Construire des éoliennes en mer n’est pas sans incidence pour l’avifaune et la faune sous-marine. De nouvelles études récentes ont permis de confirmer certains effets bénéfiques des éoliennes offshore sur la biodiversité. Mais les experts nuancent néanmoins l’ampleur de ces avantages sur le long terme.

C’est en 1991 que les premières éoliennes en mer ont été mises en service à Vindeby, au Danemark. En 30 ans, de nombreuses études ont été menées à travers l’Europe pour évaluer et objectiver l’impact de ces machines sur la biodiversité, bien que chaque milieu soit spécifique et peuplé d’espèces différentes.


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En mer du Nord, 323 éoliennes offshore ont été installées depuis 2008 au large de la Belgique. Cette présence importante a permis à l’Institut Royal des Sciences naturelles de publier un rapport sur les effets environnementaux des parcs éoliens en milieu marin. Les études mettent en lumière certaines influences globalement bénéfiques sur la biodiversité, principalement au niveau local, mais à ne pas surestimer pour le long terme.

Les turbines entraînent généralement le développement d’un nouvel écosystème, caractéristique des substrats rocheux. Leur impact bénéfique se concrétise essentiellement sous deux formes :

  • Les fondations en béton des éoliennes marines exercent un effet récif qui attire une faune riche et variée, composée de moules, étoiles de mer, crabes, divers crustacés et quelques espèces de poissons. Dans certains biotopes, ces animaux ont ensuite attiré leurs prédateurs naturels que sont les phoques.
    Profitant d’une abondance de nourriture, la plie commune semble aussi avoir trouvé à l’abri des turbines un habitat idéal .
    Mais l’effet récif peut également provoquer des changements dans le fonctionnement de l’écosystème en exerçant, dans une zone de sédiments meubles, une attraction sur les espèces propres aux milieux rocheux. Un problème peut alors se poser si la faune endémique est délogée par des espèces invasives.
  • L’effet refuge, ou effet réserve, est la conséquence de la baisse des activités de pêche. En Belgique celles-ci sont interdites au sein des parcs éoliens, ce qui entraîne une plus grande disponibilité de la nourriture à proximité des éoliennes. La perte de surface pêchée se traduit apparemment par un phénomène de débordement qui rend le pourtour des parcs éoliens plus riche et plus productif. Cette influence pourrait être bénéfique tant pour les pêcheurs que pour l’écosystème.
    Malgré ce constat, un choix différent a été fait côté français pour le futur parc offshore de Courseulles-sur-Mer. Sous la pression du secteur de la pêche une distance suffisante sera laissée entre les éoliennes pour permettre le passage des chalutiers.  L’effet refuge risque dans ce cas d’être très limité.

Quel impacts sur l’avifaune

La plus grande enquête menée sur les risques de collision avec les oiseaux est la « Bird Collision Avoidance Study ». Menée au sein de la ferme éolienne offshore Thanet exploitée par Vattenfall au large des côtes du Kent, elle a été rendue publique en 2018. Après deux années d’études, 600.000 vidéos ont pu être réalisées, dont plus de 12.000 contenaient des images instructives sur l’activité de l’avifaune marine.

Les scientifiques ont relevé six collisions d’oiseaux avec les turbines. Leur étude a révélé que les risques de collision pour l’avifaune marine étaient inférieurs de moitié à ce qu’ils avaient estimé sur base des connaissances antérieures. Dans la plupart des cas observés, les oiseaux adoptent un comportement d’évitement ou changent de cap en plein vol pour contourner les éoliennes.

C’est notamment le cas pour le fou de Bassan, le guillemot de Troïl et le pingoin torda, dont la présence sur site a baissé en moyenne de 98%, 60% et 75% après la construction d’un parc éolien.


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Des effets bénéfiques à nuancer

Dans leur rapport, les observateurs du programme scientifique de surveillance des éoliennes offshore en Belgique nuancent fortement les effets bénéfiques sur la biodiversité.
Ils soulignent que les substrats durs comme les fondations des éoliennes en béton ne peuvent pas être considérés comme une solution équivalente aux substrats durs naturels rocheux, riches en espèces.

De même, si de nombreux oiseaux parviennent à éviter les turbines, les parcs éoliens exercent un effet dissuasif sur plusieurs espèces d’oiseaux, et perturbent les itinéraires qu’ils empruntent habituellement.

Pendant la construction des parcs, ils observent aussi, l’échouage de nombreux marsouins communs dû probablement à la forte intensité sonore sous-marine.

Quant à la pêche, l’interdiction d’accès des chalutiers à l’intérieur des parcs éoliens en mer n’a modifié le tonnage des prises que de façon très minime.

Une plus faible diversité d’espèces

En ce qui concerne la macrofaune qui vit sur les fondations des éoliennes, les études menées au large de la Belgique ont permis de mettre en évidence trois étapes successives.
Dans une première phase relativement courte (2 ans), la présence des fondations fait l’objet d’une colonisation rapide, dont la diversité varie selon les sites et le type de fondations.
Une seconde étape, plus diversifiée, voit l’arrivée massive de suspensivores, petits crustacés qui mangent des particules de nourriture flottant dans l’eau. La plupart des rapport d’observation antérieurs font référence à cette étape pour relater un impact bénéfique sur la richesse de la faune et l’augmentation de la biodiversité.

Mais au terme de 9 à 10 ans, on constate la prédominance d’espèces telles que l’anémone plumeuse et la moule commune et la biodiversité s’amenuise. Un constat qui permet de nuancer les résultats d’observations antérieures.