On se souvient que le mois dernier, en Amérique, la faiblesse de la demande de pétrole engendrée par la crise sanitaire avait entraîné, faute d’espace de stockage suffisant, l’effondrement des prix du pétrole. Aujourd’hui, les autorités texanes viennent au secours des producteurs en abolissant une loi interdisant le stockage d’hydrocarbures dans les formations géologiques. Au risque de provoquer la pollution des aquifères profonds.

Les 641 millions de barils de brut de la réserve stratégique des Etats-Unis sont stockés en grande partie dans des cavités souterraines situées dans des dépôts de sel, à l’est du Texas et de la Louisiane. Une solution de stockage idéale puisque l’imperméabilité de ces couches empêche le pétrole de percoler et de polluer les nappes d’eau potable.  Mais, aujourd’hui, ces réserves sont saturées.
Il y a quelques semaines, les producteurs de pétrole de schiste du Texas ont dû payer pour se débarrasser des barils qu’ils avaient continué à pomper malgré la faiblesse de la demande mondiale. Ils auraient bien voulu réinjecter leur brut dans le sous-sol, mais une loi de cet Etat, destinée à protéger les aquifères[1], le leur interdisait. Ils ont donc fait pression sur les autorités texanes en leur demandant d’abolir cette réglementation.

Le 5 mai dernier, leur souhait a été exaucé. Lors de sa réunion ordinaire, la Texas Railroad Commission (qui ne réglemente pas les chemins de fer mais régule les marchés du pétrole et du gaz) a voté à l’unanimité la suspension, pendant un an, de la règle qui interdit l’entreposage souterrain d’hydrocarbure en dehors des couches de sel. Une mesure qui avait été introduite pour éviter la pollution des eaux souterraines.
Les barils ainsi stockés pourront y rester pendant 5 ans.

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Par la même occasion, les membres de la Commission ont aussi levé l’obligation de soumettre ce genre de projet présentant un risque pour l’environnement, à une enquête publique préalable.
« C’est une décision sans précédent, et je suis excité à l’idée d’avoir pu donner aux producteurs autant de liberté dans cette situation d’urgence » a déclaré Wayne Christian, le président de la Railroad Commission.
Selon certains experts, un plafonnement de la production de pétrole au Texas aurait rendu inutile ce stockage souterrain risqué. Une solution que la Commission de régulation a refusé d’envisager.

Un risque majeur de pollution des nappes phréatiques

Les associations de protection de l’environnement sont évidemment fort préoccupées, pour ne pas dire affolées. Elles dénoncent notamment le fait d’avoir été mises devant le « fait accompli », l’absence de débat public les ayant empêchées de présenter leurs arguments et de s’opposer à la décision.

Neuf grands aquifères profonds s’étendent dans le sous-sol du Texas, sous les champs de pétrole ; ils fournissent 60% de l’eau potable consommée dans l’État. Selon les défenseurs de l’environnement, le pétrole réinjecté dans le sol pourrait, à la longue, percoler jusqu’à ces nappes souterraines et les polluer irrémédiablement. Un risque majeur pour la santé des populations.

Pendant cette crise du Covid-19 nous avons entendu de nombreuses voix plaider pour que le monde d’après soit différent de celui d’avant, pour que des leçons soient tirées des erreurs du passé, pour que la santé, le bien-être des citoyens et la préservation de notre environnement figurent désormais au premier plan des préoccupations. Mais au Texas, il semble bien que le monde d’avant ne renonce pas à se perpétuer … Qu’en sera-t-il chez nous ?


[1]  Aquifères : couches géologiques souterraines et poreuses, saturées en eau. Les aquifères abritent la majeure partie de l’eau douce de la planète.