Il y a un an, l’ONG Les Amis de la Terre publiait un rapport accablant sur l’encours des banques françaises dans le financement du secteur du charbon. Même s’il reste un long chemin à parcourir, le rapport 2019, qui vient d’être publié, montre que des progrès ont été accomplis.

En novembre 2018, 28 grandes banques mondiales s’étaient réunies à Paris sous l’égide des Nations-Unies pour responsabiliser le secteur financier dans le cadre des Accords de Paris et adopter ensemble une politique environnementale plus responsable. Un an plus tard, le 14 novembre dernier, le rapport des Amis de la Terre, Banktrack et Unfriend Coal montrait des résultats, certes encore insuffisants si on veut atteindre la neutralité carbone en 2050, mais avec des avancées notables.

Le Crédit Agricole, pourtant pointé du doigt dans le rapport 2018, a entamé un virage à 180 degrés et a même adopté la tolérance zéro vis-à-vis du charbon. La banque veut à présent montrer la voie à suivre : elle exclut les clients actifs dans la production d’électricité, mais également présents dans toute la chaîne de valeur : extraction, production d’électricité, commerce et transport. Une stratégie à marquer d’une pierre blanche !

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 Un cercle vertueux se met  en place : ING, Storebrand et Allianz ont déjà adopté des objectifs similaires au Crédit Agricole.

Pour être en conformité avec les objectifs des Accords de Paris et la trajectoire de 1,5° de réchauffement global, il faut idéalement une exposition zéro au charbon d’ici 2030 en Europe et dans les pays de l’OCDE, et d’ici 2050 pour le reste du monde. Plus simple à dire qu’à faire, car selon l’ONG française, sortir du charbon ne doit pas permettre la cession d’actifs, mais bien signifier la fermeture pure et simple des activités. Ce qui implique de devoir dépolluer les sites et reconvertir le personnel. Le financement de nouvelles capacités doit tout simplement être exclu, et les clients doivent fournir d’ici 2021 un plan de sortie du charbon.  Ceci implique qu’ils ne devraient plus obtenir de crédit que pour le financement de projets d’énergies renouvelables ou de réduction des gaz à effet de serre.

« Le vrai enjeu consiste à dire non aux entreprises qui construisent de nouvelles centrales à charbon, et adopter des engagements de sortie », selon Lucie Pinson, porte-parole des Amis de la Terre.

Un long chemin reste à parcourir

De nombreuses banques sont encore frileuses.  En 2025, BNP Paribas, n’exclura de ses activités de financement que les entreprises qui tirent plus de 30% de leurs revenus ou de leur production d’électricité du charbon. Or nombre de celles qui sont sous le seuil des 30% développent de nouveaux projets de centrales à charbon : elles ont même planifié 202 GW de nouvelles capacités de production, soit presqu’autant que le parc de centrales au charbon de l’Inde. Cela représente 35% de l’électricité produite par le charbon au niveau mondial et une augmentation de 11% de la capacité globale installée.

Il y a un an, le 26 novembre 2018, l’ONG Les Amis de la Terre pointait déjà du doigt quatre banques (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Natixis) qui avaient octroyé ensemble, pendant la période 2016-2018, plus de 10 milliards de crédit aux 120 entreprises les moins respectueuses en matière d’environnement, et les plus impliquées dans la construction de nouvelles centrales à charbon.
Ce montant de crédits représentait une augmentation de 52% par rapport à la période 2013-2015 (6,7 milliards d’euros de crédits), un résultat qui s’explique par les stratégies d’investissements trop laxistes des banques. Celles-ci refusent en effet de financer la construction d’une centrale à charbon, mais accordent par contre facilement du crédit à la création d’entreprises, labellisées « productrices d’électricité ».

En 2018, avec respectivement 1,8 milliard et 1 milliard d’euros de financements, BNP Paribas et Société Générale étaient les 3e et 10e banques internationales à soutenir le plus le secteur du charbon. Selon l’ONG Les Amis de la Terre, « il est criminel de continuer de financer les entreprises du charbon, mais aussi des sables bitumineux et des gaz de schiste comme le font BNP Paribas et Société Générale. »

Exclure les entreprises qui réalisent plus de 30% de leur chiffre d’affaires à partir du charbon ne va donc pas changer grand-chose au portefeuille de BNP Paribas investi dans le charbon.

6700 sites

Selon les Amis de la Terre, il faudrait fermer plus de 6700 sites de production d’électricité à partir du charbon dans le monde d’ici 2040. Il s’agit également de convaincre les actionnaires, car c’est à eux que revient le rôle de faire pression sur l’entreprise pour qu’elle change de stratégie d’ici 2021.

La difficulté réside dans le fait que les autres énergies fossiles (pétrole, gaz) doivent faire l’objet du même traitement. Dans le secteur bancaire, on commence à voir adoptées des stratégies de sortie du financement des infrastructures destinées à l’exploitation des gaz et pétroles de schistes, ou des sables bitumineux.

Le deuxième plus gros investisseur dans le charbon

On pourrait croire qu’avec une nouvelle politique aussi stricte envers le charbon, le portefeuille global du Crédit Agricole est peu exposé au secteur. Bien au contraire ! La banque est le 2e investisseur européen dans le développement de centrales à charbon : 1 milliard d’euros d’actions et d’obligations détenues parmi les producteurs de charbon ! Ce qui réjouit les ONG : l’action décidée par Crédit Agricole aura un impact très clair sur les 275 centrales à charbon opérationnelles aujourd’hui en Europe.

Il reste à espérer que ces engagements vont rapidement inspirer d’autres banques à suivre la même voie. Ce message a été relayé par le ministre Bruno Le Maire en novembre dernier.

La note publiée par l’ONG appelle les banques à continuer à revoir leurs politiques. Les banques françaises doivent aligner leurs stratégies sur une trajectoire + 1,5°C, exclure de leurs activités toute entreprise liée, directement ou indirectement, au secteur du charbon, et conditionner l’octroi de financement, pour les autres entreprises, à l’adoption d’un plan de sortie définitive du charbon.

Les banques étant poussées par leurs clients à offrir des rendements élevés et des returns sur fonds d’investissements toujours plus alléchants, elles font fi de l’état de l’environnement car les énergies fossiles ont toujours généré des profits importants. Mais la roue tourne ! La situation est bien en train de s’inverser : dans un nombre de régions du monde de plus en plus important, les énergies les moins chères sont à présent le solaire et l’éolien. Sans compter que les droits de polluer vont doubler voire tripler dans les cinq ans à venir sur le marché européen des échanges carbone. Voilà qui compromet sérieusement l’hégémonie du charbon en tant que source d’énergie la moins chère.