Après deux hausses consécutives du prix réglementé en 2019, le prix de l’électricité en France pourrait connaître une troisième hausse de maximum 4% au début 2020.

Au deuxième semestre 2018, la France se classait en 7e position du prix de l’électricité la plus chère[1], avec un prix moyen de 18 c€ le kilowattheure, juste devant les Pays-Bas  (17,07 c€), mais loin derrière l’Allemagne, qui caracole en tête avec un prix de 30 c€, suivie par la Belgique avec 29,37 c€ le kilowattheure.

La France va-t-elle remonter dans ce classement ? On peut se poser la question en considérant que deux hausses de prix sont déjà intervenues en 2019, l’une de 5,9% en juin dernier, l’autre de 1,3% au 1er août, et qu’une troisième hausse est attendue pour début 2020. Comment s’expliquent 11% de hausse en seulement sept mois ?

Publicité
Installation de pompe à chaleur
Installation de pompe à chaleur

Demandez 3 devis comparatifs aux installateurs de votre région. Gratuit, sans pub et sans engagement.

Tentons d’y voir clair

En 2010, dans le but de permettre une concurrence équitable entre les fournisseurs, l’Etat français a mis en place l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique), un mécanisme qui permet aux concurrents d’EDF d’avoir accès à l’électricité nucléaire bon marché jusqu’à un plafond de 100 térawattheures (TWh) par an. La concurrence est donc très artificielle, puisque les fournisseurs vendent simplement de l’électricité achetée en gros à un tarif réglementé, fixé aujourd’hui à 42 €/MWh.

Le mécanisme est doublement avantageux, car il permet d’éviter de s’approvisionner sur le marché de gros[2] lorsque les prix sont plus élevés, et n’entraîne aucune obligation d’achat lorsque les prix sont à la baisse.
En 2016, lorsque les prix de gros ont chuté, conséquence des surcapacités de production et du développement des énergies renouvelables, les fournisseurs alternatifs ont pu s’approvisionner sur le marché de gros à un prix encore moins cher que celui de l’ARENH, ce qui leur a permis de dégager ainsi de confortables marges bénéficiaires. Certains fournisseurs ont même utilisé le tarif de l’ARENH pour réaliser de juteuses opérations d’arbitrage : ils ont liquidé fin 2017 des contrats à terme achetés en 2016, les revendant sur le marché de gros à prix élevé, et ont racheté de nouveaux contrats au prix de l’ARENH pour les remplacer.

Mais en 2018, le système a montré ses limites. Les prix sur le marché de gros sont remontés, notamment du fait de l’augmentation du prix des quotas de CO2 auxquels sont soumises les centrales à gaz et au charbon en Europe (ce prix a dépassé les 20 €/tonne de CO2). Les fournisseurs se sont protégés en retournant vers l’ARENH. Toutefois, ayant développé leur clientèle, les concurrents d’EDF avaient besoin de 130 TWH, alors que l’ARENH est plafonné à 100 TWh. Ils ont donc dû s’approvisionner pour le solde sur le marché de gros à une période, fin 2018, où le prix de gros caracolait à 70 €/MWh.

Voilà pourquoi la pression est forte pour que le plafond de 100 TWh soit revu prochainement à la hausse. Par ailleurs, EDF, dans une situation financière délicate, plaide de son côté que soit revu à la hausse le tarif réglementé, jugé trop bas pour couvrir ses coûts croissants. Le prix de 42€/MWh de l’Arenh est nettement inférieur aux prix du marché, le contrat de référence pour 2020 se négociant actuellement autour de 51 €/MWh.

Tout semble indiquer que la note sera plus salée. Le supplément pourrait s’élever de 1,5 à 1,7 milliard à payer par les consommateurs, tous confondus, selon Frank Roubanovitch, président du CLEEE (Comité de liaison des entreprises grandes consommatrices d’électricité).

Quel impact pour la facture du consommateur ?

L’ajustement du tarif réglementé n’est pas encore officiel, mais il est question d’une hausse possible de 4% en février 2020. Une adaptation qui s’explique non seulement par la hausse des prix sur le marché de gros, mais également par la hausse des coûts de distribution et de commercialisation.
Si cette hausse est validée par la Commission Européenne, elle risque de peser lourd dans le budget des ménages : + 180 euros pour un ménage se chauffant à l’électricité, et + 60 euros pour celui qui se chauffe au fioul ou au gaz, outre les augmentations déjà subies en 2019.

Pour limiter cette augmentation à 1% environ, il faudrait que le gouvernement accepte de revoir le plafond de 100 TWh à la hausse. Mais Naima Idir, présidente de l’ANODE (Association Nationale des Opérateurs Détaillant en Energie), n’est guère optimiste : un texte d’application devrait être adopté par le gouvernement avant mi-novembre. Or, jusqu’ici, les signaux n’incitent pas à l’optimisme.

La situation est délicate pour le gouvernement qui doit opérer des choix stratégiques au moment où le climat social est tendu, et où le secteur va devoir choisir entre investir pour prolonger son parc nucléaire ou accélérer le développement des énergies renouvelables.


[1] Taxes et prélèvements inclus, pour une consommation annuelle comprise entre 2 500 et 5 000 kWh. Source : Eurostat

[2] Les marchés de l’électricité et du gaz se composent chacun de deux segments de marché : le marché de détail qui s’adresse aux particuliers et le marché de gros. Sur ce dernier ce sont principalement des volumes importants qui sont achetés et vendus entre producteurs, grands consommateurs, négociants et fournisseurs d’énergie. Le marché de gros est européen en raison de l’interconnexion des réseaux d’électricité et de gaz.