Dix ans après l’explosion sur la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, les scientifiques constatent toujours la présence d’hydrocarbures dans les organismes ou les sédiments marins et alertent sur la probabilité d’un nouveau désastre.
Alors que Trump veut annuler les interdictions des nouveaux forages maritimes, décrétées par son prédécesseur, la France vient de mettre définitivement fin aux explorations offshore dans ses eaux territoriales.

20 avril 2010 : une explosion et un incendie se déclarent sur la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon exploitée par BP. Deux jours plus tard, elle coule et repose désormais par 1.500 m de fond. La catastrophe a fait 11 morts et provoqué le déversement de 760 millions de litres de pétrole brut dans le golfe du Mexique jusqu’à ce que des spécialistes arrivent à obstruer le puits quatre mois plus tard.
Pas moins de 1.600 kilomètres de côte ont été touchés par la marée noire qui a pollué profondément les marécages, les coraux et tout l’écosystème qu’abritait le Golfe du Mexique. Des centaines de milliers d’oiseaux, de tortues et de mammifères marins ont péri. La population du Rorqual de Bryde, l’une des espèces les plus menacées au monde a fondu d’environ 22 %. Pendant cinq ans, plus de 75% des grossesses de dauphins se sont soldées par des échecs.
La pêche et l’ostréiculture ont été interdites au large des côtes pendant plusieurs mois. De nombreux pêcheurs ont perdu la santé ou fait faillite comme d’ailleurs beaucoup de restaurateurs et de professionnels du tourisme. Le Golfe du Mexique était réputé pour ses huitres, considérées par les gourmets comme les meilleures de toute l’Amérique. Une réputation aujourd’hui perdue à tout jamais.

Des centaines de milliers d’oiseaux, de tortues et de mammifères marins ont péri

Il faudra de 50 à 100 ans pour que l’écosystème du Golfe se rétablisse

Depuis 2011, les scientifiques du Center for Integrated Modeling and Analysis of the Gulf Ecosystem (C-IMAGE) de l’Université de Floride du Sud ont étudié les impacts environnementaux provoqués par la catastrophe. Pendant près de 250 jours passés en mer, ils ont prélevé plus de 15.000 organismes marins et 2.500 carottes de sédiments au large des côtes américaines, mexicaines et cubaines.  
Le résultat est alarmant : les chercheurs ont trouvé des résidus d’hydrocarbures dans les tissus de tous les poissons analysés. Aucun n’en est exempt. Des concentrations importantes dans le foie de certaines espèces comme le mérou, suggèrent qu’elles ont été exposées pendant de longues périodes. Il s’agit sans aucun doute de la principale cause d’une baisse des indices de santé constatée chez ces familles de poissons. Même celles qui vivent en eau profonde, jusqu’à plus de 1.000 mètres sous le niveau de la mer sont affectées par la pollution. Tous ces organismes étant une source de nourriture pour les mammifères marins et les oiseaux, c’est en réalité toute la chaîne alimentaire du Golfe du Mexique qui, 10 ans plus tard, est toujours affectée par les conséquences de la catastrophe.

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Les échantillons prélevés par les chercheurs dans les fonds marins ont également révélé que de grandes quantités de brut se sont déposées sur le plancher océanique, principalement dans la zone touchée par la fuite, où les concentrations en hydrocarbures dans les sédiments sont deux à trois fois plus élevées que dans le reste du Golfe. Selon l’agence fédérale américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), un peu plus du quart du pétrole qui s’est écoulé lors de la catastrophe subsisterait encore dans l’environnement du Golfe aujourd’hui.
En conclusion de leur étude, les scientifiques de l’université de Floride estiment qu’il faudra 50 à 100 ans pour que l’écosystème du Golfe se rétablisse.

Les fuites d’hydrocarbures se poursuivent

Qu’à cela ne tienne : moins d’un an après l’explosion de la plateforme, le Bureau de gestion et de réglementation des ressources énergétiques des océans (BOEM) autorisait la reprise des forages, y compris dans les eaux profondes. Et les fuites d’hydrocarbures se poursuivent dans le Golfe où près de 4.000 plateformes pétrolières ou gazières sont en activité.
Bien que moins médiatisées, des pollutions accidentelles y surviennent en effet toujours régulièrement. Ainsi, la plateforme pétrolière 23051, installée à vingt kilomètres des côtes de Louisiane a été détruite en 2004 par l’ouragan Ivan. Son propriétaire, Taylor Energy a bien tenté d’obturer les écoulements : sur vingt-huit têtes de forage, d’où s’échappe le pétrole, six ont été bouchées après un an. Mais en 2005, les ouragans Katrina et Rita ont définitivement rendues vaines toutes les tentatives de colmatage. Depuis lors, c’est-à-dire depuis plus de quinze ans, 17.000 litres de pétrole s’échappent chaque jour de ces forages.

La probabilité d’une nouvelle catastrophe est réelle

Dix ans après l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon la situation est toujours alarmante, estime l’ONG Oceana qui a publié un rapport il y a quelques jours. Elle souligne qu’une décennie plus tard, les conditions de sécurité ne se sont pas améliorées. « Alors que l’industrie pétrolière fore toujours plus profondément, la probabilité d’une nouvelle catastrophe est réelle, car le forage offshore est toujours aussi sale et dangereux qu’il y a 10 ans », estime Diane Hoskins, directrice de campagne d’Oceana. Le rapport de l’ONG révèle que des décennies de culture de sécurité médiocres dans l’industrie pétrolière offshore et de contrôles gouvernementaux lacunaires ont été à la base des causes qui ont provoqué la catastrophe. « Au lieu d’en tirer les leçons, le président entend au contraire autoriser les forages offshore dans la plupart des eaux territoriales américaines en démantelant les quelques mesures de protection mises en place après l’explosion » dénonce Diane Hopkins.

Trump veut étendre les forages offshore et la France les interdit

On se rappelle en effet qu’avant la fin de son mandat Barack Obama avait pris une série de décisions interdisant définitivement tout nouveau forage pétrolier dans les eaux américaines de l’océan Arctique au large de l’Alaska, et dans les canyons sous-marins de l’Atlantique. Mais en avril 2017, trois mois après sa prise de fonction, Donald Trump avait décrété la levée de ces interdictions.

Donald Trump veut autoriser les forages au large des côtes de l’Alaska

« Notre pays a la chance de disposer de ressources naturelles incroyables, dont beaucoup de pétrole offshore et des réserves de gaz naturel, mais le gouvernement fédéral a maintenu 94% de ces zones maritimes fermées à la prospection et à la production », avait-il alors déclaré. « Cela prive notre pays de milliers et de milliers d’emplois et de milliards de dollars de richesses ».
Plusieurs organisations de défense de l’environnement avaient aussitôt contesté cette décision en justice. Un juge fédéral l’a finalement annulée en mars 2019, la jugeant illégale. Mais fidèle à sa volonté de démanteler toutes les mesures environnementales prises par son prédécesseur, Trump n’a visiblement pas déposé les armes et espère pouvoir faire abroger les interdictions de forage offshore par le Congrès.

En France, le gouvernement a annoncé le 20 février, avoir mis définitivement fin aux forages pétroliers maritimes. La décision est intervenue un an après l’abandon du permis d’exploration offshore au large de la Guyane et le refus de prolonger un permis de recherche au large des îles Eparses, un archipel français situé dans le canal du Mozambique.

« Il n’y aura donc plus, en France, de forage d’hydrocarbures en mer », ont déclaré Elisabeth Borne et Bruno Le Maire.

Total a mis un terme à ses forages au large de la Guyane