant faire tache d’huile puisque des partis représentés aux conseils municipaux de La Haye, Rotterdam et Utrecht ont également indiqué qu’ils souhaitaient explorer la possibilité d’interdire dans leur ville les publicités qui vont à l’encontre des objectifs de l’Accord de Paris.

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Plus tôt l’année passée, la société qui exploite les bus d’Amsterdam avait déjà refusé les publicités de la multinationale Shell, considérant que cela ne correspondait pas à sa politique de développement durable. Plusieurs musées, parmi les plus importants de la métropole néerlandaise ont aussi renoncé au sponsoring des compagnies pétrolières.

The Guardian refuse les publicités des pétroliers

Au Royaume-Uni, c’est le quotidien The Gardian qui a lancé le mouvement. Avec 150 millions de visiteurs uniques par mois son édition numérique se classe au troisième rang des sites de presse les plus consultés du monde. Début 2020, ses responsables ont annoncé qu’ils refuseraient dorénavant toute publicité des sociétés pétrolières et gazières « afin d’agir contre la crise climatique ». La décision concerne toutes les entreprises impliquées dans l’extraction des énergies fossiles. Elle vise à contrer les « efforts menés depuis des décennies par de nombreux acteurs de cette industrie pour empêcher les gouvernements du monde entier de prendre des mesures significatives en matière de climat », ont déclaré la directrice générale Anna Bateson et le responsable des recettes Hamisch Nicklin. « Un bon début, qui va lui emboîter le pas ? », a réagi sur Twitter la militante suédoise pour le climat, Greta Thunberg.

Tirant près de 40 % de ses revenus de la publicité, les responsables du Gardian espèrent que les autres annonceurs apprécieront leur démarche et privilégieront davantage leur journal à l’avenir, sans quoi son modèle de financement pourrait être menacé.
Auparavant, le petit journal suédois Dagens ETC avait renoncé dès septembre 2019 toute forme de promotion des énergies fossiles.

Total banni des JO de 2024

En France, on se rappelle de la décision prise par Anne Hidalgo d’éliminer Total de la liste des sponsors des jeux olympiques de Paris en 2024. Selon elle, l’image du pétrolier français n’est pas conforme à la volonté de l’évènement d’être neutre en carbone. « Les citoyens ne comprendraient pas qu’une entreprise avec une forte empreinte climatique, soit associée aux jeux qui se veulent les plus ‘verts’ de l’histoire » avait expliqué la maire de Paris.

Une décision emblématique

Plus récemment, le gouvernement de Jean Castex a tranché sur l’une des mesures les plus sensibles soumises par la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC). Le projet de loi issu de ses travaux sera examiné par le parlement au printemps. Seule l’interdiction de la publicité sur les énergies fossiles a été retenue alors que la proposition initiale de la Convention concernait tous les produits fortement émetteurs de gaz à effet de serre, y compris les véhicules et transports aériens, maritimes et routiers. « Ce recul est d’autant plus incompréhensible que l’interdiction des publicités climaticides est plébiscitée par une majorité des Français sondés sur le sujet » a regretté Greenpeace.
Il s’agira néanmoins d’une décision emblématique. A notre connaissance, aucun Etat au monde n’a encore interdit sur l’ensemble de son territoire toute publicité pour les énergies fossiles. Gageons que d’autres gouvernements suivront bientôt l’exemple.