Alors que leur potentiel est énorme, les énergies de la mer, à l’exception de l’éolien offshore, ont été pendant longtemps les oubliées des budgets de recherche et développement. A fin 2017, la puissance installée de l’ensemble de ces énergies ne représente qu’à peine 0,02% de la production mondiale d’énergie renouvelable. Mais le décollage s’annonce.

Les mers et les océans couvrent 71 % de la surface du globe. Selon les estimations, la force des vagues, des marées et des courants marins pourrait produire assez d’énergie pour subvenir largement aux besoins de l’humanité en 2050. A cela s’ajoute l’énergie que l’on pourrait produire par la différence de température entre les fonds marins et la surface des océans, ainsi que l’énergie osmotique générée par les gradients de salinité dans les estuaires.

Pourtant malgré des décennies d’efforts de développement, ces énergies renouvelables restent très peu exploitées. Sur les quelques 529 MW installés à fin 2017, plus de 90% sont uniquement à l’actif des deux grandes usines marémotrices de La Rance, en Bretagne et de Shiwa, en Corée.

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Après une longue période d’immobilisme, l’année 2017 a néanmoins été celle d’un retour au développement des énergies marines avec la mise en service, en Ecosse, de 4 hydroliennes de 1,5 MW qui ont injecté un total de 2,6 GWh dans le réseau. Au tout début 2018, les promoteurs de ce projet ont reçu le feu vert pour les 86 MW de la phase suivante , avec des constructions qui devraient s’étaler jusqu’en 2019.

C’est l’Europe qui impulse la technologie hydrolienne : quelques 90 développeurs sont sur le pied de guerre mais leur essor dépend encore largement des subventions publiques. Ainsi, Nova Innovation, une startup écossaise,  a installé dans les Shetlands, une troisième turbine à entraînement direct de 100 kW. En partenariat avec un groupement d’institutions universitaire et de recherche elle est parvenue à réunir un financement européen de 19,3 millions d’euros. Une autre entreprise écossaise, Scotrenewables Tidal Power a également obtenu l’an dernier un soutien européen pour le déploiement de sa machine SR2000 de 2 MW, déjà installée au centre européen des énergies marines d’Orckney, en Ecosse.

En France, Naval Energies a inauguré une première usine de construction de machines à Cherbourg, avec l’objectif d’y assembler annuiellement environ 25 unités de 2 MW. Mais le gouvernement français et son ministre de la transition énergétique, Nicolas Hulot, ne sont pas convaincus de l’opportunité de développer cette filière. Avant de lancer des appels d’offre il a commandé une étude en vue de juger de la rentabilité de cette technologie.

Pourtant la France compte plusieurs acteurs industriels qui « y croient ». Citons par exemple Guinard Energies, qui développe avec sa P66 une petite hydrolienne de 3,5 kW pour des sites isolés. Une autre startup française, Blue Shark Power System projette, quant à elle, d’installer une de ses turbines à Djibouti dans le cadre d’un grand projet hydrolien. Son CEO, Philippe Rebboah, nous confie que sa société testera d’abord une machine de 500 kW pendant plusieurs mois avant d’installer, en plusieurs phases successives, une ferme marémotrice de 200 MW au large des côtes de la Corne de l’Afrique. Blue Shark Power prépare également une turbine de 300 kW qui sera testée en Chine dans le cadre d’un partenariat avec l’entreprise chinoise LHD.  Il s’agit d’un projet de recherche et développement installé sur les côtes de l’île Xiushan dans la province de Zhejiang. Bénéficiant de la volonté du gouvernement chinois de développer les énergies marines et d’installer dans les 2 ans une capacité de 50 MW, cette installation pilote qui fonctionne depuis l’été 2016, a déjà permis d’injecter plus de 800 MWh dans le réseau chinois.

Le projet marémoteur pilote de LHD a déjà permis d’injecter 800 MWh dans le réseau électrique chinois

Au Pays de Galles, le grand projet de lagon marémoteur de Swansea Bay, soutenu par le gouvernement local et son premier ministre  Carwyn Jones (nous en avions déjà parlé dans cet article) revient à l’ordre du jour, mais il se heurte au scepticisme du gouvernement de Theresa May qui menace de torpiller le projet en refusant toute subvention de sa part. Pourtant le gouvernement gallois et le promoteur du projet, Swansea Bay Tidal Lagoon, ne demandent rien de plus qu’une garantie de prix pour l’électricité produite pendant 35 ans, égale à celle qui a été accordée par le gouvernement britannique à EDF pour le projet de la nouvelle centrale  nucléaire EPR Hinkley point C. Les 320 MW d’énergie renouvelable de l’usine marémotrice de Swansea Bay, conçue pour fonctionner pendant 120 ans, pourraient produire de l’électricité propre, en continu, et sans grand risque, pour  155.000 foyers. Mais apparemment, en Grande-Bretagne, comme en France, les gouvernements semblent encore et toujours privilégier la filière nucléaire …

Energie houlomotrice

En ce qui concerne l’exploitation de l’énergie des vagues, la Chine, encore elle, mais aussi l’Inde et l’Australie, affichent leurs ambitions.  Dans le cadre de son plan quinquennal, le gouvernement chinois vise une puissance installée de 50 MW d’ici 2020. Un projet pilote de 100 kW dénommé Sharp Eagle est en cours de développement.

En Europe, des entreprises  portugaises se positionnent comme pionnières. Une machine est en test dans le golfe de Gascogne. L’entreprise espagnole Oceantec a fêté la première année de fonctionnement de Marmok-A-5, une installation de 30 kW. Des projets pilotes sont aussi menés au large de la Suède et du Danemark où la startup Wavestar teste des prototypes depuis plusieurs années . Nombre de ces projets sont financés via des fonds européens, qu’il s’agisse du programme MaRINET2, doté de 1,3 millions d’euros ou de FORESEA, qui permet de subsidier des projets de recherche en France, en Irlande, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni.

Le projet houlomoteur Wavestar au Danemark

L’Ecosse, encore, pousse la filière.  En 2017, Wave Energy Scotland a accordé quelque 28 millions de livres à 62 projets dans 11 pays.

Les Etats-Unis ne comptent pas rester à la traine : le ministère de l’Energie (DOE) et l’université de l’Oregon accordent une aide au Pacific Marine Energy Center South Energy Test Site (PMEC-SETS) afin qu’il puisse accueillir et tester des prototypes de machines houlomotrices dès 2021. En 2017, le DOE a dépensé 12 millions de dollars pour des projets d’énergie des vagues.

Si, à l’heure actuelle les énergies marines ont encore un rôle mineur dans la transition énergétique, les efforts de développement de tous ces pionniers et les aides accordées par certains Etats font entrevoir un décollage des technologies dans les prochaines années.

Sources :