
L’Espagne va-t-elle finalement revenir sur sa décision de sortir du nucléaire à l’horizon 2035 ? Si rien n’est officiel, la question se pose, alors que la sécurité de l’approvisionnement énergétique est plus que jamais au coeur des débats. En attendant, le pays vient de prolonger sa plus grande centrale jusqu’en 2030.
Depuis bientôt 10 ans, l’Espagne prend une direction claire en matière de décarbonation : favoriser les renouvelables et s’affranchir de l’énergie nucléaire. Cette dynamique anti-nucléaire passe notamment par la fermeture de la centrale nucléaire Almaraz, la plus puissante du pays avec ses deux réacteurs à eau pressurisée de 1040 MWe. Mais le black-out de l’année dernière a calmé les ardeurs hispaniques en rappelant les potentielles failles d’un mix électrique entièrement renouvelable.
Face aux risques pour l’approvisionnement électrique du pays, et aux demandes pressantes des trois propriétaires de la centrale (Iberdrola, Endesa et Naturgy), le gouvernement espagnol a finalement accepté de repousser l’extinction définitive des deux réacteurs au 8 juin 2030, après avoir reçu un avis favorable de l’autorité de sûreté nucléaire espagnole.
Initialement, la fermeture des deux réacteurs avait été actée en 2019, pour une application en 2027 et 2028. Cette fermeture fait partie du calendrier de sortie du nucléaire, avec une sortie prévue pour 2035.
À lire aussiFessenheim : EDF veut faire de son démantèlement un exemple mondialSi la prolongation n’est que de courte durée, elle permet aux professionnels de l’énergie de mieux organiser la transition du nucléaire vers les renouvelables, sans compromettre la sécurité énergétique du pays. L’année dernière, la centrale représentait à elle seule 7% de la production du pays.
À l’échelle du pays, la sortie du nucléaire, qui représente encore 19% du mix du pays, fait de plus en plus débat. D’ailleurs, suite à une pétition citoyenne contre la fermeture de la centrale, la Commission des pétitions du Parlement européen a envoyé sur place une délégation de dix eurodéputés. Cette visite a abouti sur un rapport dans lequel Bogdan Rzońca, président de la commission des pétitions, a qualifié cette fermeture de « question idéologique ». Selon le rapport, cette décision est purement politique et idéologique, sans base technique la justifiant. D’ailleurs, rappelons que la centrale d’Almaraz fonctionne depuis 43 ans, et qu’elle a une « jumelle » dans l’État de Virginie : la centrale North Anna, autorisée à fonctionner pendant 80 ans.
Or, si le réseau électrique et les moyens de production de remplacement n’ont pas été suffisamment anticipés, il se pourrait que cette fermeture ait de lourdes conséquences sociales, énergétiques et économiques.
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