Le territoire français compte 248 anciennes mines d’uranium réparties sur 26 départements. Si la dernière a fermé il y a maintenant 20 ans, plusieurs organisations et collectifs alertent l’opinion sur la contamination radioactive de l’environnement qui reste préoccupante autour de très nombreux sites. Une question se pose : que faire de ces anciennes mines ? Certaines sont revégétalisées et aménagées en zones écologiques. Quatre d’entre elles sont déjà couvertes de panneaux photovoltaïques. Neuf autres projets solaires sont à l’étude. Est-ce une bonne solution ?

Avec l’objectif de devenir une puissance nucléaire, à la fois militaire et civile, la France a, dès la fin de la seconde guerre mondiale, cherché à assurer son autosuffisance en uranium. La première mine s’est ouverte dès 1948 à Saint-Sylvestre dans la Haute-Vienne. A l’époque, c’était le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), créé en 1945 par le général de Gaulle, qui était chargé de l’extraction du minerai.
La dernière mine, celle de Jouac, située dans le même département, a cessé ses activités en juin 2001. Entre ces 2 dates, la France a extrait de son sous-sol plus de 80.000 tonnes d’uranium sur près de 250 sites. Les gisements les plus riches ne comptaient que 1 à 5 kilos d’uranium par tonne de minerai. Il n’est dès lors pas étonnant que cette exploitation ait généré 300 millions de tonnes de déchets, essentiellement des boues radioactives et des stériles[1]. Les conditions de travail étaient difficiles, certaines mines étant souterraines, et l’opposition locale parfois très forte.

En 1976, l’exploitation a été reprise par la Cogema, laquelle s’est ensuite muée en Areva et aujourd’hui Orano, une multinationale qui compte parmi les premiers producteurs mondiaux d’uranium. Aujourd’hui, les carrières sont délocalisées loin de la Métropole : au Niger, au Kazakhstan, en Mongolie et aux Etats-Unis, notamment.

L’arrêt de l’exploitation du minerai en France n’a pas signifié l’abandon de ces sites industriels. La société Orano est chargée par l’Etat d’en assurer la surveillance environnementale, au besoin de les décontaminer, de les « réaménager » ou d’assurer leur reconversion. Pour chaque site, un plan de surveillance est imposé par la préfecture qui devrait contrôler l’impact environnemental et sanitaire.

La malédiction des anciennes mines

Pourtant il semble qu’autour des anciennes mines tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ainsi, en mars 2021, devant les caméras de France 3 Nouvelle Aquitaine, des experts de la CRIIRAD, un laboratoire indépendant, constatent la présence de résidus radioactifs sur un chemin public, aux abords de l’ancienne mine de Bellezane (Haute-Vienne) placée sous la surveillance d’Orano.  Sur son détecteur, Bruno Chareyron, un ingénieur en physique nucléaire et directeur de la CRIIRAD, mesure plus de 3000 chocs par seconde, un niveau de radioactivité 20 fois supérieur à la normale. « On était venu ici en 1998. Il y avait déjà des résidus le long de la chaussée. Voir qu’on a toujours le même problème plus de 20 ans après est choquant » s’exclame-t-il. 1,5 millions de résidus d’extraction sont stockés sur le site de Bellezane. En 1993, la CRIIRAD a démontré qu’ils n’étaient pas confinés. Selon Bruno Chareyron, « la fraction la plus fine des résidus au fond de la mine percole dans les galeries souterraines et contamine les réseaux hydrographiques ».

La situation n’est pas moins préoccupante dans le Morbihan où 26 mines ont été exploitées jusque dans les années 80. Les stériles de 10 d’entre elles ont été utilisées comme remblais pour des parkings, des routes et même des cours de ferme sur quatre communes du département. Depuis 2010, l’association Roz Glas, assistée par des experts de la CRIIRAD y a détecté des taux élevés de radioactivité et elle exige la décontamination des sites par Orano. « Par endroits, on arrive à plus de 4500 chocs par seconde alors que le niveau normal se situe entre 100 et 200 chocs par seconde », dénonce Patrick Boulé, le président de Roz Glas.  En 2010, déjà, l’association avait interpellé le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, pour lui faire part « de la situation alarmante relevée ».

Patrick Boulé, président de Roz Glas : « Par endroits, on arrive à plus de 4500 chocs par seconde »

Même topo à Saint-Priest-la-Prugne, à la limite de la Loire et de l’Allier, où une mine a été exploitée de 1954 à 1980, flanquée, à partir de 1960, d’une usine chimique de traitement du minerai. Depuis 40 ans, le « Collectif des Bois Noirs » y dénonce les dangers liés aux stériles radioactifs qui ont été éparpillés pour des remblais sur une dizaine de communes. Une situation qui a amené Le Monde à titrer : « La malédiction des anciennes mines d’uranium françaises ».

