Entre les ambitieux programmes de plantation d’arbres, et l’inexorable déforestation qui ravage nos forêts, quel est le bilan pour la planète ?

A l’heure où des centaines de milliers d’hectares brûlent en Sibérie, en Alaska, au Canada et au Groenland, il est parfois bon pour le moral de mettre en lumière les efforts déployés à travers le monde pour reboiser la planète et créer ainsi des puits de carbone. Quelques pays ont pris le taureau par les cornes, et se sont lancés dans de vastes programmes de reforestation.

Certains affirment même avec fierté avoir battu le record mondial du nombre d’arbres plantés en une journée : en 2016, l’Etat indien d’Uttar Pradesh avait déjà réussi à planter 50 millions d’arbres en une journée. L’Inde a ensuite mobilisé 1,5 million de volontaires pour planter 66,7 millions d’arbres en seulement 12 heures ! Et en juillet dernier, c’est l’Ethiopie qui a planté 350 millions d’arbres en une seule journée. Coup de com’ ou véritable prise de conscience ? Difficile d’être affirmatif, car, en fonction des conditions de pluviosité et du taux d’échec naturel, seul un pourcentage de ces arbres atteindront l’âge adulte.

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Toujours est-il que la Chine et le Pakistan ont emboîté le pas à l’Inde pour adopter des programmes officiels de reboisement intensif. L’Inde s’est engagée à augmenter sa superficie forestière de 95 millions d’hectares (950 000 km²) d’ici 2030. Elle se donne ainsi les moyens d’être à la hauteur de son nouveau slogan : « Make India green again ».

En 2015, le Pakistan a lancé le projet de replanter 1 milliard d’arbres dans un délai de 3 ans. Pari tenu : 16 000 ouvriers ont travaillé d’arrache-pied pour planter des arbres de 42 essences différentes, et favoriser ainsi la régénération naturelle de la forêt. Résultat : en août 2017, un milliard d’arbres fraîchement plantés recouvraient les reliefs de la province de Khyber Pakhtunkhaw,  dont près d’un million d’eucalyptus.

Le Brésil prévoit également de replanter 73 millions d’arbres d’ici à 2023. Ce sera la première étape d’un vaste programme qui vise à restaurer 12 millions d’hectares de forêt tropicale d’ici 2030, afin d’atteindre l’objectif qui lui est assigné par les Accords de Paris.

Toujours plus de coupes sauvages

Mais le tableau n’est pas aussi rose qu’il peut paraître. Depuis quelques années, la déforestation dans le monde atteint des niveaux record. L’année dernière 7,6 millions d’hectares de forêt ont été détruits alors que, chaque année, 4,3 millions d’hectares sont reboisés, dont une partie se reboise naturellement. En effet, dans les pays occidentaux où l’agriculture paysanne est en déclin, nombreux sont les champs abandonnés qui, faute de repreneur lorsque l’agriculteur arrête ses activités, laissent à la nature la possibilité de reprendre ses droits.

Les photos satellite montrent clairement que le couvert végétal de la Terre a augmenté de près de 5 % depuis 2000. Mais qu’on ne s’y trompe pas : le phénomène s’explique par le développement des forêts artificielles, mais aussi par l’augmentation des terres cultivées.

Malgré tout, il résulte au final une perte nette annuelle de 3,3 millions d’hectares. Cela représente 33.000 km², soit un peu plus que la surface de la Belgique.

Le reboisement : pas une panacée

Souvent présenté comme la réponse parfaite, le reboisement ne constitue pas une solution miracle. Les plantations forestières ne permettent pas de restaurer les écosystèmes détruits par la déforestation. Souvent monospécifiques, la biodiversité y est souvent pauvre ; elle mettra des années à devenir aussi riche et variée que celle de la forêt originale. De plus, les nouvelles plantations exigent souvent une grande consommation d’eau, et sont vulnérables au moindre orage ou à la moindre saute d’humeur climatique.

Le reboisement monospécifique risque dès lors de créer l’effet contraire à celui recherché : les arbres fraîchement plantés sont beaucoup moins résistants à la sécheresse, aux feux de forêt et à certaines maladies. Ils risquent donc à terme de relâcher du CO2 dans l’atmosphère, plutôt que de jouer leur rôle de puits de carbone. Par contre, la reforestation permet d’enrayer l’érosion des sols, de fixer et de stocker le carbone et, après un certain nombre d’années, d’offrir des retombées socio-économiques parfois précieuses en termes de fourniture de bois.

La consommation de viande pointée du doigt

Les causes de la déforestation sont multiples. Il y a bien sûr la demande importante de bois exotique pour la construction, l’ameublement, la décoration intérieure, l’aménagement de terrasses, etc.

Mais l’élevage intensif a une grande responsabilité dans la disparition de nos forêts primaires. Les besoins en pâturages et en terres agricoles destinées à la culture du soja pour nourrir le bétail sont sans cesse croissants. Selon le GIEC, l’élevage serait responsable de 63% de la déforestation en Amazonie.

Le Gran Chaco, une région qui s’étend entre l’Argentine, le Brésil et le Paraguay était l’une des plus riches en biodiversité du continent sud-américain.  Mais la culture intensive du soja provoque une véritable hécatombe pour la faune et la flore locales : déforestation à coup d’incendies, ratissage au bulldozer et aspersion d’herbicides puissants entraînent l’érosion accélérée des sols et ont gravement atteint la forêt amazonienne. En 2018, l’ONG Mighty Earth estimait que plus d’un million de km², une surface équivalente à celle de l’Egypte ou deux fois celle de la France, avaient été décimés pour l’élevage de bétail. 14,5% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde seraient liés à l’élevage intensif.

« Muvuca », une technique de plantation prometteuse

Une nouvelle technique d’ensemencement, appelée « muvuca », fait son apparition en Amazonie. En Portugais, « muvuca » signifie « beaucoup de personnes sur une surface réduite ». Cette méthode consiste à planter, sur chaque mètre carré déboisé, des semences provenant de plus de 200 espèces d’arbres différentes, récoltées par un réseau de 400 acteurs locaux qui ont constitué un véritable registre de graines. La nature fait le reste : seules les graines les plus fortes et les mieux adaptées donneront naissance à arbre.

Alors que la méthode traditionnelle de plantation permet de faire pousser environ 160 arbres par hectare, la technique « muvuca » permet d’en espérer jusqu’à 2500 sur une même surface.

Il s’agit d’une méthode particulièrement prometteuse, car elle offre un triple avantage : elle assure une grande diversité d’essences, et elle est moins coûteuse car peu gourmande en main-d’œuvre. Mais surtout,  la technique « muvuca » est basée sur l’ensemencement de graines indigènes. Or les essences locales sont particulièrement résilientes et sont parfois capables de pousser pendant 6 mois sans eau. Une caractéristique qui donne à cette technique un avantage certain sur la méthode traditionnelle.