Jean-François Carenco est le président de la CRE, la Commission de Régulation de l’Energie. Une institution que l’ont peut brièvement définir comme le gendarme des marchés du gaz et de l’électricité en France. Invité à s’exprimer lors d’un colloque récent, il a violemment critiqué le retard français dans le développement des renouvelables, et il n’a pas été tendre envers les opposants à ces technologies.

En tant que président de la CRE, une institution de l’Etat français qui depuis sa création en 2000, veille au bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz en France, on ne peut pas reprocher à Jean-François Carenco de ne pas maîtriser son sujet et de ne pas savoir de quoi il parle. La CRE est en effet totalement indépendante de l’industrie de l’énergie comme du gouvernement, et elle a l’obligation de garantir la neutralité, l’équité et l’objectivité de ses décisions et de ses avis. L’homme est connu pour son franc-parler : « Que ceux qui ne veulent pas des éoliennes soient privés d’électricité » s’était-il un jour exclamé sur LCI. S’exprimant récemment lors d’un colloque organisé par l’Union française de l’électricité (UFE), il ne semble pas avoir changé d’avis. Sur le sujet du développement des énergies renouvelables, les propos de ce haut fonctionnaire ont le mérite d’être clair : « on est très en retard ; on est très très en retard », a-t-il déclaré, selon l’AFP.

Pas tendre avec les opposants

« Si on avait suivi la feuille de route des énergies renouvelables telle qu’elle était prévue il y a deux ans, on n’aurait pas de crise. Je pense qu’on n’aurait pas de crise si on avait 3 gigawatts de plus », a-t-il expliqué, en faisant référence à la crise actuelle de l’électricité, dont les prix ont flambé. « Prenons conscience que c’est notre faute à nous », a-t-il regretté. « A force d’écouter tous ceux qui râlent en oubliant que l’énergie électrique, pour qu’on l’ait, c’est des milliers de morts dans les mines de charbon, c’est des dizaines, des centaines de villages engloutis » (par les barrages hydroélectriques NDLR).

Au passage, l’ancien préfet de l’Île-de-France et de Paris fustige les opposants aux renouvelables qui, selon lui, sont les principaux responsables de ces retards : « Et maintenant (…) parce que quelqu’un dit ‘c’est pas beau’ on dit ‘ah la la’. Ça me tord les tripes. Parce que ça met en danger tous nos emplois, toute la France, toute l’Europe ».

Une minorité qui se fait fortement entendre

Le développement des renouvelables, en France, a en effet pris un retard important, alors que des objectifs ambitieux avaient été fixés. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le feuille de route officielle du pays, prévoit notamment de doubler la capacité des énergies renouvelables électriques d’ici 2028 par rapport à 2017.

Mais les projets font souvent face à des oppositions de riverains, de personnes qui s’érigent en défenseurs du patrimoine ou du paysage, ou encore de pêcheurs lorsqu’il s’agit de parcs offshores. Il s’agit souvent d’une minorité car les français sont majoritairement favorables à l’éolien, comme l’a encore récemment démontré un sondage commandé par l’Ademe et le ministère de la Transition Ecologique. Or, comme souvent, cette minorité d’opposants se fait plus fortement entendre que la majorité silencieuse des citoyens favorables aux renouvelables, donnant par là aux élus et aux responsables, une idée fausse de l’adhésion ou du manque d’adhésion populaire.

Le développement de l’éolien a aussi focalisé les critiques d’une partie de la droite et de l’extrême-droite populiste dans la pré-campagne pour la présidentielle de 2022. Ainsi, le président des Hauts de France, Xavier Bertrand, candidat malheureux à l’investiture LR, s’est plusieurs fois attaqué aux éoliennes dans sa région. Et Marine Le Pen (RN) voudrait, de son côté, les démanteler … Tout un programme !