Porté aux nues par les uns, voué aux gémonies par les autres, le Pacte Vert d’Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission Européenne, suscite des réactions très contrastées. Tentons d’y voir clair.

C’est non sans fierté que Frans Timmermans, le commissaire européen en charge du dossier, a révélé à la presse ce mercredi 11 décembre le contenu du nouveau Green Deal Européen. Il est vrai qu’Ursula von der Leyen a tenu sa parole : définir en moins de 100 jours un Pacte Vert qui devra couvrir tous les aspects de la transition énergétique et permettre à l’Europe d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

Avec un objectif de réduction des émissions de GES (gaz à effet de serre) rehaussé à 50% ou 55% en 2030 au lieu des 40% initialement prévus, le Pacte est présenté comme le programme historiquement « le plus ambitieux de l’Union depuis la déclaration de Robert Schuman[1]», et qualifié par la présidente elle-même comme un événement « comparable au premier pas de l’Homme sur la Lune ».

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Quoi qu’on puisse en penser, il fera de l’Europe le premier continent à prendre le taureau par les cornes en matière de réchauffement climatique. Timmermans a rassuré que le programme créera plus de croissance et plus d’emplois. 1.000 milliards d’euros vont être levés sur les 10 ans à venir dans l’espoir de faire respecter l’Accord de Paris et contenir le réchauffement climatique sous la barre de 1,5 degré. La somme à rassembler sera collectée par une combinaison de fonds publics (au travers des fonds de cohésion de l’UE , mais aussi de budgets nationaux, de fonds de la Banque européenne d’investissement), de fonds privés, ainsi que d’emprunts obligataires.  

Green Deal : « le projet européen le plus ambitieux depuis la déclaration de Robert Schuman »

Le Green Deal est incompatible avec les objectifs de Paris

Si le montant à récolter peut sembler être à la hauteur des enjeux climatiques, Greenpeace et les eurodéputés écologistes estiment que le Pacte Vert contient trop de « tiédeurs ». Selon l’ONG, le Green Deal  est « insuffisant », et reflète une « position européenne beaucoup trop faible sur le climat, qui met en péril l’accord de Paris ».
« Les objectifs fixés sont incompatibles avec les dernières recommandations scientifiques », affirme Juliette Boulet, porte parole de Greenpeace Belgique. 

Le Green Deal a été présenté comme le « nouvel outil de croissance de l’Europe » par Ursula von der Leyen. Mais, selon Greenpeace, il faut se désintoxiquer de l’idée que la croissance économique est compatible avec la protection de l’environnement. D’après Les Verts, le groupe écologiste au parlement européen, le Pacte contient trop d’incertitudes sur la manière dont l’Europe va arriver à la neutralité carbone en 2050. Pour espérer contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, et a fortiori de 1,5°C, l’Europe devrait réduire ses émissions de GES de 65% d’ici 2030, et atteindre  la neutralité carbone en 2040, soit 10 ans plus tôt.

Car on n’a plus trente ans. L’Europe entre dans une « guerre éclair contre les émissions de gaz à effet de serre. On a moins de quinze ans », déclarait Emmanuel Tuchscherer, directeur des affaires européennes d’Engie. Greenpeace craint également que le timing prévu ne soit trop court, car les États signataires de l’accord de Paris ne devront proposer leurs contributions nationales revues à la hausse qu’en novembre 2020, à l’occasion de la prochaine COP à Glasgow.
De plus, le risque est grand que certains acteurs importants hors Union Européenne, tels la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis, n’emboîtent pas le pas de l’Union Européenne, et fassent dévier la planète de la trajectoire prévue par l’Accord de Paris. Or il devient urgent d’agir.

Le coût de l’inaction sera bien plus élevé

Déjà en novembre 2006, Nicholas Stern, ancien chef-économiste et vice-président de la Banque Mondiale, avait jeté un pavé dans la mare en estimant à 5.500 milliards d’euros le coût, au niveau mondial, de l’inaction climatique d’ici à 2100. L’étude, commandée à l’époque par Tony Blair, avait pour but d’évaluer les impacts économiques du changement climatique.

Stern démontrait que le coût de l’inaction pourrait représenter entre 5 et 20% du PIB mondial, contre 1% pour celui de l’action. Dit autrement, chaque euro qui n’était pas investi dans la lutte contre le réchauffement climatique coûterait au minimum 5 euros aux pays industrialisés. Son rapport intégrait les mesures nécessaires pour se prémunir et réparer les dégâts que causerait le dérèglement climatique, tels que les risques de pénurie d’eau, d’inondations, de famine, et surtout d’engloutissement des zones côtières.

Depuis 2006, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le rapport Stern a été vivement critiqué sur sa méthodologie, mais un rapport du GIEC de 2014 est venu conforter ses conclusions. Selon le GIEC, plus les gouvernements tardent à agir, plus la charge sera lourde pour les générations à venir. L’inaction pourrait entraîner une baisse du PIB mondial de 1 à 4% en 2030, de 2 à 6% en 2050, et de 3 à 12% en 2100. Mais il est difficile d’être plus précis, en raison du nombre important d’incertitudes, selon le GIEC.

Un autre rapport, de Citigroup[2] cette fois, publié en 2015, compare le coût de l’action à l’horizon 2040 et celui de l’inaction. Les chiffres sont comparables : 190,2 milliards de dollars pour agir, et 192 milliards de dollars si les gouvernements ne font rien. Mais à coût comparable, le réchauffement global resterait contenu en-dessous des 2°C.

Et la question énergétique dans tout ça ?

Le Green Deal s’engage à revoir la fiscalité des énergies fossiles en s’attaquant notamment aux exemptions dont bénéficient depuis trop longtemps les secteurs de l’aviation civile et le transport maritime. Il s’attaquera également à empêcher les fuites carbone par un mécanisme de taxation aux frontières, afin de limiter les importations de produits à forte empreinte CO2. Tous les aspects de l’économie seront affectés : il faudra accélérer l’isolation des bâtiments, la décarbonation de la mobilité, la mutation du tissu industriel vers une économie circulaire… Bref, un travail herculéen reste à accomplir.

Avec une part estimée supérieure à 35% des émissions totales de CO2 pour le seul secteur de la production d’électricité, l’Europe souhaite se débarrasser au plus vite de ses centrales au charbon. Mais elle n’avance aucun chiffre.

Une chose est sûre : l’un des aspects qui subira la métamorphose la plus rapide est sans doute la mobilité. Afin d’inverser la tendance à l’augmentation croissante des émissions de GES du secteur du transport (plus de 25% des émissions totales de GES en Europe), la Commission va encourager la production de carburants alternatifs et la multiplication des bornes de chargement pour voitures électriques. L’Europe prévoit d’installer 1 million de stations de recharge publique pour alimenter les 13 millions de véhicules électriques et hybrides attendus d’ici 2025 sur les routes européennes, estime la Commission.

Mais malgré une énumération de bonnes intentions et de chiffres impressionnants, il manque dans le pacte une volonté claire et affirmée de sortir définitivement des carburants fossiles, y compris le pétrole et le gaz. La dénomination de « taxe carbone » a été écartée pour éviter tout problème devant l’OMC. « Tout ce qui va être fait va conduire à augmenter in fine le prix du carbone en Europe, il est donc logique de protéger par ce mécanisme les industries qui sont les plus exposées à des concurrents qui ne supportent pas un prix du carbone équivalent », affirme Pascal Canfin, président de la commission Environnement du Parlement européen.


[1] La déclaration du 9 mai 1950, aussi appelée déclaration Schuman, est considérée comme le texte fondateur de la construction européenne.

[2] Citygroup est une multinationale de services financiers et une banque d‘investissement basée à New York