
En quelques années, le nucléaire a pris une part très importante dans les débats concernant la transition énergétique. Si cet engouement se traduit d’ores et déjà par une augmentation du nombre de réacteurs en construction, cette hausse est encore insuffisante pour réellement peser sur la décarbonation du mix électrique mondial.
L’organisation internationale World Nuclear Association (WNA) vient d’actualiser son inventaire des réacteurs en cours de construction à travers le monde, et les résultats obtenus sont riches en enseignements. Actuellement, on compterait près de 80 chantiers de réacteurs, soit 22 de plus qu’en 2024, lorsque nous avions établi une carte des réacteurs en construction. Cette augmentation spectaculaire se joue principalement en Asie, et en particulier en Chine.
On constate tout de même que si le nombre de chantiers augmente, présentement, la capacité nucléaire disponible peine à augmenter. Sur les 20 dernières années, on recense 111 réacteurs arrêtés pour 101 réacteurs mis en service. En 2024, 440 réacteurs répartis dans 31 pays produisaient 2667 TWh, soit à peine plus que le précédent record de production daté de 2006. Le nucléaire représente 9% du mix électrique mondial, mais l’installation de nouvelles capacités de production n’accélère pas, ce pourcentage pourrait baisser dans les années à venir.
À lire aussiPourquoi 2025 sera une année record pour l’énergie nucléaireAvec les objectifs de décarbonation à l’échelle mondiale, le nucléaire suscite un regain d’intérêt grâce aux fortes puissances des réacteurs nucléaires, leur production stable et le haut facteur de charge. Certains pays envisagent de franchir le cap du nucléaire pour la première fois (ou presque) de leur histoire. C’est le cas du Kazakhstan, de la Pologne, de l’Ouzbékistan ou du Vietnam, qui ont tous des projets en cours de développement. De leur côté, le Bangladesh, l’Égypte et la Turquie construisent actuellement leur première centrale.
Néanmoins, la marche du nucléaire est difficile à franchir pour de nombreux pays. Les centrales nucléaires sont des projets de très grande envergure, qui engendrent de nombreuses contraintes. Outre l’aspect financier, elles sont souvent bien plus puissantes que les autres types de centrales, en particulier thermiques. Leur installation a donc un impact massif sur le réseau de transport de l’électricité, qui doit être lourdement adapté.
À lire aussiMalgré la guerre, la Russie veut installer 30 GW de nouvelles capacités nucléairesEn parallèle, les pays qui veulent se lancer n’ont souvent pas l’expertise nécessaire pour mener un programme nucléaire, ils doivent donc forger des partenariats avec les rares pays qui savent construire des centrales : le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, mais également la Chine et la Russie. D’ailleurs, ces deux derniers multiplient les accords avec de nombreux pays intéressés par le nucléaire et étendent ainsi leur influence par ces moyens. Dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu, l’obligation de nouer des partenariats avec des acteurs parfois clivants peut freiner les pays concernés.
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