La start-up française EEL Energy développe une hydrolienne d’un nouveau genre. Après des tests concluants menés il y a quelques semaines dans la rade de Brest, l’entreprise lance une levée de fonds pour financer la poursuite de son développement.

Alors que la majorité des hydroliennes sont équipées d’hélices, celle que développe EEL Energy est une membrane ondulante, sorte de grande nageoire biomimétique. Elle imite les ondulations des poissons comme l’anguille (eel en anglais) ou la raie pour produire de l’énergie grâce aux courants marins. La membrane en fibre de verre et renforcée par des fibres de carbone est recouverte d’un caoutchouc résistant aux déchirures et aux abrasions et sur lequel les organismes marins ne se fixent pas. Sous l’effet du courant l’ondulation de la membrane est transformée directement en électricité par des convertisseurs électromagnétiques linéaires.

La machine s’oriente automatiquement au gré du courant  et démarre à faible vitesse de fluide (0,5 m/s). Selon ses concepteurs, elle peut être installée à faible profondeur, à proximité des côtes, mais aussi dans les fleuves. Les sites potentiels seraient mille fois plus nombreux que ceux pouvant convenir aux hydroliennes à hélice.

Après plusieurs années de développement,  les premiers prototypes de l’hydrolienne ont été testés en conditions de courant contrôlées dans les bassins de l’IFREMER[1] à Boulogne-Sur-Mer, afin d’optimiser et de valider les performances de la membrane. Il y a quelques semaines, le projet est entré dans une nouvelle phase avec des essais en mer d’un prototype à l’échelle 1/6e (soit une dimension de 2,5 par 3 m). Pour ces tests menés dans la rade de Brest, l’hydrolienne était fixée sur le côté d’un bateau et tractée à la vitesse de 2,5 m/s. « On a atteint une puissance électrique de 4,2 kW » s’est réjoui Frank Sylvain, le directeur général d’EEL Energy. C’est le double de ce qui avait été obtenu lors des précédents essais réalisés en mer en décembre ou dans le bassin de l’IFREMER. Les prochains tests seront effectués sur un prototype 2 fois plus grand. A terme, la machine à l’échelle 1/1 mesurera 15 mètres de côté.

Tests de la membrane dans les bassins de l’IFREMER à Boulogne

Encouragée par ces résultats prometteurs (ils ont été certifiés par le Bureau Veritas), EEL Energy lance une levée de fonds, de 3 à 7 millions d’euros pour financer la poursuite de son développement.

L’industrialisation devrait débuter à Boulogne en 2019. L’objectif est de produire des machines de 30 et 100 kW, destinées d’abord aux applications fluviales, notamment pour des sites isolés ou mal connectés. Franck Sylvain cite l’exemple du fleuve Congo en Afrique ou de l’Amazone au Brésil. Au lieu de construire de grands barrages qui perturbent l’environnement et la faune aquatique, les producteurs d’électricité pourraient installer des fermes d’hydroliennes ondulantes à proximité des villages en évitant de la sorte  les frais d’un coûteux réseau de transport et de distribution. Produisant de l’électricité 24 hr/24, elles ne nécessiteraient aucun système de stockage contrairement aux installations éoliennes ou solaires. L’intention est de les commercialiser en pièces détachées, faciles à transporter et rapidement montées.

A plus long terme  la start-up vise la production de machines de 1 MW  pour les applications marines.

Plusieurs investisseurs potentiels auraient déjà exprimé leur intérêt pour cette opération de financement.

[1] IFREMER = Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer

Plus d’infos : http://www.eel-energy.fr/fr/

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