
Si la demande électrique stagne, le système électrique coûtera plus cher, les producteurs seraient en difficulté et le nucléaire et les renouvelables seraient obligées de moduler beaucoup plus.
La France pourrait-elle avoir trop d’électricité décarbonée ? C’est l’un des paradoxes que l’on peut lire dans l’analyse économique de RTE publiée le 15 juillet. Il analyse plusieurs trajectoires d’évolution de la consommation et montre qu’un retard dans l’électrification des usages se traduirait automatiquement par une facture plus salée pour l’ensemble du système. Et donc le message est d’électrifier la France, vite.
Dans sa trajectoire de décarbonation rapide, RTE table sur une consommation électrique de 510 térawattheures (TWh) en 2030 contre 470 TWh dans un scénario lent. Selon les calculs de RTE, le coût complet du mégawattheure consommé passerait respectivement d’environ 78-82 euros par mégawattheure (€/MWh) à 84-91 €/MWh dans une trajectoire plus lente. « La différence de volume d’électricité consommée entre les trajectoires entraîne une augmentation du coût complet par unité d’électricité consommée », résume donc RTE dans son analyse économique.
À lire aussiRégler la tension, nouveau problème de RTE ?Un ralentissement de l’électrification aurait un double effet paradoxal sur les prix. Une demande plus faible favoriserait un contexte de prix bas, favorable aux consommateurs à court terme, mais beaucoup moins favorable aux producteurs et aux finances publiques.
RTE estime que le coût des dispositifs de soutien public augmenterait d’environ 5 milliards d’euros par an dans un scénario de prix bas par rapport à une trajectoire de forte électrification. Et les producteurs qui ne sont pas sous appel d’offre ou obligation d’achat pourraient perdre jusqu’à 9,4 milliards d’euros par an.
Et physiquement, il faut équilibrer ce réseau surcapacitaire. Avec un parc nucléaire conséquent et des renouvelables qui ne cessent de se déployer, la capacité à moduler la production sera importante et obligatoirement imposée. À court terme, la modulation du nucléaire due à l’absence d’opportunité économique sur le marché pourrait être absorbée par EDF en étant combinée avec les variations déjà réalisées aujourd’hui pour optimiser le fonctionnement du parc (la modulation qui, aujourd’hui, lui fait gagner de l’argent).
Mais en 2030-2035, dans la trajectoire de décarbonation rapide, les besoins de modulation du nucléaire se stabiliseraient entre 10 et 20 TWh et ceux des énergies renouvelables resteraient autour de 5 TWh et explosent dans l’autre scénario. La modulation du parc nucléaire pourrait atteindre 40 à 55 TWh dès 2030. Pour les renouvelables, les besoins iraient jusqu’à 20 TWh en 2035.
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