Tous les indicateurs sont au rouge pour la biodiversité. Les colonies d’insectes s’effondrent, les oiseaux des champs sont en déclin vertigineux et la situation n’est pas plus rose pour les rongeurs, les amphibiens ou les reptiles qui peuplaient jadis nos campagnes. Parmi d’autres causes, les pratiques agricoles intensives et les épandages de pesticides sont pointés du doigt. Contrairement à certaines croyances, plusieurs études scientifiques indiquent que les parcs photovoltaïques peuvent favoriser la biodiversité en recréant les conditions de sol préindustrielles. Ils pourraient même accroître les productions agricoles des champs situés aux alentours et participer à la reconstitution de certaines espèces en voie de disparition.

L’Etat américain du Minnesota a introduit en 2016 une loi favorisant le développement dans les parcs photovoltaïques d’une végétation sauvage propice à la prolifération d’insectes pollinisateurs. Plus de 930 hectares d’habitats de ce type y ont été créés autour des installations solaires. Deux ans plus tard, l’Illinois a voté une réglementation similaire.

Des scientifiques de l’Argonne National Laboratory des Etats-Unis ont alors étudié les impacts que des mesures de ce type pouvaient engendrer. Ils ont observé la situation des centrales solaires d’une puissance supérieure à 1 MW installées ou prévues dans tout le pays. L’étude a concerné 2 888 parcs qui couvrent une surface totale d’environ 12 000 km2. Les rangées de panneaux sont en général installées sur une surface herbeuse, des graviers, ou au pire sur une terre arrosée d’herbicides.

Publicité


Les chercheurs voulaient vérifier l’intérêt de remplacer ces sols stériles par des tapis de fleurs sauvages, lesquels sont les habitats naturels des insectes pollinisateurs et des oiseaux champêtres. « Au moins 75 % des cultures dépendent de la pollinisation par les insectes » rappellent-ils dans un article intitulé : « L’énergie solaire peut-elle sauver les abeilles ? » qu’ils ont publié dans la revue Environmental Science & Technology.

Selon ces auteurs, 90 % des cultures se trouvant à proximité des fermes solaires de grande taille concernent cinq types de plantations fortement dépendantes des insectes pour leur pollinisation : le soja, la luzerne, le coton, les amandes et les agrumes.

Impact favorable pour la productivité des champs environnants

Leur travail a permis d’établir que la transformation des surfaces recouvertes par ces parcs en habitats pour les insectes augmenterait significativement la productivité des champs environnants, permettrait de lutter contre l’effondrement des populations d’insectes et rendrait de nombreux autres services aux écosystèmes. Pour les cultivateurs, l’opération serait doublement profitable car elle leur permettrait aussi de résoudre les tensions qui surgissent régulièrement entre la production agricole et le développement des énergies renouvelables.

Les scientifiques estiment que si toutes les fermes photovoltaïques considérées par l’étude étaient recouvertes d’herbes et de fleurs sauvages cela représenterait par exemple un gain de 1,75 million de dollars pour les cultures de soja, de 4 millions de dollars pour les amandes et de 233 000 dollars pour la production de canneberges (cranberries). Sans compter les effets environnementaux bénéfiques engendrés en matière d’épuration des eaux ou de séquestration du carbone.

Bien conçus, les parcs solaires ont des effets bénéfiques sur la biodiversité

En Europe, plusieurs projets de recherche sont arrivés aux mêmes conclusions. Ainsi, aux Pays-Bas, une équipe du TNO, un organisme scientifique indépendant, étudie actuellement l’impact des champs solaires sur la qualité des sols et sur la biodiversité. Intitulé SolarEcoPlus, le projet est soutenu par un subside de 3,6 millions d’euros.
«  Bien conçus, exploités et entretenus, les parcs photovoltaïques peuvent avoir des effets bénéfiques sur la biodiversité », a déclaré Wim Sinke, le coordinateur de l’étude. « Si on les compare aux monocultures agricoles intensives, ils peuvent être plus performants, tant pour ce qui concerne le développement d’une végétation variée que l’apparition d’habitats favorables aux oiseaux et aux insectes », a-t-il ajouté.

Le chercheur estime par contre que les parcs solaires développés uniquement dans le but de maximaliser le rendement énergétique peuvent provoquer un déficit de lumière pour les plantes et une distribution inégale de l’eau sur le sol. Cette situation peut entraîner une réduction de la végétation et la disparition de certaines espèces. Elle pourrait aussi affecter la qualité des sols, avec des effets à long terme sur leur teneur en carbone.

Les parcs de grande dimension présentent certains avantages

Par ailleurs, les scientifiques du TNO étonnent en expliquant que d’un point de vue environnemental, les fermes solaires de grande dimension présentent certains avantages par rapport aux projets moins ambitieux. « Les petites installations sont évidemment plus faciles à intégrer dans le paysage », constate Wim Sinke, « mais nous nous sommes aperçu que dans les plus grandes, des corridors se créent pour la faune et les réseaux écologiques ; cela est bénéfique pour leur développement ». Voilà sans doute de quoi relativiser les critiques adressées au projet géant de 1000 hectares mené par Engie et Neoen dans les Landes.

L’étude SolarEcoPlus cherchera notamment à établir la distance idéale, pour la biodiversité, entre les rangées de panneaux solaires. Elle concernera trois types de panneaux bifaciaux, dont certains seront installés verticalement. Des trackers seront également étudiés, leur rendement énergétique plus élevé pouvant compenser les pertes engendrées par un espacement plus important entre les rangées.

Sauterelles, oiseaux, reptiles et amphibiens

En Allemagne, une autre recherche consacrée à l’impact des fermes photovoltaïques sur la biodiversité a été menée à l’initiative de l’Association fédérale de l’industrie des nouvelles énergies. Les données ont été collectées dans des parcs de 9 Länder totalisant une puissance de 75 MW. « En règle générale, les champs solaires sont le siège d’une belle diversité biologique, les structures d’habitat restent intactes et les panneaux offrent un refuge à différentes espèces », a déclaré Rolf Peschel, coordinateur de l’étude.

Publicité


Par exemple, 25 espèces de sauterelles ont été découvertes dans les projets solaires du Brandebourg. Il est également apparu que les parcs photovoltaïques servent d’habitat d’été pour des amphibiens et des reptiles, notamment des lézards et des grenouilles. Enfin, plusieurs espèces d’oiseaux des champs, établissent également leurs nids à l’abri des panneaux sans être dérangés par les machines agricoles et les épandages.


« Dans les fermes solaires, les sols ne sont pas soumis à une fertilisation à outrance ; des conditions similaires à celles qui existaient avant l’avènement de l’agriculture industrielle ont dès lors favorisé leur colonisation par des espèces devenues rares » explique Rolf Peschel.