Beaucoup de grandes entreprises ont adopté des programmes ambitieux de réduction de leur empreinte carbone. Mais entre les objectifs et les réalisations concrètes, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres.

Les annonces de stratégies environnementales et d’objectifs climatiques ambitieux se multiplient dans le monde des grandes entreprises. « C’est bon pour l’environnement, bon pour leurs finances, bon pour leur marketing et bon pour leur politique de ressources humaines » affirme Antoine Geerinckx, CEO de CO2Logic. Mais c’est surtout la perspective de plus en plus concrète de voir adoptée prochainement une taxe carbone qui les pousse à prendre les devants. Elles devront en effet s’adapter à des normes environnementales plus strictes, et avoir une longueur d’avance sur leurs concurrents.

Certaines entreprises françaises ont largement communiqué sur les initiatives mises en place pour respecter la trajectoire de Paris :
L’Oreal : s’engage à ce que la totalité de sa gamme de produits affiche un bilan écologique ou social positif. Le groupe a conclu un partenariat avec des producteurs locaux au Brésil pour « assurer un approvisionnement durable d’ingrédients naturels ».
Orange : expérimente des chaînes d’approvisionnement bio et locales, et s’engage à fournir 20% de repas bio dans ses cantines dès 2020.
Adeo (Leroy Merlin, Weldom, Bricocenter) : va planter 1 arbre par salarié engagé. En 2017, 15.552 nouveaux collaborateurs ont été embauchés. Les 10.000 premiers arbres ont été plantés en Asturies par un groupe de membres du personnel et leurs familles.
Apple : a promis de développer des projets d’énergies renouvelables à hauteur de 4.000 MW d’ici 2020. Le but est d’alimenter tous les serveurs de la firme avec une électricité 100% renouvelable.
Schneider Electric : a doté de 4 millions d’euros une fondation destinée à promouvoir le développement durable dans plus de 75 pays. 130 délégués vont ainsi mener plus de 400 missions pour sensibiliser, éduquer et former un ensemble de communautés locales à la production d’électricité.

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En marge des effets d’annonce, quelle réalité ?

Si ces intentions sont louables et montrent la voie à suivre, certains rapports crédibles indiquent que la tendance profonde n’est pas à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Au contraire, 22 entreprises françaises ont augmenté leurs rejets de CO2 depuis l’accord de Paris, seule EDF étant sur le bon chemin pour véritablement diminuer son empreinte carbone.

En 2018, l’ONG Réseau Action Climat a publié une analyse des stratégies climat de 10 entreprises françaises sur la cohérence entre leurs activités et leurs engagements à respecter l’Accord de Paris qui prévoit de maintenir le réchauffement global sous la barre des 2 degrés Celsius.
Ces 10 entreprises sont : Air France KLM, Axa, BNP Paribas, Carrefour, Danone, Engie, Renault, Sanofi, Total, Vinci. L’analyse, qui portait sur le reporting carbone, les objectifs climat ainsi que la prise en compte des risques climat, a fait apparaître que seule Renault s’en sortait avec un bilan mitigé. Le constructeur automobile a en effet réussi à réduire de 3% l’empreinte carbone moyenne de ses véhicules entre 2010 et 2016. Les nouveaux objectifs de Renault prévoient une réduction de  25% en 2022 et 40% en 2030 par rapport à 2010.

Parmi les neuf autres sociétés, Air France KLM et le Groupe Vinci se sont vus attribuer les plus mauvaises notes. Air France KLM est critiquée pour la faiblesse des moyens que l’entreprise compte mettre en œuvre en vue d’atteindre son objectif de réduction de 50% de ses émissions en 2050. Et le Groupe Vinci, pour ses objectifs climat à long terme, qui ne permettront pas de lancer l’entreprise sur une trajectoire compatible avec 2°C.

Même tendance au niveau mondial

Chaque année, près de 2.000 entreprises à travers le monde sont sollicitées par l’ONG CDP (ex-Carbon Disclosure Project). Elles doivent répondre à un questionnaire sur leurs émissions de gaz à effet de serre et sur les mesures mises en place pour les réduire.
Près de 700 entreprises ont refusé de répondre. Et parmi les 1089 entreprises qui ont communiqué en 2016 leurs émissions de GES auprès de l’ONG, seules 1,4% ont mis en place une stratégie cohérente avec une trajectoire de 2°C.

En Belgique, une importante initiative pour le climat, baptisée « Sign for My Future », s’est tenue en février 2019 dans le cadre prestigieux de l’Opéra de la Monnaie, à Bruxelles. L’objectif était, à travers la signature d’une pétition, d’exiger du gouvernement une politique climatique ambitieuse.
Assez étrangement, les signataires qui s’empressaient de signer la pétition étaient les CEO d’entreprises particulièrement polluantes, telles que BNP Paribas Fortis (filiale Belge de BNP Paribas, Unilever et Luminus (filiale belge d’EDF). Selon certaines études, la banque BNP Paribas est en effet le cinquième plus grand investisseur dans les énergies fossiles au monde (en moyenne, 10 milliards d’euros investis chaque année dans le charbon, le pétrole et le gaz). Luminus affiche un score environnemental particulièrement médiocre, et Unilever est le plus gros utilisateur d’huile de palme au monde.

Ces bonnes volontés affichées n’auraient-elle pas des relents de « greenwashing » ? La participation de multinationales polluantes dans des initiatives en faveur du climat risque de ralentir voire compromettre les avancées du secteur industriel dans la réduction de leur empreinte carbone.
Le problème est que chaque année qui enregistre un retard sur la trajectoire va forcer les entreprises à revoir leurs objectifs climatiques à la hausse.