Un système simple, abordable et peu polluant existe pour stocker de grandes quantités d’électricité : la « station de transfert d’énergie par pompage-turbinage » (STEP). Si la plupart exploitent l’eau douce des montagnes pour fonctionner, un projet envisage d’en installer sur le littoral en utilisant l’eau des mers et océans. Un choix qui présente de nombreux avantages.

« L’électricité ne se stocke pas ». Vous avez certainement déjà entendu cette affirmation : elle nous est rabâchée sans cesse depuis sa découverte. Pourtant, il existe bel et bien des moyens pour la conserver. Le plus efficace est probablement le système de « station de transfert d’énergie par pompage-turbinage » (STEP). S’il ne stocke pas directement l’électricité, ce concept la transforme en force motrice à travers l’eau. Lorsque la production est excédentaire, l’eau est pompée dans un réservoir amont pour y être stockée. Puis, sur demande, elle peut être turbinée dans un réservoir aval pour restituer le courant.

L’eau de mer plus simple à exploiter que l’eau douce ?

L’immense majorité des STEP est implantée en montagne, où le relief permet de faire chuter l’eau sur de grandes hauteurs et où la ressource est abondante. Elles nécessitent l’aménagement de deux grands réservoirs pour fonctionner, ce qui peut impacter la biodiversité locale et rendre le projet moins acceptable par la population. Outre la transformation de barrages existants en STEP, peu de nouvelles constructions peuvent donc émerger sans risque de générer de très vives oppositions.

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Une alternative moins dérangeante pour les populations et l’environnement est en train de se développer : la STEP à l’eau de mer. Si le principe est identique, ce type d’installation n’a pas besoin de réservoir aval. Il puise tout simplement l’eau salée des mers et océans pour la stocker dans un unique réservoir amont préalablement imperméabilisé. Une start-up californienne baptisée « Oceanus Power & Water » en a fait sa spécialité. Elle s’est associée à EDF pour élaborer sa première installation, prévue au nord du Chili. Le pays, pris en étau entre l’océan Pacifique et la cordillère de Andes, dispose d’un relief idéal.

Bien plus de capacité qu’une giga batterie

Le site n’a pas encore été sélectionné, mais il devra bénéficier d’au moins 350 mètres de dénivelé. Un critère assez peu restrictif au Chili, où les montagnes ont les pieds dans l’eau salée. La première STEP développera une puissance de 200 MW, mobilisables en quelques minutes. Son réservoir sera dimensionné pour stocker l’équivalent de 16 h de production, soit une capacité d’environ 3,2 GWh. C’est 13 fois plus que la plus grande batterie stationnaire Tesla et 3,5 fois plus que la future plus grosse batterie du monde. La STEP permettra ainsi d’accumuler l’électricité renouvelable excédentaire produite par les parcs éoliens et solaires.

Potabiliser l’eau de mer à faible coût

Moins contraignante, la STEP marine présente également l’avantage de contribuer à la potabilisation de l’eau de mer. En phase de turbinage, la centrale chilienne dirigera une partie de son débit final vers une usine de désalinisation. La hauteur de chute rendra le processus bien plus sobre que sur la plupart des sites de désalinisation conventionnels, qui utilisent de puissantes pompes. Selon Oceanus Power & Water, l’installation consommera 2,4 kWh par m³ d’eau traitée contre 3 à 5 kWh/m³ pour les usines classiques.

Aucun planning n’a pour l’instant été annoncé, le projet étant au stade de simple esquisse. EDF et la start-up californienne se sont associées prudemment par un accord de développement conjoint. Ils pourront notamment s’inspirer de l’une des premières STEP à eau salée du monde, installée à Okinawa au Japon. L’aménagement expérimental a produit 30 MW pour 130 MWh de stockage pendant 17 ans.