NextEra : le nom de cette entreprise américaine ne vous dit peut-être rien. Et pourtant il s’agit probablement du plus important producteur mondial d’énergies éolienne et solaire. En bourse, la valorisation de cette société dépasse désormais celle des « majors » du pétrole malgré un chiffre d’affaire et un bénéfice nettement inférieur. Son développement s’apparente à celui de Tesla dont la capitalisation boursière s’envole inexorablement. Une chose est à présent claire : les investisseurs parient désormais sur la transition énergétique.

Signe des temps :après avoir misé pendant des décennies sur « l’or noir » et sur les grands constructeurs automobiles dont les véhicules utilisent ses dérivés comme carburant, les investisseurs semblent aujourd’hui bel et bien se détourner de leur ancien « veau d’or ».
Alors que l’action Tesla ne cesse d’étonner en volant de sommet en sommet malgré des chiffres de vente et des bénéfices rikiki si on les compare à ceux des géants du secteur, c’est maintenant une autre entreprise américaine qui attire tous les regards en damant le pion aux « majors » de l’industrie pétrolière.

Exploits et déroutes boursières

Née en 1925 en Floride, où elle fournit aujourd’hui de l’électricité à plus de 5 millions de foyers, la société NextEra Energy parie sur les énergies solaire et éolienne depuis plus de vingt ans. Et ces dernières années, elle a accéléré la cadence.  Selon son site internet, NextEra serait à l’heure actuelle le plus important producteur d’énergie éolienne et solaire au monde. L’entreprise développe aussi des projets de stockage d’énergie par batteries.

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Ces dernières semaines, sa capitalisation boursière a dépassé à quelques reprises celle d’ExxonMobil, l’héritier de l’empire pétrolier de Rockefeller. La cotation de ce géant des énergies fiossiles s’est effondrée depuis son pic de 2014. Au point que la société a été récemment expulsée du Dow Jones dont elle était membre depuis 1928. Cet indice regroupe les trente entreprises vedettes du New York Stock Exchange (NYSE). 

L’action ExxonMobil : alors qu’elle valait encore 95 $ en 2016, elle ne vaut plus aujourd’hui que 40 $

A l’inverse la valeur de NextEra continue de grimper. Sur les marchés l’entreprise vaut désormais 2 fois plus que BP et autant que Shell et Total réunis.  Pourtant NextEra est loin de réaliser les mêmes performances financières. Elle a enregistré en 2019 un chiffre d’affaires de 19 milliards de dollars pour un bénéfice de 3,8 milliards de dollars, en employant environ 14.000 personnes aux Etats-Unis et au Canada. En comparaison, ExxonMobil affichait sur la même période un bénéfice net de 14,3 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 265 milliards. 

NextEra sur les traces de Tesla

Depuis que le monde a récemment pris conscience de la nécessité de lutter contre les changements climatiques, il semble que les investisseurs tiennent compte de cette nouvelle réalité dans leurs stratégies d’investissement et considèrent de plus en plus que l’avenir appartient aux technologies propres.

Les exploits boursiers de Tesla en sont un autre bel exemple. Le groupe d’Elon Musk est devenu le constructeur automobile le plus cher en Bourse alors qu’il produit beaucoup moins de véhicules que ses concurrents et qu’il n’a pas distribué le moindre dividende depuis sa naissance en 2003.  Tesla vient d’ailleurs de faire son entrée sur le Nasdaq, l’indice vedette des valeurs technologiques, à peu près au moment où ExxonMobil était expulsé du NYSE. N’est-ce pas un signe extraordinaire donné par le monde de la finance, un secteur pourtant caractérisé par sa prudence et son conservatisme ?

NextEra est bien positionnée dans la transition énergétique

Pour expliquer la déroute boursière des valeurs pétrolières, certains évoque la chute des prix des énergies depuis le début de la pandémie. Mais NextEra Energy est également un acteur du secteur ; ses importants investissements dans les parcs éoliens et solaires suscitent toutefois la confiance « car les énergies renouvelables sont maintenant compétitives et NextEra peut tabler sur des prix d’électricité régulée et une demande d’électricité en hausse », explique Peter McNally, un spécialiste du secteur de l’énergie pour le cabinet Third Bridge. « Cela lui assure dans le pire des cas des revenus stables. La fourniture d’électricité représente entre 65 et 70 % de son chiffre d’affaires ».
Avec cette source de revenus régulière et son expertise dans l’éolien, le solaire et le stockage d’énergie par batteries, la société est en outre « bien positionnée dans la transition vers les énergies renouvelables et un monde sans émissions », estime pour sa part Andrew Bischof, expert chez Morningstar, ajoutant que les marchés apprécient