Des associations alertent l’opinion

Ces quelques exemples ne sont pas des cas isolés. Un peu partout dans l’Hexagone, des organismes, des associations de terrain et des collectifs de riverains des anciennes mines alertent l’opinion sur la contamination radioactive de l’environnement aux abords des anciennes mines et la mauvaise gestion des sites par Orano.

En 2012, une douzaine d’associations locales se sont réunies et ont fait un diagnostic commun : « L’héritage de décennies d’exploitation des mines françaises d’uranium est lourd pour les territoires car il laisse des centaines de millions de tonnes de déchets radioactifs dangereux. Ceux-ci sont trop souvent disséminés dans l’environnement ou stockés dans des conditions totalement inappropriées. Ils génèrent des pollutions environnementales multiples (air, eau, sol, chaîne alimentaire) induisant des dangers sanitaires inacceptables aujourd’hui et pour les générations futures », avaient-elles alors déclaré.
Ces associations ont décidé de se fédérer en fondant le « Collectif Mines d’Uranium ». Depuis lors, celui-ci ne cesse de faire pression sur Areva (devenu aujourd’hui Orano) qui, selon lui « tente par tous les moyens d’échapper à sa responsabilité ». L’Etat « qui a trop souvent couvert la filière nucléaire, a préféré organiser l’irresponsabilité des exploitants, notamment à travers une législation complaisante ».

Le Collectif relève toutefois un point positif. « Le partage d’expériences qui résulte de la réunion des associations fait apparaître que des victoires importantes ont été obtenues localement : décontamination aux frais d’Areva de sites parfois vastes (cours d’écoles, parkings et chemins publics, maisons, lac de baignade, réserves d’eau potable, etc.). Ces avancées doivent constituer des précédents : ce qu’Areva a réalisé quelque part sous la pression associative doit être possible partout ».

De nouveaux écosystèmes apparaissent sur les anciens sites

De son côté, Orano s’emploie à réhabiliter les sites. « Le développement de secondes vies, ou reconversions, des anciennes mines s’inscrit dans la volonté d’Orano de valoriser son actif foncier sur le territoire et d’aider au maintien d’un tissu socioéconomique local et d’un environnement de qualité », explique l’industriel dans une plaquette d’information. Plus de 35% des sites sont revégétalisés et aménagés en zones écologiques ou forestières. « L’objectif est de favoriser l’intégration du site dans l’environnement et le paysage », précise Orano. Les verses stériles[1] sont recouvertes de terre végétale et ensemencées. Les anciennes fosses de mines à ciel ouvert peuvent être comblées ou mises en eau et des espèces réintroduites et protégées comme le faucon pèlerin sur le site de Bellezane. « De nouveaux écosystèmes réapparaissent ainsi sur les anciens sites, avec une faune et une flore diversifiée », ajoute l’industriel.

L’uranium remplacé par des panneaux solaires

Le groupe met aussi en avant sa volonté de développer les énergies renouvelables. « Nous favorisons la mise en place de parcs photovoltaïques sur des anciens sites miniers ou des stockages de résidus », affirme-t-il. Aujourd’hui 4 centrales solaires sont déjà en production. « Notre objectif est d’avoir 13 parcs photovoltaïques en activité d’ici 2025, sur près de 200 hectares, avec une puissance maximale de 132 MWc et une production équivalente à la consommation moyenne d’environ 65.000 foyers » indique Orano.

Ainsi, le site de l’Ecarpière (Pays de la Loire) a été réaménagé de 1991 à 1996, après une exploitation en mine souterraine à ciel ouvert. Il abrite aujourd’hui une centrale photovoltaïque en service. Sur une superficie de 11 hectares, elle a été mise en service en 2014 pour une puissance maximale de 4MWc, soit une production équivalente à la consommation de 1500 foyers.

Le site de Lodève, à 50 kilomètres de Montpellier a été réaménagé de 1998 à 2002. Deux centrales solaires y ont été construites. La première, d’une superficie de 21 hectares, est entrée en service en 2014 pour une puissance maximale de 9 MWc. La deuxième, sur 6 hectares, est en exploitation depuis 2018. Elle dispose d’une puissance maximale de 5 MWc. La production totale de ces deux centrales équivaut à la consommation de 9.000 ménages.

Dans le Limousin, sur le site des Masgrimauds, la commune de Mailhac-sur-Benaize a reçu l’autorisation d’implanter une ferme photovoltaïque de 6 hectares. Elle sera exploitée dès 2022 par EDF Energies nouvelles. Une seconde vie solaire peut aussi être donnée aux anciens sites de stockage de résidus : toujours dans le Limousin, celui de Bessines-sur-Gartempe sera lui aussi bientôt recouvert de modules photovoltaïques.

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[1] Les stériles sont constitués des sols et roches excavés lors de l’exploitation d’une mine, après récupération de la partie commercialement valorisable du minerai.