AccueilNucléaireL’aviation nucléaire a failli devenir une réalité dans les années 50

L’aviation nucléaire a failli devenir une réalité dans les années 50

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Par Kevin CHAMPEAUPublié le 12 août 2026
Le Convair NB36H, seul avion américain à avoir emporté un réacteur nucléaire fonctionnel. // Crédits : U.S. Défense image / Wikipedia

La folle course à l’innovation qui s’est tenue pendant la Guerre Froide a failli aboutir à la réalisation d’un concept aujourd’hui oublié : l’aviation à propulsion nucléaire. Malgré des projets militaires avancés et des essais en vol, l’idée a finalement été abandonnée, notamment à cause des risques potentiels. 

La décarbonation des transports constitue l’un des plus gros défis de la transition énergétique, en particulier le transport aérien. Avec presque 1 milliard de tonnes de CO2 émises chaque année, ce dernier représente 2,5% des émissions mondiales.

Dans les années 50, un projet de recherche américain aurait pu participer à limiter les émissions du secteur, mais pas pour des raisons écologiques, avec la propulsion nucléaire. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, une course à l’armement s’engage entre les États-Unis et l’URSS. Objectif : pouvoir frapper l’ennemi n’importe où et n’importe quand. Pour y parvenir, les américains envisagent le recours au nucléaire pour mettre au point un bombardier sans limite d’autonomie, ou presque.

C’est ainsi que nait le projet Nuclear energy for the propulsion of Aircraft (NEPA) en 1946, ensuite remplacé par le Aircraft nuclear propulsion (ANP) en 1951. À l’époque, l’US Air Force et la Commission de l’énergie atomique des États-Unis commandent deux réacteurs à General Electric et à Pratt & Whitney. Les deux reposent sur un cycle d’air direct : ils ressemblent à un turboréacteur conventionnel, dans lequel l’air chauffé par le réacteur nucléaire remplace le kérosène. Les deux moteurs, appelés HTRE-1 et PWAR-1 atteignent tous les deux la criticité à terre. Mais les faire voler est une autre histoire.

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47 essais en vol avec un réacteur nucléaire en fonctionnement

Si les ingénieurs n’ont pas de réelles inquiétudes sur la possibilité de propulser un avion avec ces moteurs nucléaires, le sujet des radiations est une véritable source de préoccupation. Pour étudier les besoins de bouclier anti-radiations, le fabricant aéronautique Convair modifie un bombardier lourd B-36 Peacemaker pour en faire une version dédiée aux tests nucléaires : le NB-36H.

Cet avion reçoit un réacteur nucléaire fonctionnel refroidi par air, d’une puissance de 1 MWth et d’une masse de 16 tonnes. Pour faciliter sa mise en place et son retrait, il est suspendu à un crochet dans la baie de bombe. La cabine d’équipage est également modifiée avec 11 tonnes de blindage constitué de plomb et de caoutchouc.

Au total, l’avion effectue 47 vols d’essai pour au-dessus du Texas et du Nouveau-Mexique entre 1955 et 1957.

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Une idée désormais largement abandonnée

Si les vols d’essais révèlent la bonne efficacité du bouclier anti-radiation, le projet comporte de nombreuses limites, en particulier concernant les risques de contamination radioactive en cas d’accident. Ce n’est pas tout : le réacteur du NB-36H pouvait potentiellement rejeter des gaz radioactifs dans son sillage. Ces rejets gazeux ont d’ailleurs donné lieu au projet Halitosis, qui avait pour mission de mesurer et caractériser ces rejets.

Le projet est définitivement abandonné en 1961, rendu obsolète par le développement des missiles balistiques intercontinentaux. Sans surprise, l’URSS fait également voler un bombardier, le Tupolev Tu-95LAL, avec à son bord un réacteur nucléaire pour tester des boucliers anti-radiations. Mais les campagnes de vol n’aboutissent pas plus loin et l’URSS abandonne à son tour l’idée d’un bombardier nucléaire en 1965.

Du fait de sa complexité, la propulsion nucléaire dans le secteur de l’aéronautique n’a pas fait l’objet d’autres projets avancés. Désormais, la décarbonation du secteur semble étroitement liée aux SAF dans un premier temps, et à l’hydrogène pour les prochaines décennies.

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