
Vu du ciel, il ne reste plus rien du Karatchaï, un petit lac comme il en existe des centaines de milliers en plein cœur de la Russie. Pourtant, celui-ci a eu un destin bien différent des autres, en servant de déchèterie nucléaire à l’URSS, en particulier pendant la guerre froide. Depuis, la Russie l’a fait sceller pour tenter d’endiguer la radioactivité du site, mais les conséquences de cette pratique sur les populations locales et l’environnement auraient été désastreuses.
Au premier abord, le nom du lac Karatchaï, situé aux confins de l’Oural, respire l’aventure. On l’imagine aisément au cœur de la taïga, bordé de bouleaux et de pins. Pourtant, la réalité est bien différente, à cause d’une infrastructure voisine construite à la fin des années 1940 : le complexe nucléaire Maïak. Ce site industriel a été édifié dans un but précis : produire du plutonium pour équiper l’arsenal nucléaire russe, en pleine guerre froide.
Seulement voilà, cette production obtenue à partir de cinq réacteurs plutonigènes génère beaucoup de déchets radioactifs, dont des effluents. Dès 1951, la décision est prise de « stocker » ces déchets dans le petit lac Karatchaï. Entre 1951 et 1989, ce sont plus de 5 millions de mètres cubes de solutions contaminées qui ont été déversés dans le lac et qui ont souillé ses couches géologiques. Outre la contamination directe des alentours du lac, de la poussière radioactive s’accumule sur les berges du lac lors des épisodes de sécheresse. Résultat, en 1967, de forts vents transportent l’équivalent de 600 curies de particules radioactives à plus de 75 km du site, entraînant la contamination probable de nombreux habitants de la région.
À lire aussiCette mission scientifique a repéré plus de 3000 fûts radioactifs stockés au fond de l’Océan AtlantiqueÀ partir de cette date, les autorités locales décident d’immerger des milliers de blocs de béton pour tenter de maintenir les boues radioactives au fond du lac. Cette technique a pour conséquence de réduire drastiquement la taille du lac, qui passe de 45 hectares dans les années 50 à seulement 20 hectares en 1991.
Plus tard, le complexe est transformé en centre de traitement des déchets radioactifs, mais il semblerait que les rejets dans le lac aient continué au moins jusqu’à la fin des années 90, en partie pour éviter un assèchement du lac. Finalement, en 2015, la Russie décide de sceller définitivement le lac avec du béton et un programme de surveillance est mis en place pour analyser la radioactivité locale ainsi que celle des eaux souterraines.
Pourtant, ces mesures paraissent être trop tardives. Selon certaines sources, depuis le début du stockage des déchets radioactifs dans le lac, le nombre de cancers chez les travailleurs du site et les résidents de la région aurait augmenté de 21 % avec une hausse des anomalies congénitales et des leucémies.
